Homme discret, Alain Decombe est pourtant un conseil connecté et écouté dans le domaine de la santé, secteur dans lequel il intervient depuis de nombreuses années, en France et à l’étranger. Il est aussi un dirigeant, l’un des rares avocats français à occuper des fonctions de direction à un niveau élevé au sein d’un cabinet d’avocats américain, parmi les plus prestigieux et rentables au monde, Dechert, où il est membre du Board et Vice Chairman en charge des bureaux implantés en dehors des Etats-Unis. Homme discret mais charismatique…

 


Rencontre, à Paris, le 11 janvier, avec celui qui dirige également le bureau français de Dechert, un avocat… qui a une âme d’entrepreneur.

 

Comment a commencé l’aventure de Dechert à Paris ?

Après mes études de droit en France et aux Etats-Unis, j’ai rejoint Linklaters puis Andersen Legal, via Archibald, où j’ai passé 13 ans à faire du M&A international et à développer le cabinet avec mes associés de l’époque. A la fin 2005, j’ai rejoint, avec un groupe d’avocats de Coudert Brothers, le bureau parisien de Dechert, qui avait une taille très modeste et dont le nom était méconnu. Nous avons, avec mes associés, beaucoup travaillé pour développer l’activité de la structure parisienne et asseoir le nom du cabinet à Paris. Aujourd’hui, le bureau de Dechert à Paris compte 160 collaborateurs dont une centaine d’avocats. Au quotidien, cette construction est un vrai travail d’entrepreneur, qu’il s’agisse du recrutement, de la stratégie ou du développement.

 

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à la santé ?

Au début des années 90, j’ai travaillé sur une opération stratégique pour le groupe américain Baxter et j’ai commencé à m’intéresser à ce secteur passionnant pour différentes raisons : rôle central des patients, innovation, qualités humaines et sophistication des acteurs, domaine réglementé avec de nombreux challenges juridiques. J’ai aussi vite compris que le secteur de la santé générait constamment, du fait du dynamisme de cette industrie et des enjeux de santé publique, de nombreuses questions auxquelles les juristes peuvent contribuer au bénéfice de leurs clients.

 

Selon vous, est-ce que le législateur est à la traine ?

Le législateur a toujours porté une attention particulière au domaine : les patients sont des électeurs ! Plus sérieusement, les échanges entre les entreprises de ce secteur et le législateur ont toujours été fournis avec pour objectif d’avoir une industrie en adéquation avec son temps, cherchant à résoudre les nombreux problèmes que cela soulève et ils sont nombreux et sensibles puisqu’ils concernent le bien-être et la vie.  La France demeure l’un des premiers marchés mondiaux et l’excellence de notre médecine et de notre recherche nous permet d’avoir l’une des industries les plus dynamiques dans le monde (biotech et medtech notamment). Il est vrai que le conservatisme de certains freine l’optimisation de  filières qui ont besoin de se réformer, mais on peut constater un mouvement global qui évolue dans la bonne direction, notamment grâce aux fonds de private equity qui ont investi ses filières depuis un certain nombre d’années. Dechert, qui est très actif dans le domaine de la santé, accompagne notamment les acteurs qui participent à ce mouvement.

 

Quelles industries ont de l’avenir pour les cabinets d’avocats ?

Tous les secteurs réglementés et innovants ou ceux à forts enjeux stratégiques : les télécoms (nous sommes ravis d’accompagner Orange dans ses opérations de M&A hors de France), l’énergie, le digital, l’agro-alimentaire et la santé bien sûr, pour ne citer qu’eux. Dans la santé, on peut mentionner l’exemple d’Alan, start-up française (accompagnée par notre cellule venture) qui propose une assurance complémentaire santé entièrement digitalisée, la première brique d’une application smartphone que les fondateurs souhaitent voir évoluer pour devenir l’application smartphone santé de référence.

