Le fer de lance de la « MedTech » hexagonale, auteur d’une levée de fonds de 15,5 millions d’euros à la fin de l’année 2016, propose un implant cardiaque totalement innovant pour réduire les effets secondaires et qui pourrait être testé sur des patients dès 2019.  

Nichée au cœur de la pépinière Cochin, au sein du vaste centre hospitalier du même nom, CorWave peaufine sa révolution : un implant cardiaque d’un genre nouveau qui permettrait de réduire drastiquement les effets secondaires chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque. En effet, la pépite, soigneusement couvée au sein du hub de Bpi France, propose une véritable technologie de rupture avec les dispositifs cardiaques dits traditionnels. De l’extérieur, rien ne différencie la pompe CorWave de ses concurrents : une simple coque en titane. Pourtant, « au cœur » de celle-ci se cache une véritable technologie de rupture. « Les dispositifs utilisés jusqu’à présent s’apparentent à de véritables turbines capables d’effectuer 8 à 10 000 tours / minute », souligne Louis de Lillers, directeur général de CorWave.

Mais ces dispositifs fonctionnent très différemment du cœur natif. D’une part, ils induisent des vitesses d’écoulement de 4 à 5 mètres / seconde… ce qui est (très) largement au-dessus de la vitesse moyenne observée dans un cœur sain qui s’élève en pic à 1,5 mètre / seconde. D’autre part, ces pompes produisent un débit continu supprimant le pouls du patient. Or, le pouls produit par le cœur a une importante fonction de régulation de la circulation sanguine. Conséquence : si ces pompes sauvent la vie du patient, elles entraînent un taux de complications très élevé. A un an : 7 patients sur 10 (selon les chiffres du registre Intermacs) connaîtront ainsi une complication grave (dont AVC, saignements incontrôlés) causée par la pompe. 

Rester le plus fidèle possible au fonctionnement du cœur natif

Mais CorWave semble avoir trouvé la parade en s’affranchissant du système traditionnel rotatif pour lui préférer une membrane ondulante de forme discoïdale qui va propulser le sang de manière totalement innovante. En clair, une pompe reproduit le mouvement ondulatoire d’une nageoire de poisson. « Ce mode de propulsion est extrêmement efficace dans la mesure où il y peu de déperdition d’énergie dans le fluide, donc peu de dommages », abonde Louis de Lillers. A une nuance près : il ne s’agit plus, à l’instar du poisson, de se mouvoir dans un liquide mais de mouvoir un liquide. En l’occurrence permettre au cœur endommagé de pouvoir faire son travail et faire circuler le sang. Par ailleurs, cette technologie permet de reproduire le débit pulsé du cœur natif. « Lorsque notre directeur technique a présenté le dispositif à l’EUMS, congrès de référence, j’ai entendu un « waouuh ! » dans l’assistance. C’est bien la première fois que j’entends cela lors de ce congrès auquel j’assiste depuis plusieurs années ! », sourit le CEO de CorWave. 

Cousine « éloignée » de Carmat

Baptisé CorWave LVAD (pour Left Ventricular Assist Device), ce dispositif fait véritablement office d’accompagnateur et d’auxiliaire, à la différence d’un Carmat qui, lui, propose de retirer entièrement l’organe déficient pour le remplacer par un cœur artificiel complet. « Or, jusqu’à 90% des patients cardiaques souffrent « simplement » d’une insuffisance ventriculaire gauche. Pour ces patients, le traitement de référence est l’assistance ventriculaire, moins lourd en terme de chirurgie qu’un cœur artificiel total. Ainsi, près de 10 000 patients ont reçu des assistances ventriculaires en 2017 quand moins de 200 patients étaient soignés avec un cœur artificiel. », souligne Louis de Lillers.

Un système « petit et fiable », comme le décrit le dirigeant, dont pourrait être équipés les patients humains à l’horizon 2018-2019. Coût du dispositif : 100 000 dollars pièce au sein d’un marché – celui de l’assistance ventriculaire – estimé à près d’un milliard de dollars de ventes annuelles.

A la pointe de la technologie

Mais dans l’attente du précieux sésame et des premières implantions, les « méninges » continuent de tourner à plein régime chez CorWave, où un dispositif plus petit pour les patients souffrant d’insuffisance moins sévère, baptisé NovaPulse, et ne nécessitant qu’une simple incision sous la cage thoracique et implantable à la manière d’un pacemaker, est sur rampe de lancement. « L’opération se déroulera en une heure, en quasi ambulatoire, et vous pourriez sortir dès le lendemain », souligne, les yeux plein d’espoir, Louis de Lillers. Ce système est d’ailleurs lauréat du Concours mondial d’innovation.

Un parcours d’innovation exemplaire rendu possible grâce aux partenaires de CorWave qui, croyant mordicus dans ce projet, n’ont pas hésité « à remettre au pot » à la fin de l’année dernière à hauteur de 15,5 millions d’euros. Outre Bpi France, Sofinnova Partners et Seventure déjà présents lors du précédent tour de table de 3,3 millions d’euros fin 2013, Novo Seeds, holding d’investissement danois et Ysios Capital, fonds de capital-risque catalan, se sont greffés à une aventure qui ne fait que commencer et qui s’annonce des plus palpitantes.