Alors que la pandémie de Covid-19 n’a pas fini de bouleverser nos habitudes de consommation, mais aussi d’épargne et de prévoyance, une récente étude rappelle le profond attachement des Français aux valeurs refuges que sont l’or et l’immobilier.

 

Des Français toujours assez conservateurs en matière d’épargne

Une enquête réalisée sur un échantillon de 1019 individus par OpinionWay pour AuCOFFRE en novembre 2020, soit en pleine deuxième vague de Covid-19, dresse un panorama particulièrement complet des différents comportements d’épargne des Français en cette période de crise sanitaire et économique.

La première chose qui ressort de cette étude c’est le relatif pessimisme des Français qui entraient alors dans leur 8e mois de crise sanitaire. Le fait que ce sondage intervienne en plein second confinement national explique peut-être aussi cette morosité. Néanmoins, les résultats viennent conforter la tendance immuable qui veut qu’à chaque période de crise, les Français se retournent massivement vers les valeurs refuges.

Ainsi, lorsqu’on demande aux personnes interrogées quels moyens leur semblent le plus appropriés pour épargner de l’argent, c’est sans grande surprise qu’elles citent l’immobilier, le Livret A, l’assurance-vie et l’or. Un palmarès relativement constant d’année en année qui reflète l’attitude conservatrice des Français en matière d’épargne. Signe des temps et conséquence de l’effondrement des taux de rendements des placements traditionnels, les Français sont également de plus en plus nombreux à préférer garder tout simplement de l’argent chez eux, face à une inflation qui reste globalement très faible depuis plusieurs années (+0,5% en 2020).

Pour autant, si on écarte la conservation de cash à domicile qui progresse, certes, mais qui n’est pas à proprement parler un placement, les principaux moyens d’épargne cités par l’étude sont loin de susciter un enthousiasme équivalent de la part des Français. En effet, si l’or et l’immobilier continuent à avoir le vent en poupe (+1 % d’opinions favorables pour le premier et +3% pour le second, par rapport à avril 2019), l’assurance-vie et surtout le Livret A marquent quant à eux un recul brutal dans le coeur des épargnants. Une réaction somme toute logique en ces temps troublés qui ne plaident pas en faveur des banques ou des assurances.

 

Livret A et assurance-vie : les causes d’un désamour

Habitué à la première place des moyens d’épargne préférés des Français, le Livret A est cette fois-ci relégué à la deuxième place, moins à cause de la progression de l’immobilier dans le choix des personnes interrogées (+3%) que de sa propre chute (-12%). Certains y voient la conséquence d’un taux d’intérêt ramené à sa portion congrue (0.5% par an) sans aucune perspective de relèvement à court ou moyen terme, mais la réalité est bien plus complexe.

Tout d’abord, même si les personnes interrogées s’accordent majoritairement à dire que le Livret A est le placement le plus accessible (45% des réponses) et le plus sécurisé (33% des réponses), elles considèrent en revanche que c’est celui qui facilite le moins la transmission de capital (3% seulement). Et cet aspect est loin

d’être anodin pour une population vieillissante qui se soucie de plus en plus de sa succession. Le fait que le Livret A soit limité à 22950 € n’en fait manifestement pas un véhicule de transmission à privilégier en priorité en cas de décès. Et l’exonération fiscale sur les intérêts n’est pas non plus un argument pertinent, sachant que de toute façon, les successions au bénéfice du conjoint sont totalement exonérées, quel qu’en soit le montant, tandis que les successions en ligne directe (enfant ou parent) ne sont pas taxées jusqu’à 100 000 euros par bénéficiaire.

À cet égard d’ailleurs, l’assurance-vie a aussi perdu de son attrait en raison de réformes récentes qui, par exemple, ne l’excluent plus du régime des droits de succession comme c’était le cas jusqu’en 1998. Sans oublier que, comme n’importe quel revenu du capital, les intérêts des contrats d’assurance vie sont désormais soumis aux prélèvements sociaux qui s’élèvent à 17.2%. En outre, poussé par le besoin de sécurité en période de crise sanitaire, beaucoup de Français ont déserté l’assurance-vie (pour la deuxième fois en 20 ans) à cause des unités de compte sur lesquelles elle repose de plus en plus souvent et, surtout, dont le capital n’est pas garanti.

Mais la principale cause du recul de ces deux instruments d’épargne dans les préférences des Français est sans doute à rechercher dans la perte de confiance à l’égard des banques et des compagnies d’assurance. En effet, ces deux institutions sont, après la Bourse, celles qui inspirent le moins confiance aux Français : seulement 41% d’opinions favorables pour les banques et à peine 32% pour les sociétés d’assurance. Et cette tendance est encore plus marquée chez ceux qui gagnent aux alentours du SMIC, voire à peine au-dessus : seuls 36% d’entre eux font confiance aux banques et 27% aux sociétés d’assurance. Or cette population se retrouve le plus souvent parmi les inactifs et les ouvriers/employés qui représentent, selon l’INSEE, 73% de la population du pays. Un désaveu de leur part se traduit donc inévitablement par un recul massif de l’engouement global des Français pour les placements proposés par ces institutions.

