En période de crise, beaucoup d’articles portent sur l’importance pour les dirigeants de ne pas « perdre la tête ». Même si rester calme est une nécessité préalable à presque toutes les bonnes décisions, ce n’est qu’un outil pour atteindre un objectif. C’est pour cela que la pensée latérale est très importante dans ces moments d’incertitude. 

La pensée latérale, un terme inventé pour la première fois par Edward de Bono en 1967, fait référence à la capacité d’une personne d’aborder les problèmes en imaginant des solutions qui ne peuvent pas être obtenues par des moyens déductifs ou logiques. Ou tout simplement, la capacité de fournir des réponses originales à des questions difficiles. C’est l’essence de la créativité, et toute organisation en profite en période de changement, lorsque, par définition, les solutions traditionnelles ont peu de chances d’obtenir le résultat souhaité.


Considérer la pensée latérale comme la préservation de certaines parties d’une entreprise, comme par exemple le marketing, est tentant. Prenez par exemple la finance. « J’ai très rarement vu de nouvelles approches de collecte de fonds envisagées dans le cadre d’un plan de continuité des activités », a déclaré Adam Tilson d’Alternative Finance, un spécialiste, pour aider les organisations à lever des fonds. « Mais le processus n’est ni difficile, ni forcément coûteux, et il existe de nombreuses possibilités pour sortir des sentiers battus et résoudre les problèmes ». Tilson suggère que la clé est de ne pas laisser la sagesse s’interposer, et de trouver des sources de financement qui sont également prêtes à innover. Ainsi, les dirigeants « sont souvent en mesure d’accéder à des solutions radicalement différentes et à beaucoup plus de flexibilité qu’ils ne le croient à première vue », selon lui. 

La gestion du personnel est un autre domaine où la pensée latérale peut apporter d’énormes avantages, malgré la réputation des RH comme étant très orientée vers les processus. « La question qu’on devrait se poser en RH est : comment constituer des réserves de talents pour l’avenir ? », selon David Reay, vice-président senior des ressources humaines chez Sony Music Worldwide. « Et comment pouvons-nous aider les gens à apprendre rapidement et efficacement, en exploitant la puissance du numérique ? » Il estime que les réponses à ces questions exigent non seulement une réflexion logique, mais aussi créative. « Et elles continuent d’être les questions clés pour les RH, indépendamment de ce qui se passe dans le monde extérieur ». Le point important est le suivant : peu importe ce que vous faites ou l’endroit où vous travaillez, chacun a en lui la capacité d’ajouter une valeur transformationnelle grâce à la pensée latérale, même, et surtout, en période de crise ou de changement. 

C’est une compétence de plus en plus demandée. Ashleigh Otter, chef du personnel de la bibliothèque en ligne Perlego, est d’accord. « La capacité à résoudre les problèmes et à réfléchir de manière critique est l’un des principaux critères que nous recherchons lorsque nous recrutons », selon elle. « Dans un monde qui change constamment, nous devons pouvoir s’adapter. »

Alors, comment réfléchir latéralement quand le monde qui vous entoure est dans une panique générale ? Voici quatre techniques qui peuvent aider n’importe quelle organisation ou situation dans laquelle vous vous trouvez.

Choisissez un objet de transition

« Que ferait Bruce Lee ? » , n’est peut-être pas le début le plus conventionnel d’une conversation sur la stratégie, mais cela peut vous aider à chambouler votre façon de penser.

Un objet transitionnel est quelqu’un ou quelque chose qui incarne certaines caractéristiques ou qualités que vous pouvez utiliser comme source d’inspiration pour de nouvelles idées. (Le fait que la personne ou la chose concernée incarne, ou non, ces qualités dans la vie réelle n’a aucune importance. La perception est la réalité.)

Les objets de transition peuvent être des personnes ou des choses que vous aimez ou admirez, ou le contraire. Le fait est qu’ils incarnent un ensemble de qualités qui n’existent pas dans votre organisation (ou votre vie) actuellement. Pour continuer avec l’exemple ci-dessus, Bruce Lee a enseigné l’importance de travailler avec, plutôt que contre l’énergie de votre adversaire. Comment cela pourrait-il influencer votre stratégie ?

Essayez de penser à l’envers 

Se demander « quelle est la seule chose que nous ne devrions absolument pas faire dans cette situation ? »  permet de remettre en question la pensée conventionnelle sur ce qui est une ligne de conduite recommandée.

Face au Black Friday et au Cyber Monday, le fabricant suédois de vêtements, Asket, a fait exactement la chose à ne pas faire sur papier. Il a suspendu toutes les ventes ces jours-là et n’a vendu que des produits de protection vestimentaire. Mais en faisant cela, l’entreprise a fortement renforcé son message de marque sur la consommation durable et l’importance de bien acheter. Elle a également gagné le respect de sa clientèle soucieuse de l’environnement. 

Il faut garder à l’esprit que, lorsqu’on innove, cela peut être bien plus facile de faire un aller-retour que d’essayer de résoudre des problèmes en partant d’un point de départ conservateur. Même si la réponse à cette question contre-intuitive est, en réalité, complètement erronée, elle peut ouvrir la voie à une nouvelle réflexion sur ce qui est juste.

Ne pas ajouter, mais soustraire

La plupart des stratégies et tactiques sont additives. Elles impliquent souvent de faire plus de choses dans des délais de plus en plus courts, de limiter l’impact et d’épuiser les personnes.

Se demander « qu’arriverait-il si nous arrêtions de faire, ou si nous demandions aux autres d’arrêter de faire » peut stimuler une nouvelle réflexion sur votre expérience avec la clientèle, votre expérience d’employé ou même votre stratégie globale. Cela remettra également en question les idées reçues de votre organisation sur le déploiement des ressources, ce qui peut être bénéfique lorsque les échanges sont difficiles.

Gardez en tête que Twitter, une entreprise qui peut raisonnablement prétendre avoir changé le monde, a été inventée non pas en ajoutant, mais en soustrayant. Dans ce cas, l’élément qui a été retiré, était l’autorisation d’utiliser plus de 140 caractères lors de la rédaction d’un blog.

Raconter une histoire différente 

Selon l’auteur Christopher Booker, tous les récits s’articulent autour d’un très petit nombre d’intrigues de base, que les êtres humains sont préprogrammés à comprendre :

La quête
Le voyage et le retour
La renaissance 
La comédie 
Le drame 
Vaincre le monstre
La route vers la richesse 

Ce n’est pas seulement le cas des auteurs de fiction. Réfléchissez à la trame qui soutient actuellement votre entreprise ou votre projet. Choisissez-en une autre et réécrivez l’avenir de votre entreprise. Par exemple, êtes-vous à la tête d’un projet de grande envergure qui vise à « vaincre le monstre » dans votre catégorie ? Que se passerait-il si, au contraire, vous tentiez de « faire renaître » votre marché ou votre offre à la clientèle ? Cela pourrait-il changer, par exemple, votre appétit pour la finance ?

En temps de crise, le plan que de nombreux dirigeants suivent inconsciemment est une « tragédie ». Essayez de recadrer vos difficultés en pensant au « voyage et au retour », et vous pourriez être surpris par les changements émotionnels et stratégiques que cet exercice particulier de pensée latérale vous aide à réaliser.

 

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