Les multinationales d’hier ont toujours été puissantes mais celles d’aujourd’hui, génératrices de progrès technologiques le sont davantage à tous les niveaux. Les GAFAM représentent parfaitement ces nouveaux leaders entrepreneuriaux mondiaux. Elles ont acquis une longueur d’avance technologique face à la concurrence et évoluent à grande vitesse dans de nombreux secteurs d’activité. Ces entités synonymes de relais de croissance à deux chiffres atteignent aujourd’hui des valorisations exceptionnelles en bourse depuis une quinzaine d’années. La valeur des GAFAM en n’était-elle pas de 5,3 trillions de dollars le 25 janvier 2020 ?

Aujourd’hui, nos économies modernes en quête d’innovation, de performance et de progrès techniques vivent et se développent au gré d’événements dont les tendances d’évolution sont plus inconnues que jamais. L’innovation, souvent source de progrès, permet à la société dans son ensemble d’accéder à la modernité, « époque de l’homme » selon Michel Foucault. Les innovations du numérique et l’avènement des nouvelles technologies grâce à l’utilisation des mathématiques, de la physique et de l’informatique sont les caractéristiques majeures de ce début de siècle. Un siècle imprévisible dans un monde globalisé, financiarisé et numérisé.

« Le numérique oblige à vivre avec une incertitude sur ses performances elles-mêmes. En effet, le niveau de complexité atteint dans les systèmes d’information ne peut plus être maîtrisé par aucun autre métasystème qui pourrait jouer le rôle de garant. »[1]

Les objets connectés [smartphones, tablettes, montres, etc] ont envahi nos vies faisant place à la ville, le bureau, la voiture et la maison connectés. En trois décennies, nous sommes passés d’une communication physique à des échanges virtuels instantanés où les « Chat bots »[2] se sont substitués à la voix humaine. La communication virtuelle s’est imposée comme le dénominateur commun des nouvelles générations dans une société contemporaine de plus en plus dépendante du pouvoir des algorithmes, de la modélisation, du big data et de l’intelligence artificielle.

Nul n’y échappe. De la Silicon Valley en Californie à la Silicon Alley à New-York, en passant par la Silicon Hills à Austin au Texas, les ingénieurs et les informaticiens élaborent et améliorent sans cesse les mécanismes technologiques et numériques de demain. Ils décodent nos comportements actuels afin de mieux coder ceux du futur. Autrement dit, nos vies sont quotidiennement modélisées et numérisées.
Pour la scientifique, Aurélie Jean « écrire un algorithme, c’est dessiner un chemin de résolution pour un problème donné, une manière d’accéder rapidement et avec justesse (ou à une erreur près) à la réponse »[3] Même si la capacité calculatoire utilisée par les serveurs est plus rapide que celle de l’homme, l’intelligence artificielle est parfois, elle-même, dans l’incapacité d’expliquer ses propres calculs.

Aujourd’hui, l’algorithmisation ne signifie pas la fin des modèles économiques classiques. Elle indique seulement leur renouvellement dans un monde technologique dominé par les GAFAM et les Marketplaces qui ubérisent de plus en plus de secteurs d’activité, comme par exemple, les transports, les voyages et les services bancaires. Nous savons désormais que les géants du web vont écrire les nouveaux chapitres des grandes avancées technologiques avec le concours de scientifiques et de chercheurs spécialisés dans leurs domaines respectifs. L’aventure dont ils seront les principaux protagonistes ne fait que commencer.

Plusieurs raisons expliquent leur succès d’aujourd’hui. Premièrement, elles sont Américaines et de ce fait, elles ont eu accès immédiatement au premier marché mondial de consommateurs. Les États-Unis ayant été pour ces entités leur premier laboratoire, elles ont pu expérimenter et adapter leurs produits et leurs services aux réactions des Américains pour ensuite dupliquer leur modèle à l’échelle planétaire. Deuxièmement, elles réalisent des marges considérables pour réinvestir dans la recherche et le développement. Amazon n’a-t-il pas investi plus de 15 milliards de dollars dans la recherche en 2019, soit 5 fois le budget annuel du CNRS. Troisièmement, elles prennent des participations ou rachètent des startups régulièrement.

Ainsi, pour 1,9 milliard d’euros, Google s’est offert à la fin de l’année 2019, Fitbit, l’un des leaders mondiaux des objets connectés spécialisés dans le fitness. Ainsi, les GAFAM rachètent et déposent chacune des centaines de brevets chaque année. Enfin, depuis leur création, elles ont recruté les talents du monde et continuent d’attirer les meilleurs éléments qu’elles souhaitent avoir. Elles n’hésitent pas à mettre en place des golden hello pour attirer les profils les plus recherchés de la Silicon Valley. Elles mettent à disposition de leurs employés des moyens matériels et financiers considérables afin qu’ils puissent s’impliquer dans un environnement optimal et agréable. En 2019, le salaire médian chez Google, par exemple, était de 161 254 dollars.

Comment ne pas être fidèle à son employeur dans ces conditions ? Les bonus atteignent aussi des niveaux très élevés afin de garder le plus longtemps possible leurs collaborateurs.

Ces derniers restent en moyenne 24 mois chez leur employeur. Cette rotation élevée reflète la croissance exponentielle de la Silicon Valley, véritable écosystème de la technologie mondiale au cœur de la Californie. Un État plus puissant économiquement que la France, 6e puissance mondiale aujourd’hui. En effet, si le golden state était un pays, avec un PIB de 3 trillions de dollars elle serait devant le pays de Molière ayant un PIB de 2,78 trillions de dollars en 2018.       

 

[1] – Dominique Boullier. Sociologie du numérique. Armand Colin. 2019

[2] – Les chat bots sont des programmes informatiques qui peuvent lire des messages

[3] – Aurélie Jean. De l’autre côté de la machine. Editions de l’Observatoire. 2019.

 

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