Le football n’a jamais été aussi riche. Le coût des droits de diffusion pour la Premier League dans la dernière manche s’est élevé à 12 milliards de dollars pendant trois saisons. Les clubs rémunèrent leurs joueurs à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars par semaine. Et les frais de transfert continuent d’augmenter.  

Les clubs de Premier League ont dépensé 1,7 milliard de dollars pour de nouveaux joueurs lors des transferts de l’été, tandis que les clubs de La Liga ont déboursé 1,3 milliard de dollars jusqu’à présent.

Mais alors que de nombreuses banques refusent encore de reconnaître la valeur « immatérielle » du plus gros atout d’un club de football – ses joueurs –, certaines équipes recherchent des alternatives afin de financer des accords très coûteux.

L’entreprise 23 Capital, « fournisseur de capital et de solutions au secteur du sport, de la musique et du divertissement », a apporté plus de 2 milliards $ en prêt direct, y compris à certains clubs de football parmi les meilleurs en Europe.

 « Nous ne sommes pas un fonds à proprement parler. Nous ne gérons pas de fonds de tiers alignés sur un mandat », indique Jason Traub, cofondateur de l’entreprise en 2014. « Nous sommes une entreprise spécialisée dans la finance. Il faut plutôt nous voir comme une banque, dans le sens où nous levons nos propres lignes de crédit et nos propres fonds, et cela nous permet d’apporter un financement direct aux secteurs variés de nos différents clients ».

Les prêts servant à financer les transferts de joueurs représentent une part croissante du chiffre d’affaires de 23 Capital.

La semaine dernière, l’entreprise a ouvert des bureaux dédiés aux sports à Barcelone, en Espagne, venant s’ajouter aux bureaux existant à Londres, à New York et à Los Angeles.

Cette nouvelle survient après que 23 Capital a apparemment été impliquée dans deux des plus gros transferts de cet été.

Le journal espagnol El Confidencial a désigné 23 Capital comme l’entreprise étant à l’origine du financement de 120 millions d’euros ayant permis à Barcelone d’engager Antoine Griezmann, et de celui de 126 millions d’euros pour l’accord de l’Atlético Madrid avec le jeune attaquant João Félix.

Selon l’article, les banques espagnoles avaient refusé de prêter à Barcelone les fonds pour l’accord avec Griezmann, étant donné qu’elles lui avaient déjà prêté 600 millions d’euros pour la rénovation du stade Camp Nou.

Traub n’a pas souhaité discuter du rôle de 23 Capital dans ces accords, ajoutant simplement : « Nous avons des relations solides avec les plus grands et meilleurs clubs d’Europe, notamment en Espagne. Tous les clubs de ces ligues, peu importe leur taille, feront face à ce même défi d’une valeur conséquente bloquée ».

Le problème, selon Traub, est que les clubs de football ont des flux de revenus qui sont essentiellement fixés au début de la saison, tandis que la « valeur réelle » se trouve du côté des joueurs, ce que beaucoup de banques considèrent comme abstrait.

« Un club, sans avoir le luxe de porter ses revenus au-delà de ce qui a été déterminé au départ, possède énormément de liquidités bloquées dans cette classe d’actifs, dans cet actif figurant à son bilan. C’est la majorité de sa valeur », explique Jason Traub. « Un club est confronté au défi stratégique de constamment chercher à s’assurer que toute liquidité qu’il possède effectivement est investie, le plus prudemment possible, dans ces biens immatériels

« Mais au final, cela signifie qu’il n’a pas non plus beaucoup de liquidités à son immédiate disposition, que ce soit pour gérer les obstacles en cours de route ou pour tenir compte d’un plan stratégique en pleine croissance. Au fond, il est impossible pour les institutions financières de comprendre pourquoi les clubs sont confrontés à ce problème de liquidités ».

Le géant portugais Benfica a travaillé avec 23 Capital, vendant ses droits de diffusion dans le cadre d’une transaction au cours de laquelle 23 Capital accordait un prêt sur cinq ans de plus de 100 millions d’euros.

 « Cela leur a permis d’envisager de rembourser un certain nombre de leurs prêts bancaires. C’était vraisemblablement fait dans le but d’améliorer leur bilan », rapporte Traub.

Alors que les banques considèrent qu’il existe trop de risques dans le financement des clubs de football, y compris chez les plus grands clubs d’Europe, 23 Capital cherche à « couvrir tous les risques ».

 « Je dirais que dans le football, il y a des risques exceptionnels ; il y a des risques qui sont légèrement plus complexes », renchérit Traub. « Nous cherchons donc à refléter notre rendement en fonction du profil de risque que nous avons évalué ».

Même si les meilleurs clubs continuent de s’enrichir, Jason Traub prévoit un rôle de plus en plus important pour les entreprises semblables à la sienne.

 « Est-ce que je pense que les clubs continueront à vouloir explorer des financements solides ? Oui. Je pense donc que ces deux choses vont ensemble, et je suis sûr que nous continuerons à aider les clubs à accéder à des liquidités pour acheter des joueurs pendant de nombreuses années ».