Alors que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, est auditionné par le comité gouvernemental américain de l’énergie et du commerce, il est important de suivre l’évolution du cours de l’action de l’entreprise. La capitalisation boursière de Facebook est actuellement évaluée à 484 milliards de dollars (391, 4 milliards d’euros), et l’entreprise n’a généré que 40 milliards de dollars (32,3 milliards d’euros) de recettes l’an dernier. Mark Zuckerberg doit conserver un niveau de croissance exceptionnel s’il veut justifier cette capitalisation boursière. Aujourd’hui, l’activité de Facebook qui présente la plus grande valeur ajoutée pour ses actionnaires, c’est l’analyse des plus récents rapports de résultats de l’entreprise.

Du point de vue de l’investissement, l’action Facebook fait face à un gros problème, le quatrième trimestre de l’entreprise. Non, ce n’était pas un « loupé », c’était un trimestre extraordinaire. En réalité, en examinant les derniers résultats de Facebook, nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait de l’unes des plus belles performances financières que nous avons pu observé ces vingt dernières années. L’information la plus importante a été mentionnée par le directeur financier de l’entreprise, David Wehner, durant l’annonce des résultats du quatrième trimestre 2017, le 31 janvier dernier : « Au dernier trimestre 2017, le prix moyen d’une annonce publicitaire a augmenté de 43 % ».

C’est inimaginable ! Admettons que vous dirigez une entreprise qui fabrique des gadgets, et que le prix que vous facturez ait augmenté de 43 % par rapport au prix de l’année passée. Ce niveau de pouvoir quant à la définition du prix est époustouflant, et c’est ce qui permet à Facebook de s’assurer des marges plus que confortables. La marge brute de Facebook au dernier trimestre 2017 était de 88 % (tout comme sur la même période de l’année précédente). Les bénéfices ont cependant augmenté, étant donné que la marge opérationnelle de l’entreprise était de 57 % au dernier trimestre 2017, contre 52 % au dernier trimestre 2016. Cette marge est donc exceptionnelle.


Mais l’action est évaluée par rapport à un taux de croissance, et à un moment ou à un autre, ce taux va diminuer. Les marchés semblent prévoir un ralentissement du taux de croissance de Facebook. Son action a perdu 8,2 % en un an et une augmentation de 1,9 % pour l’indice Nasdaq Composite. Ces dix points de contre-performance pourraient venir de la crainte d’un ralentissement du taux de croissance qui se profile. Le directeur financier de Facebook a indiqué lors de l’annonce des résultats, que Facebook avait perdu en moyenne 700 000 utilisateurs journaliers aux États-Unis au dernier trimestre 2017, par rapport au trimestre précédent. Et c’était bien avant le scandale Cambridge Analytica et la campagne #deletefacebook (effacefacebook) qui sévit actuellement.

La croissance de Facebook va ralentir. Les annonces publicitaires représentent 98,5 % des revenus du quatrième trimestre 2017, et les annonceurs ne pourront pas continuer à dépenser 43 % plus que l’an dernier pour diffuser leurs publicités. Marc Zuckerberg affirme que « Facebook sera toujours gratuit », mais la plateforme a généré une recette moyenne de 26,26 $ (21,23 €) par utilisateur américain au dernier trimestre 2017. C’est assez impressionnant pour une plateforme non transactionnelle et cela montre bien le problème principal auquel l’action est confrontée. Cela peut-être très inquiétant d’investir dans une action en forte croissance, et le dernier trimestre de Facebook était vraiment très bon.

Afin de comprendre ce raisonnement, il est nécessaire de connaître le fonctionnement du marché et de savoir que plus les fondements du secteur évoluent, plus les actions individuelles risquent de rester à la traîne. Regardez les cours des actions d’entreprises telles que Cisco, BlackBerry, Juniper Networks ou encore Nokia sur les vingt dernières années. Il s’agit de sociétés qui sont encore toutes assez viables, mais la transition vers le cloud computing et les smartphones a supplanté leurs actions. C’est le risque qui menace toutes les entreprises à haut potentiel.

Alors, le fait de voir Mark Zuckerberg en costume devant le congrès américain est-il le signe que le ralentissement de la croissance de Facebook a débuté ? C’est ce que semble nous indiquer le marché boursier. 

L’action Facebook s’échange actuellement avec un bénéfice par action évalué à 7,27 $ (5,88 €) avec un consensus d’analystes de 22,2x. Fin 2017, ce multiple était de 28,9x (181 $/6,26 $). Cette « re-notation » est un processus qui prend habituellement des trimestres, voire des années, et non quelques semaines, et elle menace davantage la fortune de Mark Zuckerberg que le scandale Cambridge Analytica ou les fake news.