Des études montrent que le succès à long terme d’une start-up dépend plus de l’équipe fondatrice que de son produit. Par Moran Lazar, doctorant au Technion, et Ella Miron-Spektor, professeure associée de psychosociologie des organisations à l’INSEAD.

Lorsque l’on s’intéresse de près aux équipes qui marchent, on observe généralement un mélange de compétences singulières mais aussi des vécus assez comparables. Leurs membres n’ont pas nécessairement suivi le même cursus, mais à un moment donné de leur vie, ils ont été façonnés par des défis similaires.

L’unité 8200, une unité d’élite du renseignement israélien, est un bon exemple de ces creusets de jeunes startuppers. Elle exige de la créativité de ses membres alors qu’ils sont soumis à une pression intense.

Certains d’entre eux ont créé Adallom, une start-up de sécurité dans le cloud, véritable réussite économique fondée par trois de ces anciens militaires en 2011. Le fait de servir ensemble a permis à ses fondateurs de nouer des liens étroits. Ils ont alors acquis les compétences et les connaissances clés nécessaires aux étapes ultérieures de leur entreprise. Ils avaient tous une solide formation en informatique. Mais ils ont aussi chacun apporté des compétences complémentaires en matière de conseil en stratégie, de recherche en génie biomédical et d’expérience entrepreneuriale. Adallom a connu un succès retentissant et a été vendu à Microsoft en 2015 pour 320 millions de dollars.

Créer une équipe de rêve telle que celle-ci est certes ardu. Malgré tout, il est indispensable pour tous les entrepreneurs de s’efforcer de trouver la bonne association d’individus et de compétences. Dans un article récent intitulé “Entrepreneurial Team Formation”, nous avons systématiquement passé en revue la littérature relative au démarrage de la constitution d’une équipe entrepreneuriale, étant entendu que cette formation initiale imprimera sa marque sur les phases ultérieures d’une jeune entreprise. L’ensemble des données étudiées comprenait 69 articles publiés entre 1975 et 2018.

Les problèmes relationnels, une cause fréquente d’échec

Malheureusement, la majorité des équipes fondatrices d’une entreprise se délitent prématurément. C’est souvent dû à des problèmes relationnels entre les individus. Comme l’a déclaré Sam Altman, président de Y Combinator, “la première cause de mort prématurée d’une start-up, c’est l’explosion de l’équipe fondatrice”.

Cette équipe doit apprendre à travailler ensemble dans la cohésion pour faire face aux défis et aux imprévus qui ne manqueront pas de se présenter. En effet, certaines étapes clés des débuts d’une entreprise peuvent donner lieu à des conflits – financement, développement de produits, etc. Cette phase initiale est souvent extrêmement chaotique et stressante. Dans ces moments-là, l’équipe revêt une importance cruciale.

Les investisseurs en sont d’ailleurs bien conscients : de plus en plus souvent, ils commencent à examiner l’équipe entrepreneuriale avant même le concept ou le produit. En effet, le concept est appelé à subir de nombreux changements tout au long des processus de validation, de développement et de commercialisation. Une équipe solide permet de se serrer les coudes dans les moments difficiles, de surmonter les épreuves et d’avancer ensemble sur un chemin semé d’embûches.

Les fondateurs doivent être conscients que l’équipe sélectionnée façonnera la future start-up. Même si aujourd’hui, les équipes sont des entités dynamiques avec des membres qui en sortent alors que d’autres y entrent, on peut être sûrs que si l’identité de l’équipe est clairement établie dès le départ, l’interaction entre les principaux acteurs restera intacte.

Les trois questions que doivent se poser les fondateurs de start-up au moment de constituer leur équipe dirigeante

Sur quoi se baser pour démarrer ?

On assiste souvent au débat “Qui est apparu en premier : l’idée ou l’équipe ?”. La réalité est plus complexe : l’équipe et l’idée sont intimement liées et dépendent l’une de l’autre. Il est aisé de concevoir qu’une idée prometteuse a besoin d’individus pour la porter. Les entrepreneurs ne doivent donc pas négliger l’étape de la construction de l’équipe. Les équipes se créent généralement autour d’un entrepreneur leader ou d’un groupe noyau dont les membres se sont choisis mutuellement. Il y a tant de domaines à prendre en compte lors du lancement d’une nouvelle entreprise : la technologie, le juridique, le financement, le management… Par conséquent, mieux vaut ne pas de se lancer seul.

Comment sélectionner ses cofondateurs ?

Est-il fondamental que les membres fondateurs s’entendent très bien entre eux ? Ou bien faut-il plutôt s’attacher à réunir des personnes aux compétences distinctes pour faire avancer l’entreprise ? Selon les documents étudiés, la grande majorité des équipes reposent sur l’un ou l’autre de ces principes et les cas où elles combinent les deux sont plutôt rares.

Où rencontrer ses cofondateurs ?

Les membres des équipes peuvent se rencontrer lors de leurs études, dans le cadre familial, le cadre professionnel ou dans un accélérateur d’entreprises. À chaque contexte ses valeurs et caractéristiques. Les équipes issues des mêmes écoles s’appuient sur le réseau qu’elles y ont construit et sont souvent focalisées sur l’innovation issue de la recherche. Les entreprises familiales quant à elles, sont attachées aux principes de confiance et de bonne gouvernance.

Lequel de ces contextes génère les équipes les plus performantes ? On peut difficilement se prononcer. Ce qui est certain cependant, c’est que chacun de ces contextes présentant ses caractéristiques propres, les entrepreneurs ont tout à gagner à franchir ces frontières et à élargir leur cercle de recherche pour bâtir leurs équipes.

Pensez ET plutôt que OU

Se concentrer sur le produit plus que sur l’équipe n’est pas une bonne idée. Les entrepreneurs ne peuvent tout simplement pas se le permettre. Même si bâtir la bonne équipe est un réel défi, c’est également un formidable facteur de réussite. Investissez-vous dans la constitution de votre équipe, élargissez votre cercle de recherche de partenaires. Et lorsque vous démarrez votre entreprise et constituez votre équipe, misez à la fois sur des relations interpersonnelles solides et un large éventail de compétences.

Moran Lazar est doctorant au Technion – Institut israélien de technologie.

Ella Miron-Spektor est Professeure associée en psycho-sociologie des organisations à l’INSEAD

Il s’agit d’une version éditée et traduite d’un article publié par INSEAD Knowledge.