Le premier actionnaire de Vivendi a renforcé, ces derniers jours, son emprise sur le groupe de médias. Il contrôle désormais 26,37% des droits de vote du groupe et dispose d’une marge de manœuvre élargie pour mener à bien « de nouveaux projets ». Dans sa ligne de mire : un rapprochement avec Havas.  

En position de force. Si ce vocable est tout sauf inédit pour illustrer la situation de Vincent Bolloré au sein de l’actionnariat de Vivendi, le magnat a franchi, ce mardi, le seuil des 25% des droits de vote à la suite d’une attribution de droits de vote double. Il détient désormais directement et indirectement 20,65% du capital du groupe de médias.

Divers éléments qui devraient lui conférer « une place de choix » – doux euphémisme – pour peser sur les décisions en assemblée générale. Dans le même temps, le conseil de surveillance du groupe est réduit à portion congrue puisque Vivendi a annoncé le non-remplacement de trois administrateurs indépendants ce qui, de facto, assoit encore davantage la position de Vincent Bolloré en tant que premier actionnaire, et lui offre une belle marge de manœuvre pour mener à bien « de nouveaux projets ».

Un conseil de surveillance « à sa main »


Ainsi, l’entrepreneur breton conserve trois représentants – lui-même, son fils Yannick Bolloré, PDG d’Havas et Dominique Delport (Havas) – au sein d’un conseil dont le nombre de sièges est réduit de 14 à 12. « Le Conseil comprendra ainsi 6 membres indépendants, 3 membres faisant partie du Groupe Bolloré et 3 membres faisant partie du personnel de Vivendi », développe Vivendi dans un communiqué.

Une nouvelle configuration qui fait la part belle aux proches de Vincent Bolloré qui, parmi ses projets, rêve d’un rapprochement entre Havas et  Vivendi. Un dessein aux allures de consécration pour la famille Bolloré. En dépit des démentis d’usage – « le groupe n’a, à l’heure actuelle, pas de projet formel visant à un tel rapprochement », déclarait sans convaincre en février dernier, Arnaud de Puydefontaine, président du directoire de Vivendi -, les principaux intéressés œuvrent, avec plus ou moins de discrétion, en coulisses, pour jeter les bases de cette union.   

A la retraite « le 17 février 2022 »

Un « mariage » en forme de passage de témoin entre deux générations d’hommes d’affaire – Vincent Bolloré et son fils Yannick, le premier ayant toujours promis qu’il se retirerait du monde des affaires le 17 février 2022 – avec compte à rebours sur son smartphone – , date anniversaire du groupe Bolloré qui fêtera alors ses 200 ans. Outre la « symbolique » d’un rapprochement, Vivendi mettrait la main, avec Havas, sur un groupe en pleine santé financière avec notamment une croissance à faire pâlir d’envie la concurrence.

Ainsi, le sixième groupe publicitaire mondial a enregistré, sur l’ensemble de l’année 2016, un chiffre d’affaires de 2,28 milliards d’euros, soit une croissance de 3,1% à changes et périmètres constants, quand les analystes les plus optimistes tablaient sur une progression oscillant entre 2,4 et 2,9%. A titre comparatif, son grand rival hexagonal Publicis a affiché une croissance famélique de 0,7% en 2016, pénalisé par des pertes de budgets et les contre-performances de ses actifs dans le numérique. « Il est évident qu’il y aura un jour quelque chose entre Vivendi et Havas » déclarait Vincent Bolloré dans les colonnes des Echos. « Le jour de gloire » est bientôt arrivé.