Chacun sait que Tesla, le constructeur automobile d’Elon Musk, doit encore faire ses preuves. Cependant, du fait de la sortie du nouveau véhicule de la marque, la Tesla Model 3, Elon Musk ne s’inquiète de rien.

La capitalisation boursière de Tesla, qui a grimpé de quelque 40% depuis le début de l’année 2017, a non seulement brièvement dépassé celles de GM et de Ford il y a quelques mois, mais le nouveau modèle du constructeur est aussi sur le point de faire forte impression sur le marché mondial de l’automobile de luxe. Pour le vérifier, il n’y a qu’à interroger le demi-million d’avides acheteurs qui ont versé un acompte afin d’être certains de pouvoir mettre la main sur l’un des exemplaires.


En cela réside le secret de Tesla : l’habile manière dont Elon Musk a financé son entreprise. Oui, il a reçu de belles sommes provenant du capital-risque afin de faire démarrer Tesla. Mais dès lors que les fameux véhicules ont fait leur entrée sur le marché, l’histoire a pris une autre tournure.
Pour ceux qui n’ont pas suivi l’histoire de Tesla depuis ses premiers pas, rappelons que son premier modèle fut la Roadster, un élégant véhicule deux sièges qui fit tourner les têtes.

Aujourd’hui, Elon Musk admet que la Roadster a été un désastre complet. Le plan du PDG pour ce véhicule, pour une foule de raisons, ne fonctionna pas. Elon déclare à présent que la commercialisation de la Roadster fut semblable à la construction d’une maison d’après le remodelage d’une structure déjà existante, jusqu’à ce qu’une seule et unique pièce soit conservée. Seulement 2 450 Roadster furent vendues pendant les quatre premières années de production de la voiture.

Ainsi, Tesla, lancée par quatre visionnaires qui ne connaissaient rien ou presque au sujet des voitures, eut un parcours jonché d’erreurs. Néanmoins, les quatre visionnaires visèrent juste pour une chose. Ils demandèrent un paiement partiel en avance, et firent de la Roadster une automobile très rare. Bien sûr, son prix élevé signifiait qu’elle serait toujours réservée à une élite. Si vous en vouliez une, il vous fallait non seulement verser un acompte bien en avance, mais également faire preuve de patience, car Tesla ne commençait pas la construction de votre Roadster avant que vous n’ayez passé commande et versé l’acompte. L’avance à verser était d’au moins 5 000 dollars (environ 4 240€), mais plus vous payiez, plus vous grimpiez dans la file d’attente. Du génie !

Ayant noté les bienfaits de cette technique du paiement en avance, Tesla l’appliqua à nouveau lors de la sortie de la Model S. Pour ce véhicule il y eut près de 30 000 précommandes, au même prix de 5 000 dollars. Présentée en 2012, Tesla ne produisit que 15-20 Model S par semaine pendant ses premiers mois de production. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, les ventes de la Model S ont encore à dépasser le jalon de 200 000 au total. En comparaison, Mercedes vend près de deux millions de voitures chaque année. Et pourtant Tesla, renflouée par l’argent de ses clients, n’a plus jamais eu le besoin de retourner auprès du capital-risque. C’est ici que la Model 3 fait son entrée.

Enhardi par la fanfare générée par ses précédents modèles, Elon Musk décida qu’il était temps de construire une Tesla pour les masses – si l’on peut désigner ainsi une voiture d’un coût de 30 000 dollars (sans compter que la version voulue par tous coûte au moins 50 000 dollars). On devine la suite. Tesla a commencé à prendre des précommandes, et à accueillir des acomptes de 1 000 dollars.

Lors de l’annonce du nouveau modèle, en 2016, Tesla comptait près de 400 000 précommandes en seulement quelques semaines. Cette année, ce chiffre a atteint près d’un demi-million de précommandes. Si l’on fait le calcul, avec une avance de 1 000 dollars par voiture, c’est près d’un demi-milliard de dollars qui a été avancé pour financer la croissance de Tesla. De toute évidence, cette somme revernira généreusement l’usine servant à la production des Model 3. Tout comme ses vieilles cousines, la Tesla Model 3 est une automobile financée par le client. Le financement par le client est le secret de Tesla.

Y a t-il des leçons à tirer de l’ascension rapide de Tesla pour votre entreprise en développement ? Oui, il y en a. Tout d’abord, faites financer votre croissance par vos clients. Comment ? Concevez quelque chose de très attirant, un indispensable pour la branche du marché qui vous intéresse. Si votre nouveau produit est suffisamment attrayant, vos clients paieront pour l’avoir – en avance.

Ensuite, construisez votre marque : celle de votre entreprise, et votre marque personnelle également. La mystique d’Elon Musk lui-même a certainement beaucoup à voir avec la valeur grandissante de Tesla et le succès de ses produits. On pourrait peut-être appeler cela “l’effet Steve Jobs”, mais étant donné les nombreuses entreprises innovantes d’Elon Musk – Hyperloop, Tesla et Space X pour n’en nommer que trois -, la capitalisation boursière de Tesla relève tout autant du futur du PDG que de l’entreprise elle-même.

Enfin, et par-dessus tout, innovez. Si vous pensez que votre entreprise peut se développer rapidement et efficacement avec un produit ou un service qui a un grand air de déjà vu, pensez-y à deux fois. Le futur de votre entreprise en dépend.