Une semaine après l’amende record d’un montant de 4,3 milliards de dollars infligée par l’Union européenne pour abus de position dominante de son système d’exploitation Android, Alphabet, maison-mère de Google, a fait état de résultats supérieurs aux attentes du marché.

Une amende ? Quelle amende ? Tel pourrait être, en substance, le sentiment dominant ce matin au sein de l’état-major de Google et de sa maison mère Alphabet qui a publié des résultats trimestriels d’excellente facture, supérieurs aux attentes de Wall Street. De quoi reléguer au second plan la sanction financière sans précédent infligée par la Commission européenne, la semaine dernière, au groupe de Mountain View. Si cette « actualité » aurait pu faire douter les investisseurs, cette publication les a, au contraire, rassurés, voire même convaincus du bien-fondé de la stratégie du mastodonte de l’internet. Les chiffres sont éloquents. Dans le détail, Alphabet a annoncé une marge opérationnelle en progression à 24% (hors impact de la « fameuse » amende), contre 22,5% au trimestre précédent. En outre, le groupe a vu son bénéfice ajusté par action (la référence à Wall Street) ressortir à 10,58 dollars par titre contre 9,52 dollars initialement escomptés par le consensus Thomson Reuters. Google a également tenu à préciser que cet indicateur ressortait à 11,75 dollars hors ajustements correspondant à la soustraction de 1,1 milliard de dollars de plus-values latentes sur des investissements sur fonds propres conformément à une nouvelle méthode de comptabilisation et à l’amende de la CE pour laquelle, rappelons-le, le groupe a fait appel.  


Autre indicateur résolument positif, comme souligné par Reuters, la hausse des coûts d’acquisition du trafic, autrement dit ce que Google paie pour attirer les internautes vers son moteur de recherche, a ralenti pour la première fois en trois ans. Sur le front des ventes, le chiffre d’affaires (constitué à 86% de revenus publicitaires) d’Alphabet a également dépassé les attentes, avec des revenus en nette hausse à 32,66 milliards de dollars – et un consensus battu à 32,17 milliards -, contre 26,01 milliards de dollars l’an passé à pareille époque. Cette domination a néanmoins été contestée cette année par des enquêtes d’autorités de la concurrence sur le système d’exploitation Android et d’autres actions réglementaires, comme l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne. Divers éléments qui n’ont cependant pas entravé la bonne marche du groupe qui peut se targuer d’avoir signé une croissance de son chiffre d’affaires d’au moins 20% de trimestre en trimestre, depuis deux années consécutives, série en cours.

Deux sanctions en un an 

Une sérénité et une robustesse financière qui relèguent au second plan les turpitudes de la maison mère du moteur de recherche qui s’est vu par deux fois, en un an, sanctionnée au portefeuille par le gendarme européen de la concurrence. Dès juin 2017, le géant américain de l’internet écopait d’une amende de 2,42 milliards d’euros. Motif : abus de position dominante dans la recherche en ligne en favorisant son comparateur de prix « Google Shopping » au détriment des services concurrents. Celle de la semaine dernière, en revanche, concerne le système d’exploitation Android. Au terme de deux ans d’investigation, la commission accusait la firme américaine « d’obliger » les fabricants de smartphones, comme le Coréen Samsung ou le Chinois Huawei, à préinstaller “Google Search” et à le paramétrer comme service de recherche par défaut, ou exclusif, sur la grande majorité des appareils sous Android vendus en Europe. Autre accusation de Bruxelles : Google aurait empêché les fabricants de vendre des appareils fonctionnant sous des systèmes d’exploitation différents. Enfin, troisième grief, la Commission accusait Google d’avoir accordé des incitations financières aux fabricants et aux opérateurs de réseaux mobiles à la condition qu’ils préinstallent en exclusivité Google Search sur leurs appareils. 

Divers griefs qui ont abouti à la sanction record de 4,3 milliards de dollars. Cependant, au-delà de la « symbolique » et du record de cette amende, cette dernière représente seulement un peu plus de deux semaines de chiffre d’affaires d’Alphabet et elle entamera à peine ses réserves de trésorerie de 102,9 milliards de dollars (88,56 milliards d’euros). Mais Bruxelles souhaite également que Google mette un terme à ses pratiques anticoncurrentielles dans un délai de 90 jours sous peine de recevoir des pénalités supplémentaires susceptibles d’atteindre 5% du chiffre d’affaires quotidien moyen d’Alphabet dans le monde. Pas de quoi – non plus – ralentir la marche triomphale de la maison mère de Google comme en attestent les chiffres du jour.