Moderna affirme que les données montrant une efficacité de 95 % pour le vaccin de sa société signifient que ce dernier pourrait être distribué dès fin décembre, en attendant le feu vert de la FDA.

Stéphane Bancel, PDG de Moderna, a de longues journées ces derniers temps. Il se lève tôt pour aller courir puis organise d’innombrables réunions au sujet de la phase III du vaccin Covid-19 de Moderna, dont les premières données révèlent une efficacité à environ 95 % contre le virus. Selon le patron français, certains Américains pourraient commencer à se faire vacciner dès le mois prochain.  


« Je ne pouvais pas m’attendre à de meilleurs résultats », assure Stéphane Bancel. Pour couronner le tout, les données montrent que 11 membres du groupe placebo ont contracté une forme grave du Covid-19, tandis qu’aucun participant du groupe vacciné n’a contracté une forme grave du virus. Selon le PDG : « Cela signifie que si vous recevez le vaccin Moderna, vous avez 95 % de chances de ne pas contracter la maladie, et si vous la contractez, vous aurez une forme bénigne. C’est fantastique ».

C’est aussi une bonne nouvelle personnelle pour Stéphane Bancel, qui possède environ 9 % de la société. Comme l’action a augmenté de 10 % lundi, la fortune nette du Français est passée à 3 milliards de dollars. Mais il n’est pas le seul à en avoir profité. Le scientifique du MIT Robert Langer, qui a cofondé Moderna et détient 3 % des parts de la société, a vu sa fortune nette passer à environ 1,2 milliard de dollars. Timothy Springer, professeur à Harvard et détenteur de 3,5 % des parts de l’entreprise, un des premiers investisseurs dans la société, pèse désormais pour sa part 1,6 milliard de dollars. 

La clé du succès semble être la technologie ARNm de Moderna, qui s’appuie sur l’ARN messager afin de transmettre des instructions aux cellules de votre corps. Ces cellules produisent ensuite de petites parties du virus Covid-19, juste assez pour déclencher le système immunitaire, qui va produire des anticorps et des cellules mémoires qui entreront en action si vous êtes à nouveau en contact avec le virus. L’essai a porté sur 30 000 personnes au total, avec une grande diversité d’ethnies et d’âges (environ 7 000 participants avaient plus de 65 ans, le groupe le plus exposé aux formes graves de la maladie).

Moderna a commencé à travailler sur son vaccin contre le Covid-19 en janvier, et a envoyé son premier lot à l’Institut national de la santé pour une étude de phase I seulement 42 jours plus tard. Cela est incroyablement rapide, si l’on considère que la fabrication de la plupart des vaccins prend des années. Mais Moderna n’est pas le seul laboratoire à progresser rapidement : la semaine dernière, Pfizer a publié des résultats selon lesquels son vaccin à ARNm, produit en partenariat avec la société allemande BioNTech, était efficace à 90 % contre le Covid-19. Ces résultats ont validé un pari d’un milliard de dollars que le PDG de Pfizer, Albert Bourla, avait fait au printemps dernier sur ce projet.

« C’est un résultat assez impressionnant », déclare Alan Carr, analyste en biotechnologie chez Needham, à propos des données de Moderna. « Il semble y avoir un schéma avec les deux vaccins à ARNm, qui suggère que la technologie est assez efficace pour les maladies infectieuses ».

Mais Stéphane Bancel le dit lui-même, il n’a pas l’impression d’être en compétition avec Pfizer (ni avec aucun autre fabricant de vaccins d’ailleurs) : « Comme je l’ai toujours dit depuis que nous avons commencé à chasser ce virus en janvier, aucune entreprise ne peut approvisionner la planète. Nous avons besoin de trois ou quatre vaccins pour atteindre la ligne d’arrivée… Le succès de Pfizer est une étape importante pour le monde et pour le pays ».

Alan Carr est du même avis : « Pour le Covid-19, je pense que la demande va dépasser l’offre. Ces deux vaccins seront recherchés ».

Le manque de compétitivité provient peut-être en partie des partenariats mondiaux de Moderna. La société a déjà conclu des accords pour fournir des vaccins contre le Covid-19 à plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et le Canada. Bien que les accords avec plusieurs de ces pays restent secrets, le gouvernement Trump a annoncé en août avoir conclu un accord pour acheter 100 millions de doses du vaccin de Moderna, pour environ 1,5 milliard de dollars.

Contrairement à Pfizer, qui a effectué la plupart de ses recherches et essais cliniques en interne, Moderna a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement américain depuis les premiers jours de la pandémie. Selon Stéphane Bancel, le laboratoire s’est associé avec l’équipe du Dr Fauci au National Institute of Allergy and Infectious Disease pour mener ses essais cliniques. De son côté, la Biomedical Advanced Research and Development Authority du gouvernement fédéral a investi un peu moins d’un milliard de dollars pour étudier le vaccin. Tous ces fonds du gouvernement mènent à un vaccin qui coûterait aux autorités environ 25 $ par dose, et qui sera probablement distribué gratuitement au public, selon les dires de Stéphane Bancel. Ce dernier affirme d’ailleurs avoir « des millions de doses » prêtes à être mises sur le marché. Des chaînes de pharmacies comme Walgreens et CVS, ainsi que McKesson Corporation, le plus grand distributeur de vaccins antigrippaux aux États-Unis, étudient déjà la manière la plus efficace de distribuer le vaccin.

Mais Moderna doit encore surmonter quelques obstacles avant que le vaccin ne soit mis à la disposition du public. Tout d’abord, l’entreprise doit terminer la phase III de son essai clinique, fournir les données correspondantes à la Food and Drug Administration (FDA) et obtenir une autorisation d’urgence pour distribuer le vaccin. Stéphane Bancel estime que la phase III de l’essai atteindra un objectif clé en matière de données dans les deux prochaines semaines, et prévoit de déposer une demande d’autorisation d’utilisation d’urgence auprès de la FDA fin novembre ou début décembre. L’essai lui-même durera encore deux ans, car la santé des participants continue d’être surveillée. Si ce délai est respecté, certains citoyens américains — (probablement le personnel médical au début) pourraient commencer à recevoir le vaccin d’ici fin 2020. 

Les experts craignent également que le vaccin de Moderna nécessite d’être réfrigéré à basse température, autour de -20 °C, ce qui pourrait causer des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement. L’entreprise a dissipé au moins une partie de ces craintes lundi lorsqu’elle a annoncé de nouvelles données montrant que son vaccin pouvait être conservé dans un réfrigérateur standard jusqu’à 30 jours. Cela pourrait être un avantage par rapport à Pfizer, dont le vaccin doit être conservé à -70 ° C.

Enfin, il ne faut pas négliger le risque d’une mutation du virus Covid-19, rendant le vaccin actuel inefficace. Cela n’inquiète pas Stéphane Bancel : « L’adaptation à de nouvelles souches est possible, et l’ARN messager est fantastique parce qu’il suffit de prendre une nouvelle souche et de s’en servir ». Selon lui, si une mutation du coronavirus faisait son apparition, il faudrait à Moderna encore moins que les 42 jours actuels pour créer un vaccin.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Leah Rosenbaum

 

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