Cofondateur et chef politique des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar est le numéro deux du nouveau gouvernement afghan. Cette nomination officialise la mainmise des talibans sur Kaboul, quelques jours seulement après que l’armée américaine et ses alliés ont évacué leurs troupes et leurs personnels diplomatiques du pays.

 

Comme le rapporte Reuters en citant un responsable taliban, Abdul Ghani Baradar jouera un rôle politique déterminant en devenant le numéro 2 du gouvernement afghan, épaulé par deux autres hauts dirigeants des talibans : Sher Mohammad Abbas Stanekzai et Mohammad Yaqoo, fils du cofondateur du mouvement, le mollah Omar, décédé en 2013. Le guide spirituel des talibans, Haibatullah Akhunzada, se concentrera sur les questions religieuses et la gouvernance dans le respect des valeurs de l’islam.

Cette annonce intervient alors que les talibans sont confrontés à plusieurs crises sur divers fronts. En effet, outre une économie dévastée, le mouvement islamiste a lancé une offensive contre des rebelles dans la vallée du Panshir, au nord de Kaboul. Quelques milliers de combattants se sont rassemblés dans la vallée sous les ordres d’Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmad Shah Massoud, mort assassiné en 2001.

Concernant l’économie du pays, Abdul Ghani Baradar et le nouveau gouvernement devront éviter qu’elle ne s’effondre : les aides étrangères sont stoppées et les 9,4 milliards de dollars de réserves de trésorerie du pays ont été gelés.

Abdul Ghani Baradar, qui a cofondé le mouvement taliban dans les années 1990, a occupé plusieurs postes importants au sein du gouvernement lorsque les talibans étaient au pouvoir entre 1996 et 2001. Après le démantèlement du gouvernement avec l’invasion de l’Afghanistan par les forces armées américaines en 2001, Adbul Ghani Baradar a aidé à diriger les combattants du groupe d’insurgés. Il a finalement été capturé au Pakistan, près de Karachi, en 2010, au cours d’une mission qui aurait été planifiée conjointement par des agents pakistanais et américains. Cependant, il a été libéré de prison en 2018 par des responsables pakistanais après que le gouvernement Trump a fait pression sur les autorités pakistanaises. À l’époque, Donald Trump et son gouvernement entamaient des pourparlers de paix avec les talibans. Depuis sa libération, Abdul Ghani Baradar a aidé à mener les négociations entre les forces talibanes et les États-Unis.

L’ancien chef suprême et cofondateur du mouvement taliban, Mohammed Omar, a donné le nom de guerre « Baradar » (qui signifie « frère ») à Abdul Ghani. Ce dernier a combattu aux côtés de Mohammed Omar dans un groupe de moudjahidines pour repousser les forces soviétiques en Afghanistan dans les années 1980.

Les talibans ont indiqué qu’ils essaieraient de faire reconnaître la légitimité de leur gouvernement par la communauté internationale, une étape essentielle pour rouvrir la porte aux aides internationales. L’accès à ces aides et aux réserves de trésorerie du pays sera crucial pour les talibans, car l’Afghanistan est au bord de l’effondrement économique. Les États-Unis et leurs alliés européens ont exhorté les talibans à former un gouvernement inclusif.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Siladitya Ray

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