Les grandes entreprises de courtage ont publié leurs résultats du troisième trimestre et, une fois de plus, la gestion de patrimoine (ainsi que ses frais) est un point positif dans une saison autrement sombre pour les grandes banques. C’est d’ailleurs ce qui a aidé à maintenir à flot certains des plus grands acteurs de Wall Street.

En effet, les conseillers financiers et leurs entreprises ont vu leurs affaires reprendre grâce à une relance plus forte que prévu du marché boursier depuis mars. Morgan Stanley en est la preuve. La banque new-yorkaise dirigée par James Gorman, qui a passé les années qui ont suivi la crise financière à orienter l’entreprise vers le monde stable de la gestion de patrimoine et à l’éloigner des activités plus risquées comme les opérations pour compte propre, a déclaré que les actifs à honoraires ont atteint 1 333 milliards de dollars au cours du dernier trimestre, soit une hausse de 8 % par rapport au trimestre précédent et de 12 % en glissement annuel. De plus, avec ses 15 469 conseillers, l’entreprise a déclaré des revenus nets de 4 657 milliards de dollars dans sa division de gestion de patrimoine, ce qui représente une stagnation par rapport au deuxième trimestre, mais une augmentation de 7 % par rapport au troisième trimestre de l’année dernière.


« La gestion de patrimoine suit le volume des actifs, donc si nombreux sont surpris par le rebond du marché boursier au cours des deux trimestres précédents, il n’est pas surprenant que la gestion de patrimoine soit stable ces derniers temps et qu’elle soit similaire aux niveaux de 2019 malgré la pandémie de Covid-19 », déclare Michael Wong, directeur de la recherche sur les actions chez Morningstar.

Pendant ce temps, selon M. Wong, les bénéfices avant impôts de Morgan Stanley ont atteint 1,12 milliard de dollars, soit une baisse de 2 % par rapport au dernier trimestre et de 10 % par rapport au troisième trimestre de 2019. Cette baisse des bénéfices est due à la chute des taux d’intérêt qui a entraîné une baisse des revenus nets d’intérêts. « La gestion de patrimoine est touchée par les taux d’intérêt, car les revenus d’intérêts nets ont toujours constitué une rentrée d’argent importante pour les entreprises », a-t-il ajouté.

Avec ses 17 800 conseillers, La Rival Bank of America Merrill Lynch s’impose comme la plus grande force de conseillers financiers parmi les quatre grandes entreprises de services financiers. La gestion mondiale de patrimoine et d’investissement de la banque est répartie entre Merrill Lynch Wealth Management et Bank of America Private Bank, qui ont ensemble généré 4,5 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre, soit une baisse de 7 % par rapport à l’année dernière. Cependant, les soldes des clients ont atteint un record de 3 100 milliards de dollars, soit une hausse de 6 % par rapport à l’année dernière. Pour ces deux conglomérats basés à New York, une grande partie de la croissance a été créée par des marchés qui ont dépassé les attentes et par des données économiques qui ont dévoilé une récession provoquée par la pandémie.

Au cours du troisième trimestre de cette année, le S&P 500 a enregistré une hausse de 7,3 %, pour atteindre 3 105,92 points à l’ouverture en juillet et 3 341,21 points à la clôture en septembre. De même, au trimestre précédent, l’indice a enregistré une hausse de près de 20 %, passant de 2 498,08 points à 3 050,2 points. Le marché a continué de croître au cours du deuxième trimestre, alors que le PIB a chuté de 32,9 % et que le chômage a atteint un pic de plus de 14 % après être resté inférieur à 4 % tout au long de 2019. Bien que les données du PIB ne soient pas encore disponibles pour le troisième trimestre 2020, le taux de chômage a réussi à baisser pour atteindre 7,9 % à la fin du trimestre.

Dans le même registre, Wells Fargo a vu à la baise son nombre de conseillers, passant de 13 723 conseillers en 2019 à 13 298 conseillers au dernier trimestre et 12 908 conseillers actuellement. Les revenus de gestion de fortune de l’entreprise, quant à eux, ont été légèrement supérieurs à ceux du deuxième trimestre, passant de 3,66 à 3,794 milliards de dollars. Cependant, il est resté sensiblement inférieur à celui de l’année dernière, qui était de 5,141 milliards de dollars. De plus, pour Wells Fargo, les intérêts nets ont atteint 9,368 milliards de dollars, soit une baisse de 19 % par rapport à l’année dernière. Cette baisse est due au fait que la Réserve Fédérale a maintenu les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas en raison de  la pandémie de Covid-19.

UBS Global Wealth Management for the Americas a enregistré des bénéfices avant impôts de 371 millions de dollars, soit une hausse de 12 % par rapport à l’année dernière, grâce à des investissements de 2 700 milliards de dollars, soit une augmentation de 6 % d’un trimestre sur l’autre. Au niveau mondial, les revenus de la gestion de patrimoine sont passés de 4,1 milliards de dollars à 4,3 milliards de dollars d’une année sur l’autre. D’ailleurs, Tom Naratil, président d’UBS Americas et co-président d’UBS Global Wealth Management, a déclaré à Forbes US qu’une grande partie du succès de la gestion de patrimoine est la forte demande de conseils due à l’incertitude des marchés, de l’économie et du patrimoine personnel, conséquence de la pandémie de Covid-19 ainsi que des élections imminentes aux U.S.A.

Enfin, la bonne nouvelle est que les conseils de gestion du patrimoine ne vont pas disparaître de sitôt. Comme l’a expliqué Jonathan Pruzan, directeur financier de Morgan Stanley : « Il s’agit d’une tendance séculaire à long terme, car les gens veulent toujours payer pour des conseils de gestion de compte ».

Article traduit de Forbes US – Auteur : Jason Bisnoff

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