Immobilier : les Français aussi naissent avec une pierre dans le ventre

Les Belges ont coutume de dire qu’ils naissent avec une pierre dans le ventre pour exprimer leur attachement viscéral à l’immobilier (70% d’entre eux sont propriétaires de leur logement). Mais les Français ne sont pas en reste, car s’ils sont “seulement” 58% à être propriétaires de leur résidence principale, la moitié d’entre eux possèdent également une résidence secondaire et ils sont aussi de plus en plus nombreux à investir dans l’immobilier locatif. C’est d’ailleurs aujourd’hui le premier placement privilégié par les Français soucieux de s’assurer un revenu complémentaire, en vue de leur retraite mais pas seulement. Car la crise sanitaire a eu aussi pour effet de fragiliser la situation économique de nombreuses personnes, dont certaines se sont retrouvées au chômage (29% des personnes interrogées par OpinionWay craignent encore d’être prochainement privées d’emploi). On peut comprendre alors le besoin urgent de compenser une absence éventuelle de salaires par des loyers.

Du reste, si les personnes interrogées par OpinionWay reconnaissent que l’immobilier est un placement assez peu accessible (seulement 9% pensent que cet investissement est facile d’accès), il est en revanche le plus utile et le plus propice à être transmis. Utile, c’est une évidence, car avoir un toit sur la tête est une nécessité absolue, à plus forte raison en temps de crise. Sans oublier que la France connaît chaque année un déficit d’offre en matière d’immobilier locatif et que le rôle des investisseurs privés est fondamental pour soutenir un marché qui n’attend plus grand chose des pouvoirs publics. Transmissible car la résidence principale constitue encore très souvent aujourd’hui l’essentiel de l’actif successoral pour la grande majorité des Français.

Enfin, en matière de crédit immobilier, les emprunteurs bénéficient d’une particularité bien française qui veut qu’on devienne immédiatement propriétaire de son bien immobilier dès la signature du prêt à la banque. Cela peut sembler une évidence, mais c’est loin d’être le cas partout ailleurs dans le monde, et beaucoup de pays, y compris nos voisins, pratiquent ce qu’on appelle le prêt hypothécaire. Dans ce cas, c’est le prêteur qui est propriétaire du bien tant que le crédit n’a pas été intégralement remboursé. En cas de défaut de l’emprunteur, la banque peut alors l’expulser et faire vendre le bien pour récupérer sa mise. En France, ce type de prêt est interdit, et les emprunteurs sont donc bien mieux protégés qu’ailleurs, ce qui peut expliquer aussi en partie l’intérêt jamais démenti des Français pour l’investissement immobilier, même auprès des catégories sociales les plus modestes, c’est-à-dire celles qui seraient potentiellement les plus fragiles face à un prêt hypothécaire.

 

L’or, inaltérable réserve de valeur qui résiste aux crises

Vient enfin l’or, que certains esprits chagrins surnomment la “relique barbare” en raison de son caractère ancestral qui en fait remonter l’usage aux premiers temps des sociétés humaines. Or c’est justement cette ancienneté qui explique son intérêt immuable, car l’or n’a jamais déçu. Valeur refuge par excellence (comme l’immobilier), ce placement millénaire a toujours conservé son statut de réserve de valeur. D’ailleurs, si les banques centrales du monde entier n’ont de cesse d’accroître leurs stocks d’or, ce n’est pas un hasard.

Pour les personnes interrogées par OpinionWay, l’or revêt une importance toute particulière, un intérêt unique. En premier lieu, s’ils sont 54% à considérer qu’il s’agit d’une marchandise comme les autres, ils sont également 66% à y voir un actif sûr qui ne risque pas de perdre sa valeur à long terme. C’est donc à la fois un bien relativement facile à acquérir (davantage que l’immobilier par exemple) et le placement le plus sécurisé après le Livret A (28% contre 33% pour le Livret A). Plus surprenant encore, alors que l’or n’est pas un instrument spéculatif, les Français semblent y voir pourtant un placement rentable (pour 22% d’entre eux) juste après l’immobilier qui truste la première place des investissements les plus rémunérateurs avec 25% d’opinions favorables.

Stabilité, inaltérabilité, sécurité et même rentabilité sous certaines conditions, sont autant de qualités qui peuvent expliquer que 63% des sondés estiment que l’euro devrait être garanti par l’or des Banques centrales, en particulier celui détenu par la Banque de France. Ils sont même 43% à affirmer que l’or pourrait carrément être une meilleure monnaie que l’euro, car ce dernier est perçu comme un instrument qui encourage la spéculation financière tout en favorisant des pratiques contraires au respect de l’environnement. Les plus jeunes (18-24 ans) sont les plus nombreux à penser 

de la sorte, et ce sont également eux qui, avec les personnes de plus de 65 ans, représentent la majorité de ceux qui sont convaincus qu’acheter de l’or est encore le meilleur moyen pour épargner son argent.

Tribune rédigée par Jean-François FAURE, PDG d’AuCOFFRE

 

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