Le réseau social, qui n’a pas dégagé le moindre bénéfice depuis sa création en 2006, a vu un nouveau membre de son état-major, en l’occurrence son directeur technique, claquer la porte ce mardi, confirmant les difficultés du groupe à imprimer une stratégie cohérente et durable.

La saignée continue à la tête du site de microblogging. Le directeur technique du groupe, Adam Messinger a annoncé son départ, ce mardi, officialisant la nouvelle…sur son compte Twitter. « Après cinq années, j’ai décidé de quitter Twitter et de prendre du temps pour moi », a-t-il écrit, sibyllin, n’oubliant pas au passage de remercier son patron et fondateur du groupe, Jack Dorsey. Un départ qui intervient quelques semaines après celui du directeur d’exploitation et bras droit de Dorsey, Adam Bain.

Enième épisode d’un feuilleton tumultueux pour la direction du groupe qui semble éprouver toutes les difficultés du monde à mettre en place une stratégie efficace et, surtout, une feuille de route lisible. Pour rappel, Jack Dorsey, lui-même, désireux de prendre du recul, avait été rappelé en catastrophe, à la fin de l’année 2015 pour prendre la succession d’un Dick Costolo, démissionnaire et aux abois et pourtant en poste depuis cinq années.

Ce départ, couplé aux autres mouvements susnommés, fragilise un peu plus l’image de Twitter auprès des investisseurs. Le réseau social, coté à Wall Street, peine, dans ce contexte d’instabilité, à renvoyer une image séduisante et attrayante alors qu’il n’a pas dégagé le moindre bénéfice depuis sa création en 2006. Même si pour tenter de renverser la vapeur, le groupe a pris des mesures draconniennes en cette fin d’année avec notamment la suppression de 350 postes, soit l’équivalent de 9% de ses effectifs.

2017, année des bénéfices ?

Dans ce marasme, Twitter persiste et signe : 2017 sera l’année du renouveau et, par extension, de l’arrivée des bénéfices. « Nous avons gagné en discipline dans la manière dont nous gérons nos activités, et nous souhaitons être profitables en 2017 », a notamment déclaré le directeur financier du réseau social, Antony Noto. A son crédit, les derniers résultats du troisième trimestre, plutôt encourageants. En effet, les revenus ont progressé de 8% à 616 millions de dollars, là où le consensus tablait davantage sur un chiffre d’affaires n’excédant pas 610 millions.

Autre bonne nouvelle, le nombre d’utilisateurs quotidien actifs s’est apprécié de 7% sur la période. En outre, le groupe a -légèrement-résorbé ses pertes à 103 millions de dollars, contre 132 millions, l’an passé à pareille époque au troisième trimestre 2015. En revanche, et c’est notamment là où le bât blesse, Twitter peine à étoffer ses troupes. Ainsi, seul 4 millions d’utilisateurs mensuels actifs sont venus grossir les rangs du réseau social sur la période, soit une progression moindre de 1,3%.

Rumeurs de rachat

Toute période trouble est, par définition, propice à toutes sortes de rumeurs, crédibles ou fantasques. Ainsi, pour ne relayer que les marques d’intérêt les plus sérieuses, la plateforme aux 140 caractères a attisé la convoitise de poids lourds comme Google et Salesforce. Des spéculations qui ont notamment permis à Twitter de s’envoler en Bourse, le 23 septembre dernier, le titre bondissant de 22% sur cette seule séance, soit la plus forte progression de l’action depuis son premier jour de cotation en 2013.

Mais ces rumeurs ont rapidement été balayées par « le principe de réalité », Twitter réclamant, selon le site spécialisé Recode, 30 milliards de dollars soit plus la moitié que sa capitalisation boursière actuelle évaluée à 14 milliards. Une somme excessive au regard du PDG de Salesforce, Marc Benioff, qui après avoir entretenu la rumeur a finalement fini par déclaré, cinglant : « ce n’est pas adéquat pour nous ». A la croisée des chemins, Twitter n’a plus le choix et va devoir se réinventer s’il ne veut pas tomber dans l’escarcelle d’un grand groupe et dire adieu à ses rêves de grandeur.