Pendant les dernières années, les frais de livraison depuis la Chine était fortement subventionnés, mais plus maintenant. Comment l’entreprise Wish va-t-elle survivre à un tel changement ?

Situé dans un centre commercial à la périphérie de Portland, Oregon, le magasin de Jullienne Adams, qui s’appelle LiquidNation, ressemble beaucoup au site de commerce électronique « Wish ». En effet, Jullienne Adams s’est associée l’année passée à Wish afin de faire de son magasin un point relais, comme Rite Aid, GNC et d’autres détaillants en difficulté qui sont devenu des points relais Amazon. Par la suite, Jullienne Adams a commencé à faire elle-même des stocks de produits Wish afin de les revendre dans son magasin.


Jullienne Adams a déclaré : « C’est amusant et kitsch. De plus, il y a en moyenne 20 à 25 nouveaux visiteurs par jour, qui viennent retirer leurs colis Wish et qui réalisent des achats impulsifs une fois dans le magasin ».

LiquidNation est l’un des 36 000 petits magasins partout dans le monde qui ont conclu un partenariat avec Wish depuis janvier 2019, acceptant ainsi de stocker et parfois même de livrer ses produits. Pour les détaillants, cela représente un revenu supplémentaire et un accès aux 80 millions d’utilisateurs actifs mensuels de Wish, à un moment où ils ont désespérément besoin d’un coup de pouce. Wish, quant à lui, a obtenu un réseau de distribution très développé et peu coûteux, comme l’a confirmé Peter Szulczewski, cofondateur et PDG de Wish : « Cela nous permet d’avoir 36 000 points relais proches de nos consommateurs. De plus, ce mode de fonctionnement aide nos partenaires à avoir plus d’allés et venus dans leurs magasins ».

Wish
Source : Forbes US

Wish, qui a été lancé à San Francisco en 2011 par Peter Szulczewski et son ami Danny Zhang, est devenu l’une des plateformes d’e-commerce les plus populaires au monde, en vendant une avalanche de produits bon marché, presque tous en provenance de Chine. En effet, la plupart des clients de Wish sont des gens de la classe ouvrière qui n’ont pas les moyens de s’offrir Amazon Prime et sont plus susceptibles de faire leurs achats dans des magasins de hard discount. Aujourd’hui, seuls 20 % des clients de l’entreprise ont Amazon Prime, tandis que près de 90 % fréquentent Walmart.

Wish compte aujourd’hui environ 500 millions d’utilisateurs inscrits (sans forcément avoir effectué des achats sur la plateforme). C’est l’application de shopping la plus téléchargée au monde en 2019, et le quatrième marché en ligne des États-Unis en termes de ventes. Wish vend environ trois millions d’articles chaque jour, dont environ un tiers aux États-Unis. L’entreprise a été évaluée à plus de 11 milliards de dollars après son dernier tour de financement en 2019, ce qui a placé Peter Szulczewski, qui en possède environ 18 %, assez haut dans la liste des milliardaires avec une valeur nette de 1,8 milliard de dollars.

« Au lieu de construire des dizaines de grands entrepôts coûteux comme Amazon, nous avons choisi ces magasins qui souffrent et qui cherchent une source de revenus supplémentaire ».

De plus, la pandémie a aidé le site de hard discount a devenir d’autant plus attractif, non seulement pour les clients existants, mais aussi pour une partie croissante de la population qui a souffert de la fermeture des magasins. Selon Sensor Tower, une société de recherche sur les applications mobiles, le nombre de téléchargements a augmenté ces derniers mois, avec 50 millions d’installations dans le monde entier depuis début avril.

Depuis le début, Peter Szulczewski s’adresse à ceux qui font partie des 25 % des ménages américains les plus pauvres, et qui se contentent de 31 000 dollars ou moins par an. Il a déclaré : « Nous avons privilégié un ensemble de consommateurs que tout le monde négligeait auparavant ».

Grâce à sa nouvelle présence sur le marché de la brique et du mortier, les ventes de Wish ont fait un bond de 70 % au cours du deuxième trimestre. C’est pourquoi l’entreprise est en passe d’enregistrer son tout premier bénéfice annuel, après avoir perdu environ 100 millions de dollars sur un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars l’année dernière.

Cependant, Bryan Wyatt, directeur de l’entreprise de conseil en chaîne d’approvisionnement Chainalytics explique que Wish s’est construite presque entièrement sur une subvention qui permet d’expédier des colis pesant moins de 2 kg de la Chine vers les États-Unis à un coût inférieur à celui de leur expédition à partir des États-Unis. Par exemple, l’expédition d’une tondeuse électrique qui pèse 150 g pour les poils de nez, couterait 1,55 $ de la Chine à Atlanta, alors que cette même tondeuse expédiée depuis les États-Unis couterait 2,80 $, soit environ 80 % de plus.

