L’établissement d’une nouvelle monnaie au Zimbabwe aura suffi à supprimer de moitié la valeur nette de Strive Masiyiwa. Seul milliardaire du pays, Strive Masiyiwa a principalement construit sa fortune dans les télécommunications. Il détient des parts importantes dans deux sociétés cotées en bourse au Zimbabwe. En juin, son pays a décidé d’interdire les devises étrangères pour autoriser uniquement le dollar zimbabwéen. Cette décision a donné de l’élan à l’inflation et a fait chuter la valeur du dollar récemment institué.

À leur tour, les parts du milliardaire zimbabwéen, dans les sociétés Econet Wireless Zimbabwe et la banque mobile Cassava Smartech ont chuté. Résultat : la fortune de Strive Masiyiwa est tombée à 1,1 milliard de dollars, contre 2,3 milliards il y a un an. En termes de pourcentages, il est l’un des plus gros perdants parmi les 20 milliardaires africains. « La confiance se perd sur le marché », déclare Hardy Pemhiwa, CEO d’Econet Global Limited.

Tels sont les défis de la gestion d’entreprise dans un pays à l’économie instable et à l’histoire chargée de conflits. « Compte tenu de ce qu’il s’est passé avec le dollar du Zimbabwe, qui a perdu 95% de sa valeur, le milliardaire Strive Masiyiwa s’en sort mieux que la plupart des autres gens », explique John Robertson, consultant économique indépendant chez Harare, au Zimbabwe.

Alors que le Zimbabwe fait face à des problèmes de grande ampleur, faire affaire en Afrique réserve parfois des surprises et souvent une instabilité. Prenons l’exemple de Abdulsamad Rabiu, sa fortune représente aujourd’hui 3,1 milliards de dollars, contre 1,6 milliard il y a un an. En janvier, M. Rabiu a réalisé une liste publique, qui semblait défier toute logique. Il possédait déjà une entreprise de ciment cotée en bourse, nommée Cement Company of Northern Nigeria (CCNN). Fin décembre 2019, la capitalisation boursière de celle-ci représentait environ 600 millions de dollars. Par la suite, elle a fusionné avec Obu Cement, une autre entreprise que M. Rabiu possédait et que Forbes avait évaluée à presque 600 millions de dollars il y a un an. Par la magie des marchés, l’entité issue du groupement, BUA Cement Plc, cotée en bourse au Nigeria la 8 janvier 2020, vaut près de 3 fois ce que valaient les deux sociétés avant la fusion.

Il convient également de noter qu’un porte-parole de M. Rabiu, a déclaré à Forbes que le magnat détenait 98% des parts de la nouvelle société, malgré le fait que la bourse nigériane exige que 20% des actions d’une société soient introduites au public. Okon Onutuei, chef de la stratégie et de la recherche à la Bourse du Nigeria, affirme que des entreprises comme BUA Cement peuvent obtenir une dérogation avec une promesse de vendre des actions au fil du temps. Un porte-parole de M. Rabiu confirme que la société a obtenu cette dérogation. Cependant, la bourse indique que BUA Cement est actuellement « en dessous des normes d’inscription ».

Le grand gagnant de l’année est Nassef Sawiris, avec une valeur de 8 milliards de dollars, contre 6,3 milliards de dollars l’an dernier. Pour la première fois, il atteint la deuxième place en termes de richesse. L’atout le plus précieux de M. Sawiris est sa participation de 5,7% chez Adidas, d’une valeur d’un peu plus de 4 milliards de dollars. L’augmentation du cours de l’action d’Adidas à elle seule, a ajouté près de 1,5 milliard de dollars à sa fortune depuis janvier 2019. M. Sawiris détient également une participation importante chez le producteur d’engrais OCI NV. L’année dernière, lui-même et l’investisseur américain Wes Edens ont acheté la seule participation qu’ils ne possédaient pas au Royaume-Uni. L’équipe Premier League Aston Villa Football Club.

Réunis, les milliardaires du continent représentent une valeur de 73,4 milliards de dollars, contre 68,7 milliards de dollars il y a un an, principalement en raison de la hausse du cours des actions. Parmi ces magnats, huit on vu leur fortune grimper ou chuter d’au moins 700 millions de dollars. Pour la neuvième année consécutive, Aliko Dangote, qui vient du Nigeria, est la personne la plus riche d’Afrique, avec une valeur estimée à 10,1 milliards de dollars, contre 10,3 milliards de dollars il y a un an. C’est exactement la même valeur qu’il possédait la première année de son apparition dans le classement des hommes les plus riches d’Afrique en 2011, mais cette valeur est deux fois moins élevée que celle qu’il a connu en 2014.

Une fortune qui n’a pas beaucoup bougé mais qui pourrait en revanche chuter cette année, est celle appartenant à l’une des deux femmes milliardaires d’Afrique : Isabel dos Santos, la fille aînée de l’ex-président angolais, Jose Eduardo dos Santos. Fin décembre, le tribunal angolais a rendu une ordonnance de gel des avoirs que détiennent Isabel dos Santos et son mari, Sindika Dokolo, en Angola. Il s’agit notamment de sa participation dans la société de télécommunications Unitel et des participations dans deux banques angolaises. Forbes estime que ses actifs valent des centaines de millions de dollars. Un communiqué publié par Isabel dos Santos affirme que le jugement contenait « un certain nombre d’erreurs » et qu’elle lutterait contre la décision « en utilisant tous les instruments du droit angolais et international » à sa disposition. Pour l’instant, Forbes estime que sa fortune a diminué de 100 millions de dollars et s’élève maintenant à 2,2 milliards de dollars. Mais selon l’issue d’une affaire judiciaire en cours, elle pourrait tomber beaucoup plus bas.

Parmi les 54 pays d’Afrique, seulement 8 comptent des milliardaires : l’Égypte et l’Afrique du Sud sont à égalité avec cinq milliardaires chacun, suivis du Nigeria avec quatre et du Maroc avec deux. Forbes a trouvé un milliardaire dans chacun de ces pays : Algérie, Angola, Tanzanie et Zimbabwe. La situation est similaire à l’an dernier, mais c’est une meilleure représentation qu’il y a neuf ans, lorsque seulement quatre pays africains comptaient des fortunes à 10 chiffres.

Méthodologie

Notre classement suit la richesse des milliardaires africains qui résident en Afrique et y ont leurs activités principales, excluant ainsi le milliardaire d’origine Mo Ibrahim et citoyen britannique, et le milliardaire résidant à Londres, Mohamed Al-Fayed, citoyen égyptien. (Strive Masiyiwa, citoyen du Zimbabwe, résidant à Londres, figure sur la liste en raison de ses actions dans la télécommunication. Isabel dos Santos, citoyenne angolaise, a vécu en Europe au cours de la dernière année mais conserve des actifs en Angola, bien qu’en décembre 2019, ses actifs aient été gelés par un tribunal angolais.) Nous avons calculé la valeur nette en utilisant le cours des actions et les taux de change à la fermeture des bureaux le vendredi 10 janvier 2020. Afin d’évaluer les entreprises privées, nous estimons des revenus ou bénéfices avec les ratios prix/vente ou prix/bénéfices en vigueur pour des sociétés ouvertes similaires. Certains membres de la liste deviennent plus riches ou plus pauvres dans les semaines, voire le jour, suivant la date de mesure.

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