À une époque où une large majorité de l’humanité est urbaine, les complexités des villes commandent l’actionnement d’une planification tactique et stratégique, résolument progressiste et constructiviste, à la hauteur des challenges grandissants et pressants. Le fil rouge du succès de tout processus Smart Cities est de libérer les intelligences humaines, sociales et techniques en mesure de performer les systèmes urbains et d’améliorer in fine la qualité de vie des citadins. Il est certain que le destin des villes passera irrémédiablement par la mobilisation collective de toutes les forces vives. Dans cette nouvelle articulation qui se structure, les citadins sont appelés à jouer un rôle nodal.

Lier la science à la conception et l’exploitation de nos villes n’est pas une option mais un impératif pour l’action publique. C’est à cela que s’attèle le Senseable City Laboratory, qui met en avant cette collaboration entre les urbanistes, les maires et le monde de la science pour réimaginer les villes. Sa mission est de comprendre pertinemment des situations urbaines humainement complexes, de préparer l’avenir des communautés et d’explorer de nouveaux stratagèmes issus des contextes locaux avec un regard critique et une méthodologie convenable. Ce laboratoire d’envergure internationale rattaché au Massachussetts Institute of Technolgy a d’ores et déjà noué des partenariats fructueux avec des municipalités situées dans les cinq continents voulant promouvoir des villes apprenantes.


L’Europe regorge de villes qui ont fait le choix de la globalisation économique et du confort social. Élue à plusieurs reprises la ville la plus agréable à vivre du monde par le Global Liveability Index, la ville de Vienne est jalousée pour sa réussite époustouflante. Cette ville prospère a instauré la Smart City Agency qui porte des projets extrêmement innovants dans les domaines de la mobilité électrique et partagée, le climat et l’économie d’énergie, l’éducation et l’innovation sociale. Le Living Lab Aspern Smart City Research (ASCR) est le bras armé de la ville en matière de développement urbain soutenable et d’énergie décarbonée. Ainsi, l’Université Technique De Vienne a mis au point des indicateurs de performance pour évaluer les différentes initiatives locales sur une échelle européenne. Une telle prouesse pourrait donner des idées aux autres continents en recherche de solutions pour une plus haute qualité de vie urbaine et un meilleur avenir des citadins.

L’Asie continue de surprendre le monde par ses réalisations fantastiques. En ce sens, la ville de Dubaï incarne merveilleusement ce dynamisme en fixant ses ambitions pour devenir une ville des intelligences. Sa vision devient réalité via la structure gouvernementale “Smart Dubaï ” qui enchaîne des programmes pharaoniques et à haute valeur ajoutée, privilégiant l’intégration des technologies inclusives productrices de lien social et de bien-vivre. Les particularités de la stratégie Smart de cette ville-monde se reflètent par une plateformisation des services et des usages concrétisée par l’application Dubaï Now, une meilleure profitabilité des réseaux électriques de forte capacité, une mobilité bas carbone et intermodale ainsi qu’une offre intergénérationnelle, proposant des flexibilités diversifiées des modes de vie des Dubaïotes. Son efficience est spectaculaire en raison d’une approche proactive provocatrice d’énormes investissements et d’emplois hyper-qualifiés. L’installation d’un hub de données local à Dubaï est un vrai catalyseur des initiatives citoyennes via un partage volumineux et une exploration de la data au service du bien commun. Cette ville ultramoderne qui a tout pour y arriver, investit l’argent de son pétrole “Naturel” dans le pétrole “Technologique” pour préparer l’avenir des futures générations.

L’adaptation continue des services et des modèles en vue de répondre efficacement aux besoins des citadins, est le défi majeur du monde contemporain. Les Etats-Unis ont un pas d’avance sur les autres pays qui ont pris le chemin du pragmatisme et de l’intelligence collective dans la gestion territoriale. Le cas de Boston fait figure de référence sur le plan mondial concernant sa gouvernance par le déploiement d’une stratégie focalisée sur une gestion urbaine contributive qui soutient énormément l’inclusion des citoyens dans la création de projets locaux et la lutte contre les inégalités criantes. Cette ville très ambitieuse a mis en place l’outil de management CityScore qui offre une vision globale et une meilleure liaison des services pour permettre au maire et aux responsables techniques de disposer d’indicateurs inhérents à une gestion saine du territoire et d’enclencher rapidement des solutions. Dans une volonté d’approfondissement des liens avec l’ensemble des parties prenantes, Boston a lancé le département « New Urban Mechanics » qui donne la parole aux citoyens pour explorer et proposer de nouvelles formes d’action publique. Dans l’approche Smart City de Boston, chaque citadin occupe toute sa place dans la fabrique de décision.

