Alors que le pays se reconfine pour une deuxième fois, la grogne s’intensifie chez les commerçants contraints de fermer boutique. Libraires, fleuristes, couturiers : autant de professions « non essentielles » coupées du contact avec leurs clients, alors que ces derniers vont se tourner vers les géants du e-commerce vus comme la seule solution disponible. Par Alexander Von Schirmeister – Directeur Général Europe SumUp.

 

La période est critique, car toutes ces enseignes risquent de rater les grands rendez-vous de Noël et du Black Friday… au profit de plateformes bien connues. Consciente de l’enjeu, Anne Hidalgo a récemment incité les Parisiens à se détourner d’Amazon et à commander en librairie. La survie de nos commerces de proximité est plus que jamais entre les mains du consommateur : en cette période placée sous le signe de la consommation, plaidons pour que l’achat plaisir concorde avec l’achat responsable.


Quel paysage économique voulons-nous pour demain ?

Dans son Traité de la nature humaine, Hume écrivait qu’il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à l’égratignure de son doigt.  Autrement dit : les individus sont avant tout préoccupés par leur confort et la satisfaction de leurs désirs. Force est d’admettre que la société de consommation que nous avons connue lui donne en partie raison : diktat de l’instantané, refus de la frustration, quête obsessionnelle du prix bas ont longtemps été nos préoccupations principales. Mais le fait est que le consommateur dictateur a vécu, et que le consommateur citoyen prend de plus en plus conscience des enjeux sociaux et environnementaux de notre siècle. De fait, il accorde plus d’attention à ce qu’il met dans son assiette, de la provenance de ses vêtements, et même de l’empreinte carbone de son épargne ! 

A cette tendance de fond, la pandémie a donné un sérieux coup d’accélérateur. Contraints de nous murer dans nos foyers, nous nous sommes tournés (au moins virtuellement) vers les autres plutôt que de nous centrer sur nous-mêmes. Des réseaux d’entraide se sont formés entre voisins. Sur le plan économique, beaucoup de Français ont souhaité soutenir les enseignes près de chez eux : près de la moitié affirment se sentir plus solidaires de leur communauté locale après le premier confinement. Reste que l’obligation du sans contact dessert les acteurs les plus à même de nous accompagner dans nos changements de consommation. Sans appeler au boycott des grands sites marchands, voulons-nous voir la totalité de notre économie absorbée par une vague de plateformisation ? Le commerce doit-il devenir une gigantesque « marketplace » plus froide qu’un monstre froid ?

Nos choix font la différence

Le contexte est incontestablement morose, mais le consommateur reste investi d’un pouvoir formidable : celui de façonner la société dans laquelle il veut vivre. A l’approche des fêtes, nous entendrons peut-être les mêmes mots d’ordre que cet été : « osez consommer » pour « faire repartir l’économie ». Ce sera le moment ou jamais de montrer que la responsabilité est plus qu’un principe de salon que nous reculons à mettre en pratique en situation réelle.

Alors que la moitié des Français estiment que les marques sont mieux placées que le gouvernement pour traiter de sujets sociétaux, acheter est un acte militant que les entreprises (et les législateurs) ne peuvent ignorer. Nos concitoyens enverront un message fort si au lieu de commander des jouets en plastique qui viennent de l’autre bout du monde, ils s’approvisionnent en jeux faits main chez un artisan local. Ce faisant, ils viendront non seulement en aide aux enseignes de proximité, mais ils tireront l’ensemble du commerce vers le haut. C’est sous leur impulsion, n’oublions pas, que les distributeurs ont tous établi des partenariats avec des producteurs régionaux. C’est en écho à leur mobilisation que ces mêmes distributeurs se mettent aujourd’hui au secours des petits commerçants, en ouvrant leur Drive ou leur plateforme de click and collect.

Simplifier la relation commerçant-consommateur

Ce qu’il ressort de ces dispositifs, c’est que le numérique est plus que jamais le moteur de toute croissance future. Le consommateur contemporain est pétri de bonnes intentions certes, mais il n’en reste pas moins « chronodépendant » et habitué à l’expérience utilisateur des grandes plateformes. Il est dès lors urgent que les petites enseignes se dotent des mêmes outils et se battent à armes égales. Boutique en ligne, retrait en magasin, activité renforcée sur les réseaux sociaux, présence sur des portails de commerçants : autant de moyens qui permettront de renforcer le lien avec leurs clients à l’approche des fêtes. Si ces derniers ne se promènent plus en magasin, alors il faut maintenir et enrichir le lien à distance. Beaucoup de marques l’ont déjà compris : le portail « Marques de France », notamment, a vu son trafic tripler par rapport à l’an dernier… belle visibilité en perspective pour les 500 entreprises qu’il regroupe !

Le commerce se transforme en profondeur, et un vaste champ des possibles est encore ouvert. A notre charge à tous de faire que la transformation digitale (impulsée par les GAFAs) rejoigne la transformation sociétale (menée par les citoyens). 

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