Est-il encore temps d’investir en Chine? Contre toute attente, la Chine semble être le pays le plus résilient pour l’année 2020. Dans ce contexte pandémique, les fonds qui investissent en Asie réexaminent leurs stratégies pour continuer à créer de la valeur. Retour pour Forbes France sur le forum AVCJ Private Equity & Venture, considéré comme le plus grand et le plus influent rassemblement de professionnels du Private Equity en Asie.

«En 2020, plus de 95 % de la croissance mondiale est asiatique» – l’IMF


La 33ème édition du forum annuel AVCJ Private Equity & Venture s’est terminée virtuellement le 19 novembre. Plus de 1000 participants, 500 entreprises ou fonds et 150 experts parmi lesquels des dirigeants, des investisseurs et des professionnels du Private Equity du monde entier, se sont réunis pour discuter des nouveaux défis créés par la pandémie. Au centre des discussions se trouve évidemment la Chine, dont la résilience étonne particulièrement cette année, avec les dernières estimations à 5 ans de 5% de croissance annuelle selon l’agence Reuters. Les plus grands fonds du monde étaient présents : de Bain Capital à CVC en passant par Carlyle qui gère plus de $200 milliards d’actifs.

3 tendances asiatiques du Private Equity

Les présentations des investisseurs sont rythmées par des questionnaires : Tim Burroughs, Editeur en chef de Asian Venture Capital Journal demande :

  1. «Quel aspect des opérations de Private Equity a été le plus perturbé par le COVID-19 ? » Réponse : 43 % l’origination de nouveaux deals/30 % de planification de sortie d’investissement/20 % la relation aux investisseurs/7 % la gestion de portefeuille.
  2. « Quel secteur offrira les meilleures opportunités d’investissement au cours des 12 prochains mois ? » : 47 % la santé – évident en temps de COVID-19/24 % l’industrie manufacturière – la guerre commerciale avec la Chine a rebattu les cartes de la chaîne logistique en Asie/18 % industrie hôtelière et 12 % le retail – car les valorisations sont particulièrement basses.
  3. « Le nouveau président américain va-t-il enfin avoir un impact positif sur le Private Equity en Asie? » l’un des intervenants, Frank Tang, CEO du fond Fountainvest Partners. « Bien sûr qu’il va y avoir des tensions dans la région. Mais d’une façon générale, Joe Biden devrait respecter les autres pays et se comporter de façon plus mature ce qui sera bénéfique pour les investissements. »

« Comme en 2008 et 2009, c’est maintenant que les meilleures opérations sont à faire. Beaucoup d’entreprises connaissent des valorisations très faibles. » explique Weijian Shan CEO de PAG (qui gère plus de 40 milliards) et auteur du livre Out of the Gobi : My Story of China and America.

Tim Burroughs, éditeur en chef de l’Asian Venture Capital Journal. © AVCJ

Quelle est la situation actuelle du Private Equity en Chine?

Le sentiment général des investisseurs est que le marché chinois du Private Equity dispose encore d’une grande marge de croissance pour 3 raisons principales : la sous-allocation de l’épargne, le facteur démographique et un marché peu mature en termes de structuration du capital. Le capital alloué en Chine représente en effet une petite fraction des milliards investis chaque année en Private Equity à travers le monde— les transactions en Chine et en Inde continuent néanmoins de dominer les investissements dans la région, représentant près de 75 % de la valeur totale de la transaction selon Bain & Company, d’après Asia-Pacific Private Equity Report 2019. Les entrepreneurs chinois qui ont participé à la croissance de la Chine depuis les 20 dernières années n’ont pas encore cédé leurs entreprises. Cependant, au cours de la prochaine décennie, nombre de ces entrepreneurs devront élaborer des plans de succession pour leur entreprise. L’entrée d’un fond de Private Equity pourrait ainsi représenter une alternative valable pour garantir un avenir aux entreprises chinoises après le départ du fondateur.

Quid du monde Post-COVID? «Nous n’allons pas revenir à la normale, mais avancer.» Kewsong Lee CEO du Carlyle Group

«Nous n’allons pas revenir à la normale, mais avancer. » résume intelligemment le CEO du géant Carlyle Kewsong Lee. Le président du groupe prend l’exemple édifiant de McDonald en Chine où le groupe a investi il y a bientôt 3 ans. « Avant la crise, 8 % des revenus de McDonald China venaient de la livraison. En l’espace d’un an, ce chiffre est passé à 30 %! Nous avons aussi l’ambition de faire de McCafé le leader chinois du café. »

L’investissement dans le Private Equity serait aujourd’hui devenu une nécessité : “ Dans un contexte de taux d’intérêt historiquement bas et un marché international de titres à revenu fixe lui aussi baissier, les fonds de pension se tournent vers des investissements alternatifs pour atteindre les objectifs financiers garantis de 7 à 8 %.” Ainsi, de plus en plus de fond se tournent vers le Private Equity. 

Un McDonald en Chine —Le fond d’investissement Carlyle possède 28 % de McDonald’s Chine © AVCJ

Réussir ses investissements et sa levée de fond — les conseils donnés lors du Forum

Pour les investissements : «Les valorisations actuelles dans les nouvelles technologies sont très élevées. Pour éviter le coût d’une estimation haute, vous devez investir dans les secteurs en forte croissance. Les analyses du bilan et des flux de trésorerie (ou Cash Flow) sont cruciales dans cette période de pandémie afin de sélectionner les entreprises qui vont réussir à traverser cette crise.» explique le CEO de Carlyle Kewsong Lee.

Pour les levées de fond : les Limited Partners —commanditaires qui apportent le capital — recommandent aux General Partners —commandités qui investissent le capital :

  1. « La première réunion consiste à obtenir la deuxième réunion.»
  2. Commencer tôt : « Si c’est la première fois que les GPs nous contactent, il est déjà trop tard. Il faut essayer dans la mesure du possible demander des recommandations d’autres investisseurs. »
  3. Établir des relations de longue durée : « Nous suivons les GPs pendant plusieurs années avant d’investir dans leur fond.»

« Les GPs qui connaissent le plus de difficultés sont ceux qui montent leur premier fond, car ils ne peuvent établir le contact humain essentiel pour commencer une relation de confiance », explique enfin J. David Enriquez – Head of Private Equity chez New York City Retirement Systems (NYCRS).

ESG Forum — Composition du panel © AVCJ

Environmental, Social, and Governance (ESG) en Europe vs en Chine

« Les investisseurs européens sont en avance pour l’intégration de l’Environmental, Social, and Governance (ESG) » note un des intervenants du Forum du 16 Novembre 2020 intégralement consacré aux questions ESG. « En Europe, l’ESG n’est pas un risque qu’il s’agit d’atténuer ou une contrainte à laquelle il faut se soumettre. Les investisseurs européens voient l’ESG comme un outil de création de valeur pour améliorer les multiples de valorisation. La différence fondamentale entre l’Europe et les États-Unis ou l’Asie est la perception de l’ESG comme une opportunité et non une contrainte» souligne Patrick Cowley, responsable des services de restructuration, Hong Kong et Asie-Pacifique chez KPMG China.

Le Private Equity n’est finalement pas un jeu à somme nulle. « Les sociétés de capital-investissement sont généralement mieux gérées, plus respectueuses des critères d’ESG et connaissent en moyenne plus de croissance que les sociétés cotées en bourse ». Dans ce contexte de crise inédite, les fonds de Private Equity doivent décider où, quand et avec quelles nouvelles stratégies investir. La Chine présente certes des défis plus importants que par le passé, mais l’Empire du Milieu continuera de générer des rendements élevés pour les investisseurs.

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