Période estivale oblige, l’appel de la mer se fait sentir. Nous sommes donc allés rencontrer Jérémy Bismuth, son équipe et leurs chiens dans leurs bureaux-péniche de Boulogne, siège de Click & Boat. Même si la Seine était calme, les marins s’activaient dans tous les sens et dans toutes les langues. De quoi déjà se sentir complètement dépaysé !

En deux mots. Bienvenue à bord.


Plus besoin de les présenter, l’AirBnb des bateaux a le vent en poupe. Créée en 2013, avec maintenant plus de 100 salariés, la startup Click & Boat présente 40 millions d’euros de volume d’activité. Avec ou sans capitaine, vous pouvez à présent réserver le bateau (Ndlr : plus de 30 000 unités disponibles en mai 2019) que vous voulez dans plus de 50 pays différents.

 

Le problème. Des navires abandonnés.

De la même manière qu’Airbnb permet d’optimiser les appartements vides, Click & Boat s’attaque au problème des bateaux. Ils coûtent cher, nécessitent de l’entretien et les propriétaires ne s’en servent pas beaucoup : d’après Jérémy, en moyenne seulement 9 jours en mer par an !

Même chez les professionnels de la location, les loueurs comme les locataires ont du mal à accéder au marché, la répartition entre l’offre et la demande n’est pas homogène. Click & Boat se veut être un révélateur de stock à travers sa place de marché. Du petit voilier en Bretagne jusqu’au yacht aux proportions démentielles de Miami, chacun peut y trouver son bonheur.

 

Une idée phare parmi tant d’autres.

Edouard et Jérémy se sont rencontrés chez Mazars, dans un secteur d’activité différent mais ils découvrent très vite qu’ils partagent la même âme entrepreneuriale. Pour Jérémy, le commerce simple et débrouillard en particulier. A la fin de ses études à Dauphine, il avait déjà repris et revendu un restaurant en faillite. « Pour le commerce de proximité, nous dit-il, il suffit de trois semaines pour refaire le plein de clients ! On fait des dégustations, des offres, on a même mis un homme-sandwich devant… » Jusqu’à la revente à Afflelou.

Edouard, passionné de voile et de mer, fourmillait d’idées et sentait bien qu’il n’allait pas en rester là. Ils se retrouvaient souvent pour confronter leurs intuitions. « Non, y’a déjà Doctolib… ça c’est trop tard ».

Finalement, l’idée d’une plateforme de mise en relation autour des bateaux émerge. Edouard le Breton et Jérémy le Marseillais s’y retrouvent tous les deux, même s’ils n’avaient pas l’habitude d’utiliser le même type de bateau.

Edouard Gorioux et Jérémy Bismuth, co-fondateurs de Click & Boat

 

La mise en œuvre. Être au taquet.

Une fois l’idée lancée, « il faut un site web, une assurance et un bateau », tel est le MVP du début. Pour le site, ils ont trouvé Amir, aussi co-fondateur de Heetch. Considéré comme le troisième fondateur, le « 2 +1 », il a réalisé la première version du site moyennant des parts, et a organisé la passation de pouvoir du côté tech après la première levée de fonds.

En décembre 2013, la jeune équipe commence à tester leur produit au salon nautique Porte de Versailles. Ils trouvent alors leurs premiers clients, franco-français au début. Des français qui louent en France, ce qui sera amené à évoluer rapidement. Aujourd’hui, entre les Allemands qui louent en Espagne et les Anglais au Portugal, l’équipe a dû s’adapter et s’internationaliser. Sur leur péniche, plus de 12 nationalités cohabitent, parfois sans même parler français.

Bureaux-péniche de Boulogne, siège de Click & Boat

 

Le développement à l’international est rapide. Une des idées principales était d’intégrer les loueurs professionnels sur la plateforme. Une réalité à partir de fin 2017. Mais cela a impliqué une croissance rapide à gérer en plus de la dimension internationale de la boîte.

« La clé de notre succès ? Nous n’avons jamais confondu notre passion et notre business, nous explique Jérémy. Nous avons une marketplace et nous travaillons dans le digital, notre métier n’est pas différent d’un autre du même secteur. Si nous avions vendu autre chose nous l’aurions fait de la même manière. »

Problème classique d’une marketplace, il faut gérer l’offre et la demande. Pour Jérémy, « cela ne sert à rien d’avoir 50 fournisseurs sans clients, ils vont finir par se désintéresser ». Il s’agit donc de se développer de manière proportionnée pour améliorer l’expérience des propriétaires comme des locataires.

Click & Boat

 

Des difficultés ?

Côté coups durs, « bah jamais ! », répond-il instinctivement. En insistant un peu, une anecdote ressort, et Jérémy nous raconte l’histoire des 10 pires jours de sa vie. Après une mise à jour de la plateforme – pourtant testée pendant 3 mois -, il ne se rend pas compte qu’elle ne marche pas, mais pire : elle marche encore, en faisant n’importe quoi. Le back end et le front end étaient mélangés ; des clients payaient sans avoir la réservation et inversement. De quoi passer quelques nuits blanches. Mais même dans son malheur, il nous en ressort du positif : « nous nous sommes rendu compte que notre actif principal, c’est notre équipe. Nous aurions pu mettre une grosse pression à tout le monde, au lieu de ça, nous avons gardé une ambiance saine, et tout le monde s’est responsabilisé pour résoudre le problème. »

Pour lui, là réside tout l’enjeu du recrutement. Il ne faut pas qu’une personne soit excellente, mais aussi qu’elle veuille faire les choses bien. « L’excellence ce n’est pas une valeur, c’est un niveau. Tu peux être un excellent salopard ! » Il recrute sous trois aspects : le niveau, la personne, et comment elle pourra s’insérer dans le groupe actuel. Ainsi, il a créé une équipe solide et soudée, dont il est fier.

Click & Boat

 

Le financement. Pas de bulle mais des vagues.

Jérémy et l’équipe de Click & Boat aiment aussi être droits dans leurs comptes. Ils se disent rentables dès 2015 et ont toujours été rationnels. « On voulait que notre compte de résultat ressemble à quelque chose », nous dit-il. Et cela rassure les investisseurs, qui leur ont permis de grandir très rapidement.

Après avoir mis quelques milliers d’euros de leur poche, ils effectuent leur première levée à 200 000 euros auprès d’un Business Angel en avril 2014. S’en suit un réinvestissement de 500 000 fin 2015, puis un tour avec un fonds d’investissement pour 1 million d’euros en 2016, et enfin un dernier à 4 millions d’euros en juin 2018.

Ils ont racheté en 2016 leur principal concurrent, Sailsharing et s’imposent maintenant comme la première plateforme européenne. Leur parrain ? François Gabart, le Mozart de la course au large. De belles perspectives pour la suite donc. Avis aux amateurs de la mer !

Chronique co-réalisée avec @Jean Rognetta, Directeur de la rédaction de Forbes France, @Florian Bercault Jean-Baptiste d’Estimeo