Apple pourrait vendre son iPhone entre 25 000 € et 80 000 €.

En réalité, si Apple devait fabriquer l’iPhone uniquement sur le territoire américain, il ne serait peut-être pas possible de le faire. Si oui, le géant ne pourrait en produire que quelques millions d’unités par an.


 

Il ne s’agit pas d’un problème de coût de main d’œuvre, mais de main d’œuvre elle-même, et plus particulièrement, de diversité des compétences nécessaires à la fabrication de centaines de millions d’iPhone de haute qualité pour satisfaire la demande actuelle.

 

Comme le mentionne Tim Cook, le PDG d’Apple, dans une récente interview, les États-Unis manquent cruellement de la main d’œuvre spécifique nécessaire à la fabrication du smartphone. Parmi ces compétences rares, on trouve celle de l’opération d’outillage de haute précision et plus précisément, des ingénieurs outils méthode.

 

Voici la retranscriptions des passages de cet interview qui nous intéressent :

 

« Il existe une confusion autour de la Chine … On pense souvent que les entreprises se délocalisent en Chine à cause de la main d’œuvre bon marché. Je ne sais pas dans quelle région de Chine elles s’installent, mais la Chine n’est plus le pays de la main d’œuvre bon marché par excellence depuis plusieurs années. les entreprises s’y installent à cause des compétence des ouvriers, et de la quantité de main d’œuvre disponible en un seul endroit. Les produits que nous fabriquons nécessitent des outils de précision avancés et les matériaux que nous utilisons sont à la pointe de la technologie. Les compétences en matières d’outillage sont très complexes ici. 

 

S’il on devait organisé une réunion d’ingénieurs outils méthode aux États-Unis, je ne suis pas sûr qu’on puisse remplir la pièce. En Chine, il serait possible de remplir des terrains de football entiers. »

 

Ce domaine de compétence requiert du personnel hautement qualifié ainsi que des années de formation et d’expérience. Il s’agit de compétences qui combinent un savoir-faire artisanal et le secteur de l’ingénierie de précision. Et comme le mentionne Tim Cook lors de son intervention, ces trente dernières années,  la Chine a développé ces compétences à grande échelle. À l’inverse, les États-Unis et d’autres pays ont pris une autre direction :

 

« Cette expertise technique est très répandue en Chine. Je félicite d’ailleurs leur système éducatif de poursuivre leurs efforts dans ce sens alors que les autres pays ont mis l’enseignement technique de côté. Je pense qu’aujourd’hui, de nombreux pays se sont réveillés et suivent les pas de la Chine, qui a eu le mérite d’avoir vu juste depuis le début à ce sujet. » 

 

La pénurie d’ingénieurs outils méthode qualifiés est l’une des raisons pour lesquelles il serait difficile de produire l’iPhone aux États-Unis. Foxconn emploie plus d’un millions d’ouvriers bien que cette entreprise a recours à une automatisation en masse de ses lignes de production. Les lignes de production dédiées aux produits électroniques grand public ont été délocalisées en Chine 30 ou 40 ans auparavant. L’approvisionnement rapide en composants influence grandement le prix et la disponibilité du produit final sur le marché. La logistique et l’infrastructure sont également des éléments clés dans la production d’un smartphone qui sera exporté dans le monde entier (7 des 10 plus grands ports mondiaux sont situés en Chine).

 

Tim Cook est le principal expert dans le domaine de la fabrication de produits électroniques destinés au grand public. Avant de succéder à Steve Jobs en tant que PDG d’Apple, il a construit sa carrière dans le domaine de la production, dont 25 ans de travail en étroite collaboration avec des fabricants chinois. Il avait quelques doutes quant à la capacité d’Apple à s’agrandir et à produire des milliards d’exemplaire de l’appareil le plus sophistiqué de l’histoire moderne. Il connaît le sujet.

 

La théorie

 

En principe, si Apple été obligé de fabriquer son téléphone sur le sol américain, je pense que nous pourrions retrouver les compétences techniques nécessaires. Mais cela prendrait beaucoup de temps étant donné la nature des compétences demandées. Les professions techniques telles que l’outillage de précision demandent des années de formation sous la forme d’un apprentissage en situation réelle. L’ajustement des lignes de production et de la fabrication d’équipements se fait par tâtonnements et cela prend du temps. Il n’est pas possible d’échapper à la phase d’ajustement, même si l’on est intelligent ou si l’on travaille très dur. En effet, Tesla en fait actuellement les frais. L’entreprise rencontre des problèmes sur la chaîne de production de sa Tesla Model 3S car elle veut produire de gros volumes sans pour autant sacrifier la qualité de ses modèles.

