Le fonds d’investissements créé par Niklas Zennström, le cofondateur de Skype, se lance sur le marché français. Avec un quatrième tour à 765 millions de dollars, Yann de Vries et Evgenia Plotnikova, respectivement partner et VC pour la France, vont investir dans des start-up qui souhaitent se lancer à l’international. Ils nous expliquent leur stratégie.

Ce dernier tour à 765 millions de dollars, c’était pour s’imposer rapidement ?

Yann de Vries : Il faut avoir cette flexibilité financière pour investir tôt et pouvoir suivre les entreprises dans le temps. Avoir cette taille nous permettra de combler le manque de capital dans les séries B en Europe, où il y a vraiment une opportunité de se positionner comme leader. Aussi, nous allons pouvoir investir tôt, 2 millions dans une série A par exemple. Sachant qu’on peut monter jusqu’à 30 millions de dollars. Cela nous donne de la puissance pour accompagner une entreprise depuis le début. Alors qu’un fonds plus petit doit passer le relais à d’autres plus grands, sans pouvoir suivre la stratégie. Si une entreprise a besoin de lever des capitaux rapidement, nous pouvons tout de suite le faire.

Evgenia Plotnikova : Pour donner un chiffre, en Europe, il y a 14 fois moins de capital dans les séries B et plus comparé aux Etats-Unis. C’est une statistique très révélatrice qui nous permet de combler ce manque.

 

Qu’est-ce qui vous différencie des autres fonds ?

Yann de Vries : Notre différence vient de l’ADN de Niklas. Il a compris que l’approche traditionnelle du VC en Europe n’était pas adaptée à créer les géants du web de demain. Chez Atomico, nous avons un vrai savoir-faire grâce à nos fondateurs, qui ont fait des sorties à plus d’un milliard de dollars. Nous sommes capables de comprendre les enjeux des entrepreneurs, les pousser là où il faut. Sans aucune contrainte géographique grâce à nos bureaux partout dans le monde. Notre équipe est opérationnelle et constituée d’experts dans leur domaine, qui ont fait leur preuve dans des problématiques clés du défi de l’international. Je pense à un ancien directeur chez Google qui connait tous les talents en Europe et qui tient une véritable base de données des recrutements, ou à un ancien directeur à l’international chez Uber qui connait les marchés de différents pays. Dans le board, nous n’avons aucune prétention de connaître tous ces sujets. C’est tellement complexe qu’il faut une vrai expertise. C’est là que notre approche se différencie parce que notre rôle change. Nous amenons plusieurs personnes pour aider les entrepreneurs. Notre rôle est vraiment de coordonnées ses ressources.

 

Pourquoi arriver en France si tard ?

Evgenia Plotnikova : Ce n’est pas de la négligence mais plutôt une accélération d’attention qu’on porte à la France, conséquence d’une accélération qui se passe aussi dans l’écosystème. L’année dernière, il y a eu plus de levées, autant en volume qu’en dollars investis, en France qu’en Allemagne pour la première fois depuis des années. En observant cet écosystème qui grandit, on s’est dit qu’il fallait y porter davantage d’attention.

Yann de Vries : Niklas étant Suédois, ils ont donc commencé par les pays nordiques. Très vite, Londres est devenu incontournable. Puis, l’Allemagne. Il y a encore deux ans, la France était encore loin derrière l’Allemagne. L’année dernière, elle l’a dépassé en terme de montants de capital-risque et en nombre de tour. Il y a un vrai changement qui est en train de s’opérer en France.

 

Quelle va être votre stratégie pour y arriver ?

Yann de Vries : Cela fera partie d’une stratégie globale. Si la France fait ressortir des éléments plus forts dans une thématique particulière, nous allons nous concentrer dessus. Il y a aussi une partie importante de terrain en travaillant avec des fonds locaux qui connaissent très bien le marché français. Ils sont bien positionnés pour aider les entreprises à faire les premiers pas. On va s’appuyer sur eux pour sélectionner celles qui sont à ce moment d’inflexion, et qui veulent passer à l’international. Ils ont tout intérêt à travailler avec nous, nous sommes complémentaires. Je pense qu’il va y avoir un vrai dialogue. Nous organisons aussi des événements pour rencontrer des entrepreneurs, tisser des liens…

 

Dans quel genre de start-up voulez-vous investir ?

Yann de Vries : Nous sommes très ouverts. Notre mission est d’identifier les entrepreneurs très prometteurs qui ont la capacité de devenir des acteurs mondiaux dans leur secteur. C’est moins une approche technologique mais plus une approche de potentiel.

 

Qu’est-ce qu’un bon entrepreneur pour vous ?  

Evgenia Plotnikova : C’est un croisement entre la passion, la vision et la résilience.

Yann de Vries : Il n’y a pas de recette miracle mais il y a des points communs. On aime bien voir quelqu’un qui a une vraie mission. C’est un si long chemin avec des embûches que si l’entrepreneur n’a pas une conviction très forte, il va abandonner. Il faut des gens qui ont une vision très claire de ce qu’ils veulent faire. Et il faut un très bon leader, qui sait amener les bonnes personnes à ses côtés.

 

Supercell (un éditeur de jeux finlandais, NDLR) fait partie de vos succès. Quels sont vos échecs ?

Yann de Vries : Il y en a eu beaucoup. Un rapport d’un des plus grands fonds américains disait que statistiquement, parmi les meilleurs fonds, 80 % des retours sont fait par 5 % des entreprises. Il faut donc trouver les performeurs qui vont générer de bons retours d’investissement. Hailo a été un de nos échecs. Nous avions anticipé ce mode de consommation avec les mobiles mais nous nous sommes trompés de cheval. Ils étaient là avant Uber, qui a beaucoup mieux exécuté. Hailo a fait deux erreurs fatales. Ils sont allés trop tôt aux États-Unis, pour en fait faire marcher arrière et perdre du temps. Ils ont fait quelques erreurs tactiques comme se mettre à dos les acteurs du marché. Il y a eu d’autres échecs. Mais, maintenant, nous sommes plus vigilants. On ne s’emballe plus sur des deals, on préfère passer du temps avec les entrepreneurs en amont.

 

Quelle place a votre intuition dans la prise de décision ?

Yann de Vries : C’est un art plus qu’une science. Il faut trouver le bon timing. C’est la magie du capital-risque, c’est fascinant comme job. Chaque deal est différent. Souvent les deals les plus problématiques sont souvent les plus belles réussites.