Visa semble tout faire à grande échelle. L’an dernier, la société a mis en circulation 11,2 millards de dollars sur ses réseaux de paiement dans plus de 200 pays pour des achats allant de simples tasses de café à des voitures. Aujourd’hui, elle envisage un marché plus vaste encore : les transactions transfrontalières entre entreprises (B2B), où les banques transfèrent de l’argent pour le compte des entreprises clientes. Visa affirme sa volonté de pénétrer un marché de 125 milliards de dollars et d’utiliser la technologie des registres distribués (DLT) – un logiciel où les transactions doivent être confirmées par plusieurs ordinateurs sur un réseau pour être considérées comme finales – pour rendre ces paiements plus rapides, moins coûteux et plus transparents.

La plupart des paiements transfrontaliers sont effectués par l’intermédiaire de la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, ou Swift, une organisation belge fondée en 1973 qui compte 11 000 institutions financières parmi ses membres. Mais son ancien système comporte des inefficacités. Comme peu de banques sont reliées directement entre elles, un paiement en provenance de Kansas City et à destination de Nairobi pourrait devoir s’arrêter dans des banques de New York et de Londres avant d’atteindre sa destination finale, chaque banque percevant une commission. Il est également difficile de suivre l’évolution du transfert et de prévoir combien il coûtera, y compris le taux de change que vous obtiendrez.


En 2017, Swift a lancé un nouveau service, gpi, pour accélérer les transactions et la transparence. Avec ce produit, presque toutes les transactions sont réglées dans les 24 heures, explique Harry Newman, responsable des opérations bancaires chez Swift. Jusqu’à présent, 3 500 banques se sont inscrites, et elles déplacent 300 milliards de dollars par jour sur le service, soit environ la moitié du volume d’activité quotidien total de Swift.

Visa rend également les transactions plus rapides et plus transparentes grâce à son nouveau produit B2B Connect, déclare Kevin Phalen, responsable mondial des solutions d’affaires chez Visa. Son nouveau logiciel de gestion de registres distribués, récemment lancé, facilite les connexions bancaires directes. Les institutions financières peuvent également prendre connaissance des frais de paiement à l’avance. Les transactions se règlent plus rapidement, en un ou deux jours. Les réseaux B2B Connect sont nouveaux, de sorte que Visa ne tire pas parti des réseaux omniprésents pour cartes de crédit qu’elle a mis des décennies à construire et à entretenir. Mais la société met à profit sa vaste expérience dans des domaines tels que les paiements complexes, la cybersécurité et la conformité.

L’équipe de Kvin Phalen a créé Visa B2B Connect à l’aide de la technologie des registres distribués parce qu’elle offre plus de transparence et de traçabilité qu’une base de données de pointe standard, selon ses propos. Ils ont utilisé Hyperledger Fabric, le logiciel de chaîne de blocs développé en partie par IBM et hébergé par Linux, pour le construire, et il a fallu deux ans pour le lancer. Contrairement aux systèmes de blockchain basées sur les cryptomonnaies, tel que Bitcoin et Ethereum, le produit de Visa n’est pas décentralisé, puisque le géant des paiements en a le contrôle total. Visa a dressé le tout premier classement Blockhain 50 de Forbes plus tôt cette année.

M. Phalen explique que Visa B2B Connect vise à faciliter les grosses transactions interentreprises d’une valeur d’environ 15 000 $ et plus, ce qui représente environ 10% du marché global de 125 milliards de dollars. Un partenariat avec FIS – une société de traitement des paiements basée à Jacksonville et fournisseur de technologie financière auprès de plus de 20 000 institutions financières – permettra à Visa d’accéder au vaste répertoire de clients bancaires de la FIS, lesquels peuvent choisir d’utiliser B2B Connect pour leurs paiements s’ils le souhaitent.

Pourquoi une entreprise comme FIS, avec son précieux réseau de distribution, ne cherche-t-elle pas à construire elle-même un produit comme Visa B2B Connect ? « La FIS a parfois envisagé d’introduire de nouveaux réseaux sur le marché, mais dans la plupart des cas, nous jouons le rôle de partenaire d’intégration qui aide les institutions financières à participer aux réseaux », explique Raja Gopalakrishnan, responsable international des banques et des paiements de la FIS.