Promesse de campagne du candidat Trump, le cahier des charges relatif à la construction du mur anti-clandestins séparant les Etats-Unis du Mexique a été rendu public ce lundi. Des grands noms hexagonaux du BTP et de la construction pourraient-ils répondre à cet appel d’offres, sans pour autant irrémédiablement abîmer leur image ?

Outrancière pour les uns, salvatrice pour les autres, l’idée de la construction d’un mur séparant le Mexique des Etats-Unis continue de susciter le débat dans l’opinion américaine et bien au-delà. Si les appels d’offres ont été officiellement lancés en ce début de semaine, plusieurs grands noms du BTP lorgnent un projet polémique, dont les bénéfices financiers, pourraient néanmoins ne pas suffire à reléguer au second plan les (probables) répercussions négatives en termes d’images. Désireux justement de se prémunir contre toute association – même potentiel- avec ce qui est désormais communément appelé « le mur Trump », Xavier Huillard, PDG de Vinci, a opposé une polie mais ferme fin de non-recevoir à la possibilité de voir le géant du BTP et des concessions autoroutières s’impliquer dans ce projet.


« Il faut que je prenne en compte la réalité de mon entreprise, ma culture, ma manière de faire et la sensibilité, non pas seulement de mes collaborateurs américains, mais au niveau mondial », a d’abord déclaré, prudemment, Xavier Huillard sur le plateau de BFM Business. Et de poursuivre, écartant définitivement cette éventualité. « Pour ces raisons-là, mais ça n’est pas du tout un jugement de valeur à l’égard des Etats-Unis, nous préférons plutôt ne pas toucher à ce mur ». Des rumeurs faisant état d’un intérêt de Vinci pour ce chantier aussi pharaonique (coût estimé entre 8 et 40 milliards de dollars) que polémique avaient commencé à poindre mais le PDG du groupe s’est évertué à les tuer dans l’œuf avant qu’elles ne prennent trop d’ampleur.

Bouygues refuse, LafargeHolcim avance ses pions

La donne est similaire du côté d’un autre géant de la construction, en l’occurrence Bouygues. Le groupe propriétaire de TF1, interrogé en ce sens lors de la publication de ses résultats annuels en début du mois, a également indiqué ne pas être intéressé, mettant davantage en avant des critères techniques concernant la construction dudit mur pour justifier sa décision. « Il s’agit d’une structure métallique sur laquelle Bouygues n’a pas de compétence particulière ». Un refus « diplomatique », le géant du BTP refusant d’entrer dans une « polémique politicienne ».

D’autres, en revanche, font fi des potentiels répercussions en cas d’implication dans ce projet. C’est notamment le cas du groupe franco-suisse, LafargeHolcim. En effet, le cimentier, par la voix de son PDG, Eric Olsen, s’est déclaré prêt à vendre le ciment nécessaire à la construction de ce mur, s’attirant les foudres de François Hollande. Le chef de l’Etat a, en effet, adressé une sérieuse mise en garde au groupe, l’incitant « à se montrer prudent avant de se déclarer candidat ».

« Business is Business »

La réponse du PDG ne s’est guère faite attendre, celle mettant en exergue sa volonté de ne pas se mêler des affres politiques et autres conciliabules diplomatiques. « Nous sommes prêts à fournir nos matériaux de construction pour tous types de projets d’infrastructures aux Etats-Unis. Nous sommes le premier cimentier aux Etats-Unis (…). Nous sommes ici pour soutenir la construction et le développement du pays.

Et d’asséner le coup de grâce : « Nous ne sommes pas une organisation politique ». Désireux de s’attirer les faveurs de l’administration Trump et tirer profit de l’ambitieux programme de modernisation des infrastructures (1 000 milliards de dollars) impulsé par le président américain, Lafarge ménage l’avenir, l’entreprise ayant déjà promis de nombreuses créations d’emplois sur le territoire. « Je ne peux pas donner de chiffres exacts mais ce sera important ». Business is Business…