Face aux mastodontes Apple et Samsung, de nouveaux acteurs fourbissent leurs armes pour tenter de faire leur entrée dans la cour des grands. Une « jeune concurrence » qui trouve sa source dans l’Empire du Milieu où Honor, le « bébé Huawei », OnePlus ou dernièrement Xiaomi jouent des coudes pour rivaliser avec les plus grands, une stratégie bien rodée en bandoulière. Objectif : envahir non seulement la France mais aussi toute l’Europe.

« Laissez donc la Chine dormir car lorsqu’elle s’éveillera, le monde tremblera ». Cette phrase aurait été prononcée par Napoléon en 1816 mais les historiens débattent sur son caractère apocryphe. Toujours est-il que près de deux siècles plus tard, cette prophétie démontre à merveille les ambitions de trois fantassins aux dents longues, désireux de se faire une place au sein du marché particulièrement concurrentiel des smartphones. Le trident Honor, OnePlus et le dernier en date, Xiaomi (prononcé Cha-o-mi), mettent tous les atouts de leur côté pour incarner une « troisième voie » au duopole Apple-Samsung. Honneur au dernier « débarqué » dans l’Hexagone, Xiaomi qui s’est offert une belle promotion le lundi 21 mai, prenant ses quartiers dans le très « select » Hôtel Intercontinental du quartier de l’Opéra à Paris pour lever le voile sur son dernier né et porte-étendard de la marque en France : le Mi Mix 2S. Devant un parterre de spécialistes, mais également de fans – la marque ayant fédéré à l’instar de son rival Honor, une grande communauté, sobrement baptisée les « Mi-Fans -, le directeur marketing de Xiaomi, Donovan Sung, prend la parole pour présenter le dernier « bijou » de la gamme : le Mi Mix 2S, un smartphone au design épuré. Hormis les trop nombreuses « claques » de la “team” Xiaomi dans le public, applaudissant à tout rompre pour un oui pour un non, la présentation se déroule sans accroc et le produit attise la curiosité des professionnels, les Mi-Fans étant déjà, par essence, conquis de longue date. La magie (inaugurale) semble opérer. Mais intéressons-nous également aux fonctionnalités dudit “produit”.


Mention spéciale pour l’écran 6 pouces (2180 x 1080 pixels) qui occupe la majeure partie de la surface avant. A la différence de l’iPhone ou de son concurrent le Honor 10, aucune encoche n’est présente sur l’avant de l’appareil. En effet, le capteur d’empreinte digitale – pour déverrouiller le smartphone – figure sur le verso de l’appareil, juste en dessous de l’appareil photo. Avant de poursuivre cette présentation, une précision s’impose : Xiaomi n’est pas une marque de smartphone stricto sensu, ce marché ne constituant pas son cœur de métier. En effet, l’entreprise tire l’essentiel de ses profits des services internet. Dans le détail, sa marge brute sur les smartphones est maigre : elle était de 8,8% en 2017 contre 60% pour ses services internet. Selon certains analystes cités par Reuters, les iPhone X et iPhone 8 d’Apple dégagent des marges brutes de l’ordre de 60%. Mais les marges sont suffisantes pour faire de Xiaomi le 4e constructeur mondial derrière Apple, Samsung et Huawei. Par ailleurs, la présentation du lundi 21 mai a également été l’occasion pour l’entreprise chinoise de présenter sa nouvelle trottinette connectée. Une volonté de faire feu de tout bois similaire à la « démonstration de force », du moins sur la forme, proposée à l’Intercontinental.

Xiaomi « sort de terre »

Toujours est-il que Xiaomi a mis les petits plats dans les grands pour proposer un appareil susceptible de tenir la distance face à la concurrence, voire même de la surpasser. A l’instar de Honor et OnePlus, l’appareil photo double-objectif offre d’excellents clichés car il bénéficie du soutien d’algorithmes d’intelligence artificielle qui ont pour mission d’optimiser les conditions de prise de vue en fonction du sujet photographié. On notera cependant que, lorsque la lumière vient à manquer, les images perdent en qualité. Si les nuances – beaucoup moins tout de même que celles du Honor 10, quasi inexistantes – ne sautent clairement pas aux yeux, faisant presque reléguer cet aspect au rang de gadget, Xiaomi propose néanmoins un smartphone d’excellente facture pour un tarif résolument attractif : 499,90 euros pour le modèle dotée de 64 Go. On notera que le mode « portrait », avec son arrière-plan “flouté”, est remarquable. Autre point positif : le Mi Mix 2S profite de l’expertise du processeur Qualcomm « dernier cri » – tout comme le OnePlus 6 – qui brille par sa rapidité d’exécution.

Mais la véritable innovation de Xiaomi réside dans sa volonté de s’implanter physiquement en France, avec l’inauguration, dans la foulée de la présentation du Mi Mix 2S, de la première boutique Xiaomi, située boulevard Sébastopol. Un joli « pied de nez » à la concurrence, cette première journée ayant suscité un engouement digne de l’Apple Store, avant la sortie d’un nouvel iPhone. Les « aficionados » de Xiaomi ont, en effet, littéralement « campé » devant l’enseigne une journée avant l’ouverture officielle, le personnel du magasin leur offrant même des boissons chaudes afin qu’ils prennent leur mal en patience. Et depuis, le « store » ne désemplit pas, certains clients achetant un smartphone comme ils “feraient leurs courses”. Il faut dire qu’avec un modèle d’entrée de gamme – le RedMi Note 5 -à 199 euros, l’investissement est moins lourd que celui consenti dans un iPhone 8, par exemple, où le délai de réflexion est forcément plus conséquent. Apple, Samsung et consorts, prenez garde, la Chine est désormais bien éveillée.