BigMat, célèbre enseigne de vente de matériaux de construction, a vu son modèle de coopérative mis à rude épreuve pendant la crise. Fabio Rinaldi, président du directoire, croit dur comme fer en la force de ce modèle “démocratique”. Entretien.

Forbes France : BigMat repose sur un modèle coopératif : concrètement, comment cela fonctionne ? 


Fabio Rinaldi : Le modèle coopératif est basé sur le principe démocratique « un adhérent = une voix » et sur le soutien mutuel. Les adhérents de BigMat sont à la fois clients et associés. Être une enseigne coopérative signifie beaucoup pour nous. Concrètement, tous nos projets sont coconstruits avec nos adhérents, réunis sous la même bannière. 

L’humain est statutairement au centre de toutes nos équations. Avant de démarrer un projet commun il faut fédérer et la première question qui se pose est souvent : « avons-nous les hommes et les femmes pour le faire ? » C’est sur eux que repose la réussite de toute action, car nous tirons notre force de la voix, c’est-à-dire l’engagement, mais aussi de l’expertise de chacun pour faire réussir le collectif. Nous multiplions les occasions de nous rencontrer, que ce soit dans des comités de travail sur des sujets précis (des comités opérationnels composés d’adhérents se réunissent plusieurs fois par an donnant corps à cette mise en commun de savoir-faire et de réflexions), lors de réunions nationales ou internationales pour bénéficier aussi des retours d’expériences de nos confrères présents dans d’autres pays.

Quelles sont les différences avec les franchises par exemple, ou même l’actionnariat traditionnel ? 

Nous sommes indépendants ensemble… Concrètement, un adhérent BigMat possède 100% de son entreprise et une part de la coopérative à travers ses actions. Il n’y a pas de droit d’entrée et de royalties à verser mais simplement une cotisation.

Le siège travaille avec et pour les adhérents : BigMat met ainsi à leur disposition expertise et services mutualisés (centrale d’achats, assistance juridique, financière, RH, marketing ou encore communication, SI…)

Un franchisé, quant à lui, doit respecter différents principes de fonctionnement pour avoir le droit d’utiliser le nom d’une enseigne et avoir recours à une série de services.

Dans les deux cas, ils peuvent bénéficier de la notoriété d’une marque ce qui a une véritable valeur.

Toutefois l’adhérent coopératif, lui, peut influer sur la stratégie de son enseigne, ses projets, les initier même, au même titre que tous les autres. C’est une logique de co-construction vs une logique un peu « top down » sur de nombreux sujets. Au fond, c’est un état d’esprit très différent qui favorise énormément l’entraide entre des adhérents qui sont dans le même bateau.

Pour l’actionnariat traditionnel, si on parle de monter une SARL par exemple, il faut tout créer, sans forcément avoir de soutien, c’est très bien aussi, certainement plus difficile pour démarrer une activité.

Qu’est-ce qui pousse des entrepreneurs à venir apposer la marque BigMat sur la devanture de leur entreprise ? Que viennent-ils chercher auprès de vous ? 

Je suis intimement persuadé qu’ils viennent avant tout chercher un état d’esprit, des valeurs fortes aussi de bienveillance, de solidarité et d’entraide. C’est un métier de passionné, on ne vient pas dans la distribution de matériaux par hasard, ils savent qu’ils vont rejoindre d’autres passionnés. Et puis nous sommes dans un petit monde et le bouche à oreille reste la meilleure communication.

Je crois que le respect que nous avons pour nos adhérents, le fait d’être une enseigne qui – dans les faits – place l’humain au cœur de toutes ses démarches, sont des éléments fondamentaux. Il vient aussi bien sûr pour la notoriété de l’enseigne et tous les services mutualisés que j’évoquais, ça change complètement la donne quand 90 patrons se mettent ensemble pour acheter.

Car chez BigMat, un adhérent reste son propre patron, ce qui change tout pour nos clients finaux – artisans et particuliers – qui parlent au quotidien avec des patrons, mais ce sont aussi des patrons qui jouent la carte de l’équipe et peuvent ainsi aller plus loin, plus vite, mieux résister aussi quand le temps est venteux. L’ensemble de ses atouts valorise d’autant plus leur entreprise.

Comment choisissez-vous vos nouveaux adhérents ?

