Le géant néerlandais Booking, créé en 1996, n’en finit pas de révolutionner le monde des réservations en ligne. Avec plus de 600 000 nuitées vendues par jour, le site continue sa croissance pour renforcer sa position d’acteur incontournable de la réservation en ligne. Pourtant, ce succès ne va pas sans s’attirer quelques griefs. L’Etat français réclame plus de  350 millions d’euros au titre d’une possible optimisation fiscale et la colère monte chez certains hôteliers au titre d’une potentielle pression exercée par le site web …

 

 

Acheter français, payer hollandais ?

Acheter français, consommer français : une maxime qui s’applique aussi sur le web. En effet, un nouveau choix de consommation apparaît : réserver directement auprès des hôtels pour ne plus verser de commission à Booking.com.

Louis Fleury, gérant de La Porterie, établissement élu meilleure chambre d’Auvergne nous détaille le dessous des cartes d’un business souvent méconnu. Dans son établissement, Booking prend en moyenne une commission de 15%, soit 18 euros pour une chambre à 120 euros, le tout étant facturé aux Pays-Bas. A titre de comparaison, Airbnb prend une commission allant souvent jusqu’à 10%. “Si Booking nous permet indéniablement d’attirer des clients qui ne nous trouveraient autrement pas, l’importance des commissions du site de réservation réduit considérablement nos marges et ne nous donne pas l’impression d’un véritable partenariat gagnant-gagnant.” En réservant une chambre d’hôtes sur Booking plutôt qu’en direct, le client doit savoir qu’il fait également le choix de verser environ 15% du prix de sa chambre à une société établie dans un pays à la fiscalité avantageuse plutôt qu’à une famille française. En France, le site n’affichait d’ailleurs que 20 millions de revenus en 2014 pour ses fonctions de support…

 

La Porterie, maison d’hôtes en Auvergne

 

Géant mondial, réactions locales

Face à cette situation, certains professionnels de l’hôtellerie ont mis en place des stratégies de contournement.

Tout d’abord, en retirant certaines chambres du géant de la réservation lors de la haute saison où ils sont certains de remplir leurs chambres. Ils évitent ainsi les commissions jugées trop importantes.

En s’organisant ensuite à une échelle nationale pour faire valoir ce qu’ils estiment être leur droit. Maitre Masset, experte en droit des affaires, rappelle que le site a récemment été condamné par l’autorité de la concurrence pour usage de clause abusive. « Le site empêchait aux hôteliers utilisateurs de proposer des tarifs inférieurs sur d’autres plateformes de réservation ou en direct ». 
Avec près de 70 % de part de marche selon le baromètre Kantar Media, Booking.com continue néanmoins de faire la pluie et le beau temps.

Mais un contrôle encore trop fort

Bien difficile pour le petit hôtelier de se soustraire au géant de la réservation qui dicte ainsi ses conditions. Invitations répétées aux hôteliers à abaisser leurs tarifs afin de générer davantage de réservations sur le site, quasi impossibilité pour un site particulier d’être référencé avant Booking sur Google – Booking se réservant le droit d’acheter le nom de l’hôtel sur Google Adwords ou encore transmission du minimum d’informations sur les coordonnées des clients pour éviter que les hôteliers ne se constituent des bases clients qui leur permettraient de court-circuiter Booking en les recontactant directement, etc… Autrement dit, les exemples de l’emprise du site sont légion.

 

Philippe Branche, Manager dans les objets connectés @Philippebranche

Mathilde Aubinaud, Fondatrice de « La Saga des Audacieux » @mataubinaud