Des vignes dans la Plaine de Versailles… De mémoire d’agriculteur, cela faisait deux cents ans que l’on n’avait pas vu cela. Pourtant ce matin du 6 septembre, dans le petit village de Davron dans le département des Yvelines, il régnait un petit air de Napa Valley. Au milieu des pieds de Chardonnay, de Pinot Noir et de Chenin, les trois entrepreneurs de la Winerie Parisienne ont réuni un parterre d’élus locaux et de journalistes pour inaugurer les premières vendanges « professionnelles » d’Ile-de-France.

Et surtout présenter leur projet. Financés par des campagnes de crowdfunding et des levées de fond, ils imaginent déjà installer une « winery » pour accueillir du public, à l’image de celles qui font la gloire de la Napa Valley, fief californien du vin.


« La vigne a toujours existé en Région parisienne, en témoigne le nom de certaines villes comme Chanteloup-les-Vignes ou les nombreuses cuvées associatives qui sortent chaque année, mais là, nous allons créer le premier vignoble professionnel » explique Adrien Pélissié, fils de viticulteur en Corse, un des trois créateurs de la Winerie Parisienne.

Depuis l’épidémie de phylloxéra du XIXe siècle, les 44 000 hectares de vignes qui poussaient tout autour de la capitale depuis le Moyen Âge ont disparu, sauf quelques plants décoratifs ici ou là.

Pourquoi dans les Yvelines ? « Parce que nous les avons accueilli à bras ouverts et leur avons trouvé 25 hectares disponibles », plaisante Pierre Bédier, le Président du Département.

« Le terrain, l’exposition et la composition des sols (argilo-calcaire) correspondaient exactement à ce que l’on recherchait » complète Julien Brustis, ingénieur agronome qui a fait ses classes au Château Angélus et cofondateur de l’entreprise.

« Laissé en jachère depuis 15 ans, le terroir va pouvoir être converti en bio très rapidement » ajoute Julien Bengué, le troisième fondateur.

En attendant, nos trois startupeurs de la vigne comptent sortir 10 000 bouteilles de ce premier millésime, avant une montée en puissance pour approcher les 150 000 bouteilles.

Les premières bouteilles de ce vin 100 % parisien qui afficheront l’étiquette « VSAG (vin sans appellation géographique) » puisqu’il n’existe, pour l’instant, ni AOC ni IGP en région parisienne seront disponibles en septembre 2020 chez les distributeurs qui travaillent déjà avec la marque La Winerie Parisienne (Monoprix, le repaire de Bacchus, Le Printemps, etc.).

Sous quelle marque ? « Nous travaillons dessus, mais rien n’est figé », assure Julien Benguié, ex-fondateur du site Maddyness, qui s’occupe du marketing.

Car avant de se lancer dans la viticulture, nos trois jeunes entrepreneurs sont viniculteur depuis 2015.

Depuis 3 ans, ils fabriquent leurs vins dans leur « Urban winerie » à Montreuil sur le modèle de ce qui se fait à New York ou à Seattle. Grâce à des partenariats avec des vignerons indépendants de Provence, de la vallée de l’Agly, de Bordeaux ou de la petite AOC Brulhois, ils font venir les raisins en camion frigorifique jusqu’à Montreuil sur un site tout équipé : Pressoir, cuves, barriques, pupitre pour le remuage… Rien ne manque pour vinifier un rouge, un rosé, un blanc et même un vin à bulles, un blanc de blancs, malicieusement baptisé Don Paris.

Et bientôt leur première cuvée « Ile-de-France » qui devrait vite devenir « collector ».