Si un entrepreneur ou le patron d’une entreprise indépendant veut nous rejoindre, la première chose que nous regardons c’est la motivation et l’adhésion à nos valeurs.

Avec ces deux éléments, tout est possible. Et nous les accompagnons ensuite, du plan de financement au recrutement en passant par le parcours d’intégration auprès de ses futurs confrères et consœurs et au siège.  Tous les sujets sont passés au crible, nous tentons de répondre à toutes les questions pour permettre une installation réussie. C’est le cas par exemple de Bigmat Moreno à Béziers qui a ouvert son magasin fin 2019. Sa connaissance du métier et l’expertise de l’enseigne lui ont permis de se développer malgré la crise de la covid.

Quelles sont les valeurs cardinales de votre enseigne ? 

 La solidarité, la proximité et la bienveillance. Pour nous, des valeurs n’ont de sens que si elles illustrent des principes d’actions, du concret. Chaque adhérent doit pouvoir contribuer à l’élaboration des plans stratégiques du groupement, c’est un droit et une richesse pour tous les autres. Et au quotidien, outre nos comités opérationnels par sujet, le partage d’expérience entre adhérents, l’entraide, sont des pratiques naturelles.

En quoi le modèle coopératif est-il un atout en cette période de crise ?

Si chaque adhérent est son propre patron, chaque adhérent profite aussi de la force du Groupe, que ce soit l’entraide dont je parlais comme des services du siège à leur service. Engagé localement et soutenu globalement, ils sont mieux armés pour faire face aux évolutions du marché.

Pour exemple durant la période la plus difficile de la crise, nos services financiers et RH ont apporté un soutien très important au quotidien, que ce soit pour trouver des solutions pour passer la période ou pour définir et mettre en œuvre des mesures sanitaires.

Il s’agit souvent pour le siège de favoriser le partage des bonnes pratiques de tel ou tel adhérent, je pense notamment aux commandes en ligne, ce qui n’était pas forcément une pratique habituelle pour tous ou encore à l’organisation des livraisons. 

Comment travaillez-vous avec vos adhérents les plus en difficulté face à la crise actuelle ? 

Nous mettons tous nos services en action pour les soutenir. La force d’un groupement se mesure aussi aux moyens qu’il met en œuvre pour anticiper et relever les défis qui se posent à ses adhérents, par temps calme mais aussi par temps de crise. Au-delà des mots, ce soutien s’est traduit de manière très concrète depuis le mois de mars : dialogue permanent entre la tête du réseau, les adhérents, leurs collaborateurs et la FNBM, veille et retours d’expériences des 6 autres filiales européennes, soutien à la gestion des RH, accompagnement juridique, plan de trésorerie et de financement, définition et mise en place de nouvelles organisations de travail sur le terrain, définition et mise en œuvre des protocoles sanitaires, gestion des approvisionnements via la plateforme gaBi et des stocks… BigMat a délivré une palette de solutions et d’outils pour permettre à chaque adhérent de traverser cette période inédite dans les meilleures conditions possibles.

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que les adhérents Bigmat vont bien, leurs entreprises ont su s’adapter et répondre aux impératifs de la situation.

Quels est selon vous l’avenir des coopératives dans le monde post-covid ? 

 Porté par des valeurs d’entraide, d’égalité et de solidarité économique, le modèle coopératif connaît ces dernières années un important regain d’intérêt et s’illustre comme un business model de poids (23 000 entreprises, un CA de 324 milliards d’€, 1,3 millions de salariés soit 5,1% de l’emploi salariés en France, selon la Fédération du commerce coopératif et associé.)

Alors que 45% des dirigeants de PME se sentent seuls, particulièrement dans les moments difficiles, nous voulons démontrer très concrètement que le modèle coopératif est un choix gagnant pour des femmes et des hommes qui souhaitent concilier liberté d’entreprendre, solidarité économique et ancrage territorial. Nous voulons valoriser l’esprit d’entreprendre aussi bien auprès des patrons indépendants qui souhaitent le rester tout en s’adossant à un groupement fort, qu’aux porteurs de projets s’inscrivant dans l’économie solidaire, sur l’ensemble du territoire. Pour toutes celles et ceux qui souhaitent imaginer un futur avec nous, BigMat répondra présent via un programme de recrutement et d’intégration national.