Chaque trimestre depuis 2015, Capgemini Consulting et eCap Partner publient le baromètre des start-up du numérique. Sur le premier trimestre 2017, les jeunes pousses ont levé 324 millions d’euros pour 124 levées. Les auteurs du baromètre tirent également un bilan 2015-2016. Résultat : en 2016, 1,3 milliards d’euros ont été investis, soit 16% de plus par rapport à 2015. A l’occasion de La French Touch Conference qui s’ouvre ce mercredi 14 juin, Capegemini Consulting et eCap Partner reviennent sur le baromètre. Décryptage.

2,8 millions d’euros, c’est le montant moyen levé par les jeunes entreprises de la French Tech au premier trimestre 2017. Chaque trimestre depuis 2015, Capgemini Consulting, spécialiste de la transformation numérique, et eCap Partner, qui conseille les entrepreneurs et les investisseurs du numérique, s’associent pour produire le baromètre des start-up du numérique. L’objectif de ce baromètre est de « donner à l’ensemble de l’écosystème, qu’ils soient entrepreneurs, investisseurs, institutionnels ou coporate, une vision claire sur les tendances, la dynamique et les acteurs », explique Numa Bourragué, managing partner chez eCap Partner. Ainsi, au premier trimestre 2017, 324 millions d’euros ont été levés sur un total de 124 levées de fonds, des chiffres qui montrent « le maintien d’une forte dynamique d’investissement ». En effet, ce total de 324 millions d’euros arrive en deuxième position sur le podium des montants levés depuis 2015, juste derrière le record enregistré lors du dernier trimestre 2016 (433 millions), légèrement biaisé par une levée massive de 150 millions d’euros par SigFox Wireless. Par comparaison, Guest to guest a réalisé la levée la plus importante au premier trimestre 2017 avec 33 millions d’euros.

Des données mises à jour en continue

Pour établir un baromètre des start-up, déjà faut-il proposer une définition de ce qu’est une start-up. Numa Bourragué, d’eCap Partner précise : « il s’agit d’une société de moins de sept ans, toujours indépendante – qui n’est donc pas introduite en bourse, et n’a pas été rachetée-, et avec un acteur de capital risque à son capital. » Une définition qui exclue de fait toutes les jeunes entreprises qui auraient un autre modèle économique que celui de la levée de fonds. Pour Stéphan Régnier, « Executive Vice President » chez Capgemini Consulting, ce choix s’explique car « la définition de la start-up est délicate ». Pour créer ce baromètre, il estime que Capgemini et eCap Partner avaient « besoin d’une base de comparaison d’une période à l’autre. Il fallait donc une définition robuste avec un modèle qui permette la comparabilité ». Autre explication, Capgemini s’intéresse à la fois aux start-up et aux investisseurs, présenter des entreprises qui ne feraient pas appel à des investisseurs n’aurait donc pas de sens. Quant à la méthodologie, eCap Partner a mis en place une mécanique de veille sur les comptes et médias sociaux afin d’identifier les levées de fonds. Ces données sont mises à jour de manière hebdomadaire, puis au trimestre et enfin sur l’année. Au total, 1300 start-up, plus de 1100 investisseurs et 2000 levées sont inscrites à la base.

Internationalisation de l’écosystème français

À noter sur ce baromètre du premier trimestre 2017, la propension à effectuer de plus en plus (+35% entre 2015 et 2016) de levées de fonds de 1 à 5 millions d’euros (53,5%), avec un montant moyen de 2,8 millions. Quant aux levées supérieures à 10 millions d’euros, elles restent encore rares (8%). Mais pour les auteurs du baromètre, « les 2ème ou 3ème levées arrivent beaucoup plus vite », preuve là encore d’une maturité grandissante de l’écosystème. Côté investisseurs, ces derniers semblent se diversifier. En effet, en 2016 par rapport à 2015 les investisseurs sont les business angels (+37%), la BPI (+22%) « devenue un passage presque obligatoire pour les petites start-up », selon Stéphan Régnier, les corporate (+18%), et les fonds (+5%). Selon Stéphan Régnier, « la plupart des start-up qui réussissent devraient se poser la question de la revente et de l’effet pivot, non pas de savoir si elles vont devenir le nouveau Google. Aux Etats-Unis ce lien avec le corporate est très bien installé, or en France on a une culture du héros, « je monte ma start-up et pas ma scale-up ». Cela va être le principal défis de la French Tech dans les années à venir. » En effet, si les entreprises achetaient jusqu’à présent des start-up pour couper l’herbe sous le pied à toute forme de concurrence, aujourd’hui, il semblerait qu’elles investissent dans des jeunes pousses soit dans une logique d’open innovation, soit pour acquérir de nouvelles technologies et conquérir de nouveaux marchés.

Pour les start-up, les nouveaux marchés se situent de plus en plus à l’étranger, du moins, elles commencent à en prendre conscience. « Le nombre de projets français qui s’implantent à l’étranger augmente de 37% par an », indique Olivier Lagane, Manager en stratégie digitale chez Capgemini Consulting. C’est là tout l’enjeu de la French Touch Conference, inculquer cette envie de penser et développer son projet à l’international. Si les start-up commencent à déployer leur concept à l’étranger, à l’inverse, les investisseurs étrangers s’intéressent aux jeunes entreprises françaises. Ainsi, 7% des levées de 1 à 5 millions sont effectuées depuis des pays européens, et 5% des levées supérieures à 5 millions proviennent des Etats-Unis. « Les investisseurs étrangers ont fait autant de levées en valeur mais moins en volume », poursuit Olivier Lagane. Enfin, les échecs ne sont pour l’instant pas comptabilisés. « C’est un axe de développement », avance Numa Bourragué, mais qui se confronte là encore à des problématiques de définition. « Est-ce qu’on considère qu’une start-up qui vivote est dans l’échec ou dans la réussite ? », s’interroge Stéphan Régnier, selon lequel il est plus aisé de mesurer ce qui fonctionne.