Les geeks, les pigeons, les hackeurs, les startupers, les ubérisés et tous les passionnés de la nouvelle économie en ont assez d’être considérés comme des animaux de foire que l’on exhibe au début d’une campagne électorale comme produit d’appel et que l’on oublie dès qu’on arrive au pouvoir, derrière les montagnes de revendications corporatistes ou populistes.

 


Plus de 1000 entrepreneurs de l’économie digitale ont décidé de hacker la campagne présidentielle, demain mardi, pour alerter les candidats et leur rappeler que nous allons rater la dernière occasion de construire en France une des plus belles économies modernes du monde. Quatre associations vont donc se donner la main pour se faire entendre demain mardi.

Manifestations, rassemblement, soirée festive au théâtre des Variétés. Pour ces hackers pacifiques, tout ce qui va pouvoir faire du bruit sera bon à prendre. Bref, tout faire pour retrouver la résonance qu’avaient provoquée les milliers de pigeons pour empêcher l’asphyxie fiscale dont ils se sentaient victimes.

France Digitale, l‘ACSEL, Croissance Plus et Syntec Numérique vont donc réunir plusieurs milliers de leurs adhérents, parce qu‘ils sont convaincus de trois choses :

1° l’économie digitale représente la clef du redressement de l’économie française. On ne peut pas l’ignorer. On ne peut pas ne pas assumer les mutations que le digital impose. 

2° la France a tout pour réussir la mutation digitale. Son système éducatif, sa culture et les équipements collectifs en télécommunication ont donné à la nouvelle génération les connaissances, l’expertise et l’ambition pour réussir l’émergence d’un secteur d’activité très puissant. 

3° le développement est actuellement bloqué ou ralenti par le poids de la tradition et du conservatisme dans tous les domaines. Le résultat est que les jeunes talents ont tendance à fuir l’Hexagone pour s’épanouir à l’étranger : en Grande Bretagne, à Berlin ou aux Etats-Unis. 

Dans ces conditions, les entrepreneurs de la nouvelle économie veulent obtenir des engagements précis de la part des candidats à la présidentielle dans trois directions. 

D’abord, ils réclament la reconnaissance d’un droit au risque. Dans le domaine financier. Actuellement, cette nouvelle économie est financée par des investisseurs à risque qui viennent très souvent de l’étranger. La France dispose d’une épargne colossale. Il n’y a jamais eu autant d’argent qu’aujourd’hui. A tel point que la Banque Centrale européenne fait « open bar » depuis trois ans et déverse des tonnes d’argent. Le problème est que cette épargne et cet argent ne vont pas dans l’économie de marché, mais s’oriente principalement dans les caisses de l’Etat ou des collectivités locales pour financer des déficits publics creusés par des dépenses de fonctionnement. Aberrant. Les entrepreneurs du digital réclament donc pour la énième fois qu’une partie de l’épargne drainée par les assurances-vie puisse s’investir dans les entreprises. 

Ensuite, ils revendiquent le droit de faire fortune. Ces entrepreneurs de la nouvelle économie démarrent très souvent sans se rémunérer. Ils font le pari de créer de la valeur et de toucher ensuite une partie de cette valeur. Le problème est que le fisc leur tombe dessus et les empêche de bénéficier du fruit de leurs efforts et de leur risque. Il leur est même difficile de réinvestir l’argent gagné dans de nouvelles opérations. L’ISF les frappe comme de vulgaires gagnants à l’euromillion. C’est d’ailleurs sur ce dispositif fiscal que les pigeons s’étaient mobilisés. 

Enfin, ils demandent l’assouplissement du droit du travail.

Cette économie est créatrice d’emplois. Massivement. A une condition. Que l’on accepte que le salariat ne soit pas la seule forme de statut en vigueur. L’économie digitale a besoin de souplesse, elle a besoin de formes plus adaptées. L’auto-entreprenariat, le travail en mission sont, sans doute, des voies sur lesquelles il faut travailler. Seulement, cette évolution a besoin d’un droit du travail adapté, d’un droit social performant. Il s’agit d’une part de faciliter l’emploi, mais il s’agit aussi de trouver des formes de protection nouvelles.

Les critiques sociales sont nombreuses. Les entrepreneurs du digital le savent, le modèle ne peut pas créer une forme nouvelle d’esclavage. Mais au contraire, une forme d’épanouissement et de liberté individuels. Actuellement, ni le droit social, ni le droit fiscal ne le permettent.