A couteaux tirés depuis de nombreuses semaines, le groupe de médias français a répliqué à son homologue italien, dont il est le deuxième actionnaire, en portant, à son tour, plainte pour diffamation

Le feuilleton « Vivendi-Mediaset » a connu un énième rebondissement ce matin avec le dépôt d’une plainte pour diffamation de la part de Vivendi contre le groupe transalpin dirigé par Silvio Berlusconi, dont le groupe de médias français est désormais le deuxième actionnaire à hauteur de 30%, juste derrière Fininvest (à hauteur de 41,3% selon des données Thomson Reuters), holding de la famille de l’ex-président du Conseil italien. Principale pomme de discorde entre les deux entités : le contrôle de la chaîne payante de Mediaset, sobrement baptisé « Mediaset Premium ».  

Pour rappel, le radiodiffuseur italien avait donc conclu, le 8 avril dernier, une alliance avec Vivendi dont le premier actionnaire n’est autre que Vincent Bolloré, autour de ce fameux bouquet payant. Mais des divergences, notamment sur la valorisation de la chaîne, ont mis un sérieux coup de canif à ce « deal », au point de déplacer l’opération devant les tribunaux. Dans le détail, Vivendi devait racheter 100% de Mediaset Premium dans le cadre d’une transaction prévoyant aussi un échange de participations croisées avec Mediaset.

Aucun accord en vue

« L’acquisition envisagée de Mediaset Premium a malheureusement donné lieu à un contentieux, et les propositions de Vivendi visant à trouver une résolution amiable du différend n’ont pas été agréées par Mediaset et son actionnaire Fininvest », soulignait, plus diplomatiquement fin 2016, le communiqué de presse de Vivendi. Depuis, Mediaset réclame l’exécution du contrat et demande 50 millions d’euros par mois de retard à partir du 25 juillet 2016.

Suffisant pour déclencher le courroux de Silvio Berlusconi et de Fininvest qui voyaient dans cette manœuvre les prémices d’une prise de contrôle majoritaire de Vincent Bolloré et de Vivendi sur l’un des derniers joyaux de son « empire ». Le « modus operandi », à savoir grignoter l’actionnariat de sa « proie » avant de devenir majoritaire, est bien connu des « victimes » de l’entrepreneur breton.

« L’entrepreneur » Berlusconi toujours respecté  

Pourtant, la semaine dernière, la rumeur d’un arrangement entre les deux parties bruissait en coulisses avant d’être rapidement tuée dans l’œuf par le camp Mediaset. « Il n’y a rien de vrai dans ces informations », avait presque immédiatement rétorqué l’administrateur délégué du groupe italien, Pier Silvio Berlusconi, fils aîné du « Cavaliere ». En outre, Fininvest a réaffirmé ne pas être intéressée par une participation dans Telecom Italia dans le cadre d’un accord global avec Vivendi, qui détient 23,9% du capital de ce dernier.

En Bourse, ces nouvelles turpitudes judiciaires n’ont pas particulièrement ému les marchés qui attendent davantage que des dépôts de plainte pour s’enhardir ou, à l’inverse, décoller. Pour rappel, le 15 décembre dernier, date de l’entrée de Vivendi dans le capital de Mediaset, le titre du groupe italien s’envolait de 25% à la Bourse de Milan. La bataille entre « Il Scalatore Bolloré » – le raider Bolloré comme il est surnommé de l’autre côté des Alpes – et « Il Cavaliere Berlusconi » est loin d’avoir livré son épilogue, d’autant que « l’entrepreneur Berlusconi », à l’inverse de l’homme politique, bénéficie toujours de nombreux soutiens et relais au sein de « l’écosystème » transalpin.