Yvon Chouinard, milliardaire fondateur de l’entreprise de vêtements de plein air Patagonia, s’est toujours gardé d’exprimer ses opinions politiques. Mais les choses ont changé pour cet amateur d’escalade et de pêche à la mouche depuis que Donald Trump a emménagé à la Maison-Blanche.

En novembre dernier, Patagonia a annoncé avoir perçu 10 millions de dollars de bénéfices supplémentaires pour l’année 2018 grâce à la « réduction des impôts irresponsable » de Donald Trump, qui a fait passer le taux d’imposition des sociétés de 35 % à 21 %. Au lieu d’investir les fonds supplémentaires dans son entreprise, Patagonia a déclaré donner les 10 millions de dollars à des initiatives citoyennes qui luttent contre le changement climatique, y compris des organisations qui travaillent dans l’agriculture biologique régénérative afin d’inverser le réchauffement climatique.


« Notre gouvernement continue d’ignorer la gravité et les causes de la crise climatique », a déclaré Yvon Chouinard dans un communiqué. « C’est le mal à l’état pur ».

Le milliardaire a proposé ses recommandations pour les États-Unis : « Nous avons besoin d’un système agricole qui soutienne les petites fermes familiales et les ranchs, pas d’un système qui récompense les entreprises de produits chimiques qui veulent détruire notre planète et empoisonner notre nourriture. Nous devons protéger nos terres et nos eaux publiques parce qu’elles sont tout ce qu’il nous reste ».

Citant des articles de presse, Patagonia affirme que les industries du pétrole et du gaz ont été les premières bénéficiaires de la réduction de l’impôt sur les sociétés, avec des milliards de dollars de bénéfices supplémentaires. Entre temps, le U.S. Global Change Research Program a publié son quatrième rapport national sur le climat en novembre dernier et souligne que les événements climatiques extrêmes, déjà fréquents, devraient s’aggraver à l’avenir.

Cette prise de parole audacieuse intervient un an après la première déclaration du milliardaire à l’encontre de la décision du président Trump de réduire la taille de Bear Ears et du monument national de Grand Staircase-Escalante, des terrains de l’Utah protégés au niveau fédéral depuis des décisions respectives des gouvernements Obama et Clinton. En réponse, Yvon Chouinard avait effacé la page d’accueil du site internet Patagonia et l’avait remplacée par un simple message : « Le Président a volé votre terre ».

Le milliardaire américain (dont la fortune est estimée par Forbes à 1,5 milliard de dollars), s’était par la suite rendu sur CNN pour annoncer son intention de poursuivre Trump en justice : « Il semble que la seule chose que ce gouvernement comprend, ce sont les procès ». L’administration Trump avait tenté de faire transférer l’affaire devant les tribunaux de l’Utah, mais le juge avait décidé que l’affaire devrait être entendue par un tribunal fédéral à Washington. L’affaire est toujours en cours.

La prise de position de Patagonia vis-à-vis de Donald Trump n’a pas eu de répercussions sur les ventes de l’entreprise, bien au contraire. Rose Marcario, PDG de Patagonia, avait déclaré en avril 2017 aux étudiants de Berkeley : « À chaque fois que nous faisons une bonne action pour l’environnement, nous gagnons plus d’argent ».

Mais la mission de l’entreprise en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le changement climatique remonte bien avant l’élection de Donald Trump. Patagonia finance des organismes environnementaux à but non lucratif depuis 1985, avec des dons totaux à hauteur de 100 millions de dollars. Yvon Chouinard a également cofondé en 2002 le mouvement mondial 1 % pour la planète, qui encourage les entreprises de donner 1 % de leur chiffre d’affaires à des organisations à but non lucratif axées sur le développement durable. Jusqu’à maintenant, cet engagement a permis de consacrer 175 millions de dollars à la protection de l’environnement.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, Yvon Chouinard ne travaille plus au quotidien pour Patagonia, mais il conserve cependant son appétit pour les activités en plein air. Interrogé sur l’endroit où il se trouvait l’été dernier, un de ses représentants a déclaré à Forbes : « Il est injoignable, il fait une pause pêche bien méritée ».