 

Face aux grands cabinets américains de la place, comment avez-vous réussi à vous frayer un chemin et à hisser Dechert à ce niveau ?

Le domaine a beaucoup évolué, surtout ces dix dernières années (tâches répétitives v. à valeur ajoutée, pression sur les honoraires, création de départements juridiques sophistiqué et gérés comme des cabinets d’avocats internes). Certains cabinets, comme Dechert se positionnent sur les dossiers à forte valeur ajoutée, d’autres, notamment les cabinets généralistes, sur les « commodities » avec une offre de services complète, dans de nombreux pays, et pour lesquels la performance financière est liée au volume. Avec la transformation digitale (je ne crois pas aux avocats robots comme certains l’annoncent, pas pour les services que nous offrons en tout cas), c’est tout un pan d’activités autrefois réalisées par nos jeunes avocats qui va disparaître ; notre profession va devoir s’adapter, changer son organisation et ses méthodes de travail. Les cabinets qui se positionnent sur les prestations à forte valeur ajoutée devront savoir saisir ces outils afin de conforter leur offre de services ciblés.

 

En quoi Dechert se distingue de ses homologues ?

Dechert est un cabinet d’experts-entrepreneurs : nous combinons excellence technique et haut niveau d’exigence à approche pragmatique et « business minded » des dossiers sur lesquels nous intervenons. Dechert est également un cabinet américain tourné depuis de nombreuses années vers l’international, uniquement présent sur les places internationales incontournables. Nous ne souhaitions pas opérer dans de nombreux pays, choix stratégique de certains, notamment les firmes « full service ». Pour autant, nous ne restons pas a l’écart des régions stratégiques dans lesquelles nous n’avons pas de bureaux (par exemple, l’Afrique dans le cadre d’un hub dédié depuis nos bureaux de Paris, Londres et Dubaï), en collaboration avec nos ‎« Best Friends »‎ locaux.  Notre plateforme internationale dédiée aux sciences de la vie nous permet d’offrir aux clients exigeants, un service sophistiqué et efficace. A titre d’exemple, cette plateforme vient d’accompagner Ipsen dans la réalisation de la plus grosse acquisition de son histoire, faite aux Etats-Unis dans un calendrier très contraint.

 

Comment voyez-vous l’avenir de Dechert ?

En 1980, notre CEO Bart Winokur et le board ont pris un virage stratégique, qui a transformé un cabinet prestigieux de Philadelphie créé en 1875, pour en faire l’un des cabinets internationaux d’origine américaine les plus performants dans le monde, cela en faisant le choix de la spécialisation. Les faits lui ont donné raison. Cependant la Firme ne s’est pas assise sur ses lauriers. Elle sait que l’évolution du marché est constante et va en s’accélérant. Sa présence à l’international l’aide à être encore plus à l’écoute, sachant que le marché américain a ses particularités. La réflexion stratégique est devenue un exercice de tout instant. 

 

Aujourd’hui, Dechert doit continuer à se démarquer via son offre de services sur mesure. Nous conservons notre cap : nous positionner uniquement sur des dossiers stratégiques complexes, locaux ou transnationaux, à forts enjeux pour nos clients. Pour ces derniers, nous travaillons très étroitement avec les avocats de notre plateforme internationale intégrée. C’est notamment le cas pour nos practices Arbitrage International, Propriété Intellectuelle, Droit de la Concurrence, Services Financiers et M&A, ou encore nos approches sectorielles.

 

La concurrence se renforce avec l’arrivée de nouveaux acteurs (retour des Big Four qui poussent les services « processés» reposant sur un fort apport technologique, cabinets de niches locaux) et elle impacte les prix. Nous devons faire en sorte de rester à l’écart de cette guerre des prix poussés, notamment, par certains cabinets anglais, et, pour cela, continuer de nous concentrer sur les prestations à forte valeur ajoutée, qui nécessitent expertise, créativité, expérience, et donc les meilleurs professionnels.