Un décret américain interdisant à leurs entreprises d’utiliser du matériel de télécommunications de la marque Huawei a été signé ce mercredi par le président Trump.

Selon l’agence Reuters, « le décret exécutif invoque l’International Emergency Economic Powers Act, une loi fédérale américaine qui donne au président l’autorité nécessaire pour réguler le commerce en réponse à une éventuelle urgence nationale qui menacerait les Etats-Unis. Cela ordonne donc au Département du Commerce des Etats-Unis, en collaboration avec d’autres agences gouvernementales, de constituer un plan d’action dans les 150 jours.

Selon Wilbur Ross, secrétaire au Commerce des Etats-Unis, ce décret permettra de « protéger le marché des adversaires étrangers pouvant avoir accès à notre chaine logistique, à nos technologies de communications et d’information, désormais les Américains pourront avoir confiance en nos données et infrastructures. »

Ajit Pai, président de la Commission Fédérale des communications américaines (FCC), a qualifié cette décision « d’avancée importante vers la sécurisation des réseaux ». Le décret avait été élaboré durant plus d’un an et devait être signé à temps pour le Mobile World Congress en février à Barcelone. Ce n’est pas ce qu’il s’est passé, malgré les convictions des responsables américains sur le terrain en Espagne, Huawei a réussi à voler la vedette.

Les dernières nouvelles traitent majoritairement des pourparlers commerciaux tendus entre les Etats-Unis et la Chine, au cœur de cette tension se trouvent les « pratiques commerciales déloyales » dont les Etats-Unis estime qu’elles touchent aussi la concurrence sur les principaux marchés, y compris sur le plan des télécommunications.

Les grands opérateurs américains n’incluent pas les équipements Huawei dans leurs réseaux, alors que les opérateurs téléphoniques ruraux le font. Huawei exporte en grand nombre à petit prix, ce qui est une aubaine pour les petites entreprises. C’est principalement pour cette raison que les Etats-Unis demeurent en tension avec l’entreprise. Serait-ce parce que Huawei est actuellement soutenu par la Chine dans le cadre de sa stratégie d’exportation, ou s’agirait-il d’un stratagème de collecte de renseignements ?

Selon l’agence Reuters, la « Rural Wireless Association représentant les opérateurs avec moins de 100.000 abonnés estime que 25% de leurs membres possèdent des équipements Huawei ou ZTE sur leurs réseaux mobiles, cela a été annoncé dans un rapport de la FCC en décembre ».

Ce décret met le Royaume-Uni dans une position difficile, d’autant plus que Vodafone, le plus grand opérateur européen, a annoncé ce mardi que son réseau 5G sera en service à partir du mois de juillet et il inclura des équipements Huawei.

Ce mardi, le secrétaire des affaires étrangères du Royaume-Uni Jeremy Hunt a décidé de ne pas prendre parti dans les tensions entre les Etats-Unis et la Chine à propos de Huawei. Il essaye de concilier la sécurité nationale, l’entente entre les Five Eyes avec les réalités de l’économie chinoise. « Le gouvernement est en train d’évaluer dans quelle mesure après tout il utilisera les équipements Huawei » a-t-il dit, « nous ne prendrons aucune décision pouvant compromettre nos relations dans le cadre du renseignement avec les Five Eyes ».

Jeremy Hunt a également déclaré que le Royaume-Uni doit travailler en partenariat avec la Chine, étant donné qu’elle est devenue la plus grande puissance commerciale en l’espace d’une génération. « La croissance de la Chine est une chose que nous devons accueillir à bras ouverts » a-t-il dit, « nous devons éviter à tout prix une guerre froide inutile avec la Chine ».

Les Etats-Unis ont publiquement exprimé leur frustration à l’égard de la position britannique sur le sujet. Lors d’une visite à Londres la semaine, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a déclaré qu’« une mauvaise sécurité empêchera les Etats-Unis de divulguer certaines informations dans des réseaux fiables. C’est tout à fait ce que veut la Chine, diviser les alliances occidentales ».

La semaine dernière, l’ambassadeur américain auprès de l’Union Européenne, Gordon Sondland, a déclaré dans le Financial Times que tout pays « donnant les clés de son pays aux Chinois… le regretterait ». Un propos directement destiné au Royaume-Uni et à l’Allemagne. « La Chine veut dominer le marché de l’intelligence artificielle, de la technologie spatiale, des missiles balistiques et d’autres encore. Pourquoi donner encore autant de pouvoir à un marché qui a enfreint les règles du cyberspace » a-t-il ajouté.

Maintenant que les entreprises américaines sont interdites d’utiliser Huawei, la question est quel impact cela va-t-il créer sur leurs activités à l’étranger, en Europe et pour les entreprises Huawei aux Etats-Unis.

Ce qui est certain c’est que cette actualité va attirer l’attention des gouvernements et des opérateurs téléphoniques du monde entier.