Dans toutes les organisations, et encore plus dans les entreprises, on a comme réflexe conditionné de penser que le danger vient de « l’autre ». Ce dernier étant représenté par le marché dans sa globalité : concurrents, clients, fournisseurs, évolution de consommation, lois… La parade mise en place dans ces cas-là par les entreprises est de se préparer à combattre cet ennemi économique extérieur, plus ou moins identifié, qui veut prendre des parts de marché, s’accaparer de nouveaux clients et se développer.

Ce danger est bien réel. Mais est-il seulement limité à l’aspect externe d’une structure quelle que soit sa forme ? En quoi cela déstabilise-t-il les entreprises et organisations ?  Et comment mieux gérer le danger en interne ?

La notion de danger

On parle souvent de risque au quotidien et de danger. Pourtant le risque ne peut exister que parce qu’il y a un danger à l’origine, le danger étant une propriété ou une capacité pouvant entraîner des dommages. Par exemple la chaleur est un danger, le risque qui peut en découler est la déshydratation. L’explication de cette notion de danger et de risque amène un autre facteur, celui de l’exposition. On dit ainsi que le Risque = Danger x Exposition.

Si ces trois éléments sont liés dans la vie de tous les jours, il en est de même dans la vie de l’entreprise et de toute structure. Certaines d’entre elles sont en plus très exposées de par leurs activités ou la notoriété de leurs dirigeants. Mais une entreprise pas du tout connue peut d’un coup le devenir si elle a n’a pas su identifier le danger et prévenir les risques.

Toutes les organisations sont touchées

Représentation de l’État, associations, fédérations, entreprises… aucune n’échappe à cette vérité et les exemples sont nombreux.

Si l’épopée des Bleus 2018 champions du monde est belle, l’épisode « Knysna » et la grève des joueurs de football, refusant de descendre du bus de l’équipe de France, restera gravée à jamais dans les esprits et dans l’histoire du foot. Il en est de même pour le navire Costa Concordia s’échouant près d’une plage et faisant 32 morts, pour la direction de Facebook qui accepte de travailler avec Cambridge Analytica (scandale de recueil de données d’au moins trente millions d’internautes et entraînant l’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès des États-Unis et le Pement européen), ou de la dernière campagne électorale présidentielle et de la débâcle du parti LR (Les Républicains). À chaque fois, le point commun de tous ces exemples est leur origine : interne !

Petites, moyennes ou grandes, plus ou moins exposées, toutes les structures connaissent à un moment donné, des bouleversements provenant de l’intérieur. Les entreprises, même toutes petites, n’échappent pas à la règle.  Sous couvert d’ambition, de jalousie, de frustration, de vengeance et de promotion interne, les salariés se livrent à la rétention d’information, diffusent de fausses informations, manipulent, « sabotent » volontairement la structure en interne, introduisent involontairement un virus informatique, voire quittent l’entreprise pour aller à la concurrence… Autant d’éléments qui proviennent de l’intérieur de l’entreprise et la déstabilisent.

Quelles conséquences pour les entreprises et organisations ?

Le premier constat est la déstabilisation de la structure. Le second, la durée pendant laquelle l’organisation ou l’entreprise va être déstabilisée. Cette durée peut varier selon la taille et les moyens (humains, financiers…) dont elle dispose.

  1. Ces actions déstabilisent pour plusieurs raisons : tout d’abord c’est le syndrome de « cela n’arrive qu’aux autres ! ». Ensuite, les entreprises n’ont pas identifié les dangers potentiels, ou les ont sous-estimés. Dans tous les cas, elles ne sont en général pas suffisamment préparées et formées en matière de sécurité, sûreté, gestion des risques…
  2. Nombreux sont les services concernés dans les entreprises/structures : direction générale, RH, juridique, finance, qualité, communication, commercial, achats, export, logistique…. Tout dépend en fait de l’activité de l’organisation et de sa couverture géographique, mais les conséquences perturbent les équipes en place, de la direction à l’employé ou jusqu’au sous-traitant. Le management tremble et la culture de l’entreprise est ébranlée.
  3. Les impacts sont immédiats sur l’organisation. Image dégradée, notoriété altérée (amplifiée par la caisse de résonance des médias et des réseaux sociaux), assortie bien souvent d’une très mauvaise gestion et communication de crise ; s’y ajoutent des pertes financières conséquentes (chute vertigineuse du cours de l’action dans le cas de Facebook par exemple), des licenciements, des départs volontaires, les actions des syndicats en interne, jusqu’à la prison dans le cas du commandant du Costa Concordia, condamné à seize ans de prison…

Comment se prémunir contre le danger interne ?

Il n’y a pas de solution toute prête. Le risque zéro n’existant pas, les meilleures des choses à faire sont de développer l’intelligence économique au sein de l’entreprise et d’initier une culture de l’anticipation et du risque dans sa globalité. L’évaluation des risques est, par exemple, un excellent outil de gestion. Quel que soit le moyen mis en place, cela ne peut être initié que par la direction générale. Identifier les dangers pouvant déstabiliser l’entreprise et son organisation ne suffit pas. Il est nécessaire de piloter et mesurer les actions mises en place. La sensibilisation et la formation des salariés, managers, directions ou de personnels plus exposés est primordiale. L’analyse des expériences vécues par d’autres entreprises peut également donner matière à réflexion et mises en place. Le fameux “retour d’expérience” suite à un événement interne et déstabilisant reste aussi une valeur sure. 

Au final, si la logique prime dans l’anticipation du risque et le fait de développer une entreprise ou structure, le premier des dangers est inhérent à la posture même de l’organisation, qui se manifeste trop souvent par le mode « tête dans le guidon » c’est-à-dire, on gère l’urgence.

 

Sources :

Ce qu’il faut savoir sur Cambridge Analytica, la société au coeur du scandale Facebook.” (Le Monde 22.03.2018)

Piratage de données : Facebook sur la sellette”  (Science et Avenir 20.03.2018)

L’ex commandant de bord du “Costa Concordia” condamné à 16 ans de prison.” (France info 11.02.2015)

La fronde des bleus.” (Le Figaro 20.06.2010)

L’affaire Fillon peut-elle causer le report de l’élection présidentielle ?” (LCI 01.03.2017)