 

Nous avons déjà beaucoup de mal à convaincre les jeunes de se lancer dans des carrières informatiques, nous devons maintenant essayer d’en orienter encore plus vers les professions techniques, ce qui ne sera pas facile étant donné la connotation péjorative qui entoure le terme « technique » (pensez à lycée technique). Pour bien faire, nous devrions réformer le système de l’éducation publique américaine en s’inspirant de celui de l’Allemagne où il est possible de s’orienter vers des formations techniques dès le lycée. Il s’agit d’un projet de grande ampleur. 

 

Même en commençant aujourd’hui, cela prendrait une génération entière pour former des milliers d’ouvriers. En attendant, en utilisant les ressources humaines existantes, nous pourrions produire quelques millions d’unités par an et augmenter cette productivité au fur et à masure,  en améliorant les techniques, en formant davantage de main d’œuvre, etc.

 

L’outillage de précision n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous n’avons pas encore parlé des autres aspects comme la construction de la ligne de production des composants, l’amélioration de nos infrastructures logistiques et la recherche de centaines de milliers d’ouvriers désireux de travailler à la chaîne (malgré les robots et l’automatisation des lignes).

 

Obliger Apple à ne fabriquer qu’aux États-Unis signifie que, dans le meilleur des cas, on pourrait atteindre une production d’iPhone de quelques millions d’unités par an avec un coût de production par unité bien plus élevé. Ce sont deux grosses différences. Alors que les coûts de production serait beaucoup plus élevés, les principes économiques de base nous enseignent que l’offre est le facteur le important de la hausse des prix.

 

Selon cette théorie, si seulement 1 % de la population peut s’offrir un iPhone (imaginons qu’il n’y ait pas d’alternative), les prix s’envoleraient. Dans ce cas, l’iPhone deviendrait un produit de luxe et pourrait être estimé entre 25 000 € et 80 000 €.

 

En résumé, la hausse des prix est presque entièrement due à une offre restreinte artificiellement face à une forte demande et non à l’augmentation des coût unitaires de production.

 

Le concept économique des avantages comparatifs nous enseigne que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de faire quelque chose que nous devons le faire.

 

La réalité

 

Bien sûr, en pratique, Apple ne serait plus rentable, cela ne sert donc à rien de calculer la valeur exacte de l’iPhone s’il était entièrement fabriqué sur le territoire américain.

 

Son modèle commercial dépend des centaines de millions d’utilisateurs (certains sont très riches) et de leurs téléphones. Ils versent leur argent aux développeurs d’applications. Sans cette grosse base d’utilisateurs, IOS dépérirait rapidement.

 

L’ampleur d’Apple lui fournit un certain avantage lors des négociations avec les fournisseurs de composants. En réduisant les coûts de production par 50 ou 100, Apple perdrait son avantage face à de nombreux fabricants chinois de téléphone dont personne n’a jamais entendu parlé. Samsung Electronics, quant à eux, se réjouiraient de voir Apple forcé à produire sur le territoire américain.

 

La taille d’Apple lui permet également d’amortir le développement de ses produits et de ses budgets de produits marketing  sur les centaines de millions d’unités qu’il produit chaque année. En réduisant l’offre de moitié, la portion amortie des prix fixés augmenterait énormément.

 

Ses concurrents étrangers, qui ne sont pas contraints par cette obligation de fabrication artificielle, remplirait le vide laissait par Apple et envahirait le marché. IOS perdrait alors toute sa valeur en quelques heures. Les développeurs d’application se tourneraient uniquement vers Android. Le plan d’Apple d’étendre IOS à de nouvelles catégories de produits tomberait à l’eau.

 

En effet, nous aurions tué l’entreprise américaine qui a le plus de valeur et peut-être même, la plus grande et celle qui a eu le plus de succès de toute l’histoire des États-Unis. Cette entreprise a créé, directement et indirectement, des centaines de milliers d’emplois bien rémunérés aux Etats-Unis. Elle a également aidé à réduire le déficit américain de milliards de dollars par an.

 

Après tout, même un prix de 100 000 € pour un iPhone serait trop bas. Dans plusieurs années, après la chute d’Apple, le seul endroit où il serait possible de trouver un iPhone, ce serait dans un musée.