La France est encore un des pays les plus stricts en ce qui concerne les réglementations anti-cannabis. Les choses évoluent lentement mais ouvrent d’énormes opportunités dans la septième économie mondiale (la croissance du PIB français a récemment été dépassée par l’Inde et est passée de la sixième à la troisième place).

 

C’est une bonne nouvelle pour les start-up du cannabis puisque la France est le premier pays européen pour sa consommation. Entre 2015 et 2017, selon Statista, un peu plus de 11% de la population française a déclaré avoir consommé du cannabis au cours de l’année précédente, le taux le plus élevé de tous les pays européens.

Jusqu’à il y a peu, la France appliquait l’une des peines les plus sévères pour la consommation de cannabis en Europe, avec une amende de 3 750 euros et une peine d’emprisonnement d’un an. L’Allemagne et l’Italie ont décidé de dépénaliser l’usage, et Emmanuel Macron a fait campagne en faveur d’une dépénalisation partielle afin de libérer du temps à la police pour s’occuper des crimes plus graves. C’est une mesure qui l’a rapproché de ses voisins. En Belgique, au Luxembourg et en Suisse, les gens sont autorisés à consommer du cannabis à des fins récréatives sans crainte de représailles, ce qui a réduit la crainte de voir les gens traverser ses frontières pour se procurer de la drogue, tout en essayant de contrôler le marché noir. La France a introduit une nouvelle réglementation en 2018, en vertu de laquelle les personnes qui sont trouvées avec du cannabis pour leur usage personnel (c’est-à-dire pas en grande quantité) se voient infliger des amendes beaucoup moins élevées, à hauteur de 150-200 euros.

Comme d’autres pays européens, la France a autorisé l’usage de la médecine à base de cannabis en 2014. En septembre 2018, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a publié ses conclusions sur l’usage médical du cannabis, qu’elle soutient désormais publiquement comme réponse médicinale pour aider à réduire la douleur, contrôler l’épilepsie et aider en matière de soins palliatifs et de cancer. L’institut ne recommande toutefois pas de fumer du cannabis mais plutôt de prendre la drogue sous d’autres formes.

 

Il est intéressant de noter que les millenials ne semblent pas être à l’origine de ce changement en France. Comme dans d’autres pays européens, la proportion de jeunes de 16 à 24 ans qui consomment de l’alcool est en baisse, et en France, c’est également le cas pour la consommation de cannabis, même si cela semble dépendre du lieu où l’on vit. Une étude réalisée par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies) en septembre 2018 a montré que la consommation de cannabis diminue chez les jeunes de 17 ans (comme la consommation d’alcool et de cigarettes).

Comme cité dans The Local, « un tiers des jeunes de 17 ans fument dix cigarettes par jour, la plupart ont déjà bu de l’alcool et 10 % d’entre eux consomment du cannabis au moins dix fois par mois. » Il est également intéressant de noter que la carte de la consommation de cannabis divise le pays en deux moitiés où les adolescents sont beaucoup plus susceptibles d’avoir essayé et consommé du cannabis s’ils vivent dans le sud.

Si la position politique semble s’être assouplie, il en va de même pour la culture et l’économie. Au cours de l’année écoulée, de nombreux magasins ont ouvert leurs portes dans les grandes villes de France pour vendre un certain type de cannabis légal. En règle générale, le cannabis contient plus de 113 types différents de drogues, mais c’est le THC (tétrahydrocannabinol) qui provoque les effets psychoactifs, ou altérant l’esprit. De nombreux trafiquants vendent du cannabis dont le taux de THC se situe entre 10 et 15%. La loi française stipule maintenant que la drogue ne peut pas être vendue à plus de 0,2% THC, de sorte que ces nouveaux magasins vendent maintenant du cannabis qui est inférieur à la limite légale. Pour rester du bon côté de la loi, ils ne préconisent pas de la fumer, mais d’en faire du thé. Pour la première fois de leur vie, les Français peuvent acheter de la drogue à la caisse et obtenir un reçu.

La consommation de cannabis en France remonte à la campagne d’Egypte de Napoléon en 1798, lorsque, faute d’alcool, ses troupes se tournèrent vers le cannabis. Bien qu’interdite par Napoléon, les soldats ont ramené la drogue avec eux et la consommation de cannabis n’a cessé de croître en popularité. Aujourd’hui, en raison des récentes lacunes juridiques (de nombreuses villes ont choisi de ne pas poursuivre ces magasins et leur permettent de continuer à commercer dans la « zone grise légale »), il est probable que la France connaisse une augmentation de l’activité légale de drogue dans les années à venir.