En Nouvelle-Zélande, Auckland est une ville connectée avec ses habitants, qui compte sur l’alliance des acteurs urbains, les universités et le monde économique. Ainsi, le GridAKL Innovation Labs, est la pierre angulaire de l’innovation et la transformation systémique visant à booster la créativité citoyenne. Les paramètres influents dans la stratégie néo-zélandaise rassemblent la planification climatique, le tourisme responsable et l’agriculture durable. Le ville d’Auckland, en positionnant le bien-être de ses habitants au cœur de sa doctrine, expérimente l’urbanisme tactique qui se distingue par des actions à petite échelle, éphémères et accessibles, offrant une panoplie d’astuces pour réadapter les espaces publics et les rues aux besoins, dans une logique d’amélioration progressive de la vie urbaine. De multiples concrétisations marquent ces changements inspirés de l’urbanisme décloisonné et non conventionnel, à savoir l’élargissement des trottoirs, la piétonisation des espaces, la mise en place de pistes cyclables provisoires et des aires de jeux, pour une ville marchable et plus facilement sécurisable.

Dans le sillage de Casablanca Smart City, le quartier Casa-Anfa nouvellement créé et lié aux autres centralités de la ville, où se mêlent des tours et des bâtiments à taille humaine, fait naître un cadre de vie agréable compte tenu de la diversité des équipements et la richesse de son offre urbaine. Ce morceau de ville promeut différentes technologies avancées optimisant les parcours des résidents et visiteurs. Physiquement, ce pôle multiservices générateur d’activités économiques et d’interactivités sociales se singularise par des espaces publics dynamisés, des promenades végétalisées, des moyens de transports et de déplacements renforcés, un éclairage public rationnellement géré, un mobilier urbain connecté et des bancs solaires adaptés pour faciliter la vie des maîtres d’usages. Le rayonnement international de ce quartier à fort enjeux socio-économiques et environnementaux, est assuré par la présence du hub économique et financier africain de référence « Casablanca Finance City ».

Dans la même région, le Pôle Urbain Mazagan actuellement en développement, situé à une centaine de kilomètres de Casablanca, est constitué d’un mélange d’équipements et d’espaces variés déclinés en campus universitaire, centre d’incubation, des lieux culturels et de rencontre sociale. Cette zone d’avenir impulsée par le Groupe OCP se targue de réunir les critères d’un Smart Territory. Son socle est un écosystème de proximité qui sera entretenu par des synergies du Grand Territoire. La gouvernance partagée, l’abordabilité des logements, la digitalisation des services, l’intelligence d’une économie locale ainsi que la durabilité prévue des infrastructures amèneront de la simplification de la vie des futurs acquéreurs et animateurs urbains. Parmi les autres villes marocaines engagées dans le processus d’intelligence territoriale, la ville de Tanger a choisi une voie atypique en donnant corps au projet TangerTech, porté par le Roi et ayant pour objectif de bâtir une cité intelligente et industrielle à vocation socio-économique, en coopération avec des acteurs Chinois de calibre mondial. Aussi, la ville de Fès projette la mise en place d’une stratégie urbaine modernisée via la Task Force Fez Smart City.

Chaque cité possède son propre ADN. Il est impossible de plaquer les mêmes modèles de Smart Cities sur des territoires différents. Il appartient à chacune des villes de définir de manière indépendante sa propre stratégie en fonction de son niveau de maturité, de ses moyens et de ses spécificités. Souvent les villes semblent démunies pour fabriquer un plan d’action parfaitement conforme aux besoins locaux. Ce qui les pousse à faire appel à des spécialistes et stratèges pour les accompagner de manière évolutive et ajustable.

Aucune ville au monde n’échappe à cette nécessité de revoir du sol au plafond son modèle de management dans un monde affecté par des transitions constantes. C’est avec une dose d’humilité et d’ambition qu’il sera possible d’édifier des territoires producteurs de grandes valeurs. Ce qu’il faut surtout garder à l’esprit, c’est que les Smart Cities ne sont pas simplement le reflet d’une mode passagère, mais une opportunité inouïe pour faire entrer les villes dans le progressisme.

Contrairement aux idées véhiculées dans l’opinion publique et même par quelques professionnels, les Smart Cities ne signifient pas un engagement des collectivités territoriales dans une folie dépensière mais plutôt un investissement profitable visant à opérer des économies financières conséquentes tout en se dirigeant vers l’excellence urbaine. Le moindre Euro injecté dans les villes intelligentes, doit être associé à un but social, économique et environnemental.

Dans l’imaginaire collectif, les villes intelligentes sont réduites à des villes artificielles complètement bardées de technologies et déshumanisées. Ce descriptif très réducteur ne correspond pas à la réalité. Une démarche inscrite dans la logique des Smart Cities, est profondément écologique et co-produite bousculant les conservatismes et apportant du confort à tout être humain et des services de qualité de manière équitable et astucieuse. Le numérique n’est pas une fin en soi, mais un simple outil qui aide à la réalisation d’objectifs et à la conscientisation d’un maximum de personnes pour une qualité de vie plus élevée. Il convient donc de s’en servir rationnellement. D’autant plus qu’il est générateur de pollution industrielle et énergétique.

Les Smart Cities, c’est une certaine idée de la ville. Celle qui donne les mêmes chances de réussite à chacun pour l’intérêt de tous. Partager des succès entre territoires pour encourager un large déploiement des solutions de villes intelligentes, à travers le monde, est une démarche louable qu’il convient d’amplifier. Le virage de l’intelligence urbaine est désormais amorcé dans plusieurs pays. Cela prépare le monde qui vient en bâtissant une action commune et pérenne pour une nouvelle intelligence au service des territoires et des citadins.


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