L’élection inattendue de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis pousse les chefs d’entreprise et les leaders économiques à élaborer toutes sortes de scénarios, en attendant que se dessinent les lignes de force des quatre prochaines années.

Une vague politique déferle d’est en ouest depuis le début de la décennie :

mai 2010 : Viktor Orban devient premier ministre de Hongrie et tente, depuis, de créer une « démocratie illibérale» ;

mars 2012 : Vladimir Poutine est à nouveau élu président de la fédération de Russie et met en œuvre une politique plus ouvertement nationaliste et anti-libérale ;

mai 2014 : le nationaliste hindou Narendra Modi est élu premier ministre d’Inde ;

août 2014 : Recep Tayip Erdogan devient le premier président de la république de Turquie élu au suffrage universel direct et met en oeuvre, après une tentative manquée de coup d’Etat en juillet 2016, une épuration profonde touchant toutes les formes d’opposition ;

mai et octobre 2015 : le parti nationaliste Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski remporte les élections présidentielle et législative en Pologne ;

– juin 2016 : victoire du Brexit au référendum sur le retrait de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne ;

– novembre 2016 : élection de Donald Trump aux Etats-Unis.

Du point de vue des entreprises et des entrepreneurs, on peut en déduire trois conséquences sans même extrapoler et suivre ce qui se dessine en pointillé.

Primo, le retour du protectionnisme. Les années à venir seront marquées par une tension structurelle entre l’administration américaine et les organisations économiques internationales. Les traités de libre-échange avec l’Europe et l’Asie devraient connaître le même sort que les négociations globales de Doha mais la remise en cause des institutions multinationales peut aller bien plus loin. Le nouveau président américain devra donner des gages à ses électeurs et le candidat Donald Trump a pris régulièrement position contre l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), menaçant de s’en retirer si elle s’oppose à des droits de douane contre le Mexique et la Chine – ce pour quoi elle a été précisément créée. Le conflit politique avec l’OMC pourra facilement s’étendre aux autres institutions pensées à Bretton Woods, après la deuxième guerre mondiale, et notamment le Fonds Monétaire International. En juillet dernier, sa présidente Christine Lagarde mettait en garde contre les dangers des politiques protectionnistes du candidat Trump. Ses positions, désormais plus diplomatiques, ne peuvent masquer le fond du problème.

Même si l’administration Trump n’allait pas au-delà des prises de positions verbales, les plans d’expansion internationale des entreprises seraient forcés d’en tenir compte. Déjà, les amendes contre BNP Paribas et Deutsche Bank ont montré combien la loi américaine s’exporte facilement. Les entreprises qui ont été dissuadées de s’implanter en Iran pour préserver leur flux d’affaires aux Etats-Unis en témoignent aussi, plus discrètement. Le commerce international croît désormais moins vite que le PIB mondial. Cette tendance ne peut que s’aggraver.

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