Le problème est survenu lorsque cet accord pris fin le 1er juillet, date à laquelle l’Union postale universelle, un organe des Nations unies qui régit les tarifs maritimes internationaux, a réduit la subvention, doublant ainsi les coûts de transport du jour au lendemain.

Juozas Kaziukenas, fondateur de Marketplace Pulse, une entreprise d’études sur le e-commerce, a déclaré : « C’est ce qui a finalement permis à Wish d’exister d’une certaine manière, ajoutez à cela les délais de livraison de la Chine, et Wish fait face à une pression croissante pour trouver un meilleur moyen de concurrencer des détaillants comme Walmart, Target et Amazon ».

C’est pourquoi Wish a commencé à attirer les commerçants américains et britanniques et compte aujourd’hui des centaines de ventes sur la plate-forme, ce qui représente une partie de ses 1 million de commerçants. L’avantage ? Leur marchandise ne vient pas de Chine. Souvent, ce sont des articles surstockés ou retournés que les grands détaillants vendent pour quelques centimes de dollar.

Elle a également cherché des moyens de stocker les articles en provenance de la Chine plus près de ses clients aux États-Unis et en Europe, afin d’accélérer les livraisons. C’est pourquoi dès 2015, elle a commencé à louer des entrepôts pour conserver des stocks limités, comme ceux à Los Angeles et à Orlando,  mais les entrepôts reviennent chers à long terme. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de s’associer à des propriétaires de petites magasins.

Aujourd’hui, Wish regroupe de plus en plus de commandes multiples dans un entrepôt en Chine et les achemine ensuite vers des magasins aux États-Unis et en Europe, où les clients peuvent venir les chercher. Cela lui permet de compenser l’augmentation des coûts en expédiant les articles en quantité, plutôt qu’individuellement pour chaque utilisateur.

“Pour nos consommateurs qui sont très soucieux pour leurs finances, économiser 1 ou 2 dollars fait une grande différence.”

Pour ce faire, en janvier 2019, l’entreprise a commencé à négocier avec ces magasins : ils reçoivent 50 centimes pour chaque retrait en magasin, et Wish offre un bonus de 4 dollars si les détaillants livrent une commande chez quelqu’un. M. Szulczewski explique : « Cela aide les magasins à avoir plus d’allés et venus à une époque où les affaires sont plus difficiles que jamais ». Les clients, quant à eux, constatent que davantage d’articles peuvent être disponibles pour un retrait ou une livraison immédiate dans un magasin local. Si un article doit être expédié, ils peuvent obtenir une réduction de 15 à 20 % du prix s’ils le font livrer dans un magasin.

Tout l’enjeu repose sur les propriétaires de petites entreprises, à qui l’on demande désormais d’accepter, de trier, de stocker et de remettre les colis aux clients, car il est trop tôt pour savoir si la hausse des allés et venus sera suffisamment importante pour justifier les efforts déployés.

M. Szulczewski, qui a grandi dans la Pologne communiste des années 1980, a déménagé au Canada à l’âge de 11 ans, la même année que la chute de l’Union soviétique. Il a étudié l’informatique à l’université de Waterloo, en Ontario. Après avoir obtenu son diplôme en 2004, il a obtenu un emploi chez Google, où il développait un logiciel qui aidait les vendeurs à cibler les recherches des internautes. Il a quitté Google en 2009 pour créer sa propre entreprise de logiciels en partant du principe qu’il pouvait prédire les intérêts d’une personne en fonction de ses recherches sur Internet et les faire correspondre à une publicité potentielle. Deux ans plus tard, il a relancé son entreprise sous le nom de Wish.

Ce n’est que récemment qu’il a envisagé une présence sur le marché des briques et du mortier. Il vise 100 000 vendeurs sur la plate-forme d’ici la fin de l’année et dix fois plus dans quelques années. Et même s’il craint de céder le contrôle à des milliers de petites entreprises, qui servent de plus en plus de visage à son entreprise, il ne risque pas de laisser pas passer une telle occasion. À ce sujet, M. Szulczewski a déclaré : « La plus grande société d’hébergement du monde ne possède ni hôtel ni immobilier, c’est Airbnb. La plus grande société de transport au monde, Uber, ne possède pas de voitures non plus. C’est pourquoi nous pensons que la meilleure façon de gérer un commerce de détail physique est de s’associer à des magasins qui comprennent le principe de notre site ».

Pour conclure, cela ressemble à un geste désespéré de la part d’une entreprise qui a dû innover rapidement afin de ne pas déposer le bilan. Seul le temps nous dira si le pari est payant ou si Wish ne deviendra qu’un lointain souvenir.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Lauren Debter

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