Selon des documents en provenance de Renault, le constructeur automobile français  pourrait quitter la F1 à la fin de l’année prochaine. Et ce malgré de multiples articles de presse déclarant qu’il s’agit de la seule écurie à s’être engagée à concourir au-delà de 2020.

La F1 se trouve actuellement à un tournant alors que son propriétaire, Liberty Media, et son régulateur, la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA), négocient de nouvelles conditions avec les dix équipes. C’est une course contre la montre, car les contrats engageant les écuries à rester dans la Formule 1 expirent à la fin de l’année prochaine.

Connus sous le nom des Accords de Concorde, ces contrats définissent également le système de calcul des prix en argent décernés à chaque écurie. L’année dernière, ces prix représentaient un total de 913 millions $, et environ 48 % de ce montant revenaient au trois premières écuries – Mercedes, Ferrari, et Red Bull Racing. Liberty Media souhaite redistribuer cette somme à partir de 2021 afin de s’assurer que les écuries débutantes auront assez de fonds pour maintenir leurs véhicules sur leurs quatre roues, et en même temps l’entreprise envisage un plafonnement du budget afin de mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Liberty Media collabore également avec la FIA sur des changements importants apportés au sport, ainsi que sur des régulations techniques gouvernant tout ce qui va du format des courses de F1 au type de moteur utilisé dans les voitures. Les changements en question devant entrer en vigueur en 2021 incluent une nouvelle aérodynamique radicale et la réintroduction du remplissage de réservoir en milieu de course, ce qui n’avait pas été autorisé depuis 2009.

Les nouvelles réglementations devaient être finalisées pour la fin juin, mais environ deux semaines avant cette date, la FIA a annoncé qu’elle avait repoussé cette date limite de quatre mois, afin de se donner « du temps supplémentaire pour les peaufiner et obtenir des avis complémentaires ».

La transparence de ces nouvelles réglementations et des nouveaux Accords de Concorde est essentielle pour que les écuries décident si elles souhaitent rester au sein de la F1, puisque ces réglementations affectent directement leur niveau de dépenses, tandis que les Accords déterminent le montant des recettes qu’elles recevront en compensation.

Cette transparence est particulièrement cruciale pour Renault, car le constructeur ne participe pas seulement pour sa propre écurie mais est aussi l’un des quatre constructeurs automobiles à fournir des moteurs à d’autres écuries de F1. Les équipes utilisent actuellement les moteurs 1,6 litre V6 turbo mais, si les nouvelles réglementations venaient à rendre les moteurs plus onéreux à produire, les coûts de Renault augmenteraient. Les coûts pour son écurie et son moteur s’étaient élevés à près de 342,7 millions de dollars en 2017, de sorte que ses dépenses sont déjà conséquentes.

L’illustre réputation de Renault dans la F1 remonte à plusieurs décennies, mais avait dérapé en 2009 quand son écurie avait été rétrospectivement chargée de corriger le résultat du Grand Prix de Singapour de l’année précédente. Cela avait conduit Renault à vendre son équipe à la société de placements Genii, qui l’avait alors renommée Lotus. Fin 2015, l’écurie s’était trouvée en difficulté financière et Renault l’avait alors rachetée pour une livre symbolique, comme l’avait révélé le journal britannique The Daily Telegraph.

Ce bas prix n’était pas la seule motivation derrière ce rachat. En 2018, The Independent avait révélé que l’ancien directeur général de la F1, Bernie Ecclestone, avait offert à Renault de gros avantages pour l’inciter à revenir. À cette époque, F1 était détenue par la société d’investissement privé CVC qui avait acquis l’entreprise en 2006 dans un rachat par endettement. Dès 2015, CVC était en négociations avec Liberty au sujet de l’acquisition de F1 et avait engagé la banque d’investissement Goldman Sachs afin de la conseiller sur cette vente. Sécuriser l’implication d’un important constructeur automobile tel que Renault avait offert un énorme avantage à F1 et avait empêché la perte de l’une de ses écuries.

Pour parvenir à la signature de l’accord, Ecclestone avait inséré une clause dans l’Accord de Concorde de Renault lui promettant un bonus d’environ 22 millions de dollars dans le cas où son écurie gagnerait plusieurs championnats de F1 consécutifs et au moins 22 courses dans le processus. Renault a donc un long chemin à faire pour y parvenir.

 

F1

 

Au cours de sa première année d’appartenance à Renault, l’écurie s’est classée neuvième et a gagné trois places en 2017. La progression a continué l’année dernière quand elle a fini quatrième, bien que sa performance se soit inversée jusque-là cette saison. L’équipe commencera ce weekend le Grand Prix d’Italie en sixième position après que ses pilotes Daniel Ricciardo et Nico Hülkenberg ont terminé respectivement quatorzième et huitième lors de la course du week-end dernier en Belgique.

Il semble très peu probable que Renault remporte un championnat, a fortiori deux consécutifs, avant que le contrat de l’écurie n’expire fin 2020. Toutefois, selon certains témoignages, elle pourrait bien avoir en fait plus de temps pour y parvenir. En 2016, le magazine Autosport avait affirmé que « lorsque Renault avait acquis Lotus, l’entreprise s’était vu offrir un contrat jusqu’en 2024, mais cette prolongation était davantage liée à la nécessité pour CVC de reporter le contrat en raison des problèmes de trésorerie créés par les milliards de dollars de dettes contractées par CVC pendant le processus d’achat initial et les paiements de dividendes ultérieurs ».

Cependant, Autosport n’était pas parvenu à étayer son allégation selon laquelle Renault s’était vu proposer un Accord de Concorde jusqu’en 2024. Toutefois, un article ultérieur d’un auteur différent pour le même journal avait affirmé que « Renault [était] la seule écurie jusqu’à présent à s’être engagée auprès de la F1 au-delà de 2020 ». Plus récemment, la semaine dernière, le rédacteur en chef F1 de la BBC avait fait écho à cette affirmation quand il avait écrit que « Renault mise à part, les contrats d’écuries n’ont pas cours au-delà de la fin de la saison prochaine ».

Ces articles de la BBC et Autosport soulèvent un certain nombre de questions importantes. Pour faire bref, ils affirment que Renault a signé un contrat lui donnant un droit aux prix en argent déterminé par un système non communiqué et l’engageant à concourir selon des réglementations non communiquées elles non plus. Il semble improbable que le conseil d’administration de Renault ait donné son feu vert, puisque cela pourrait l’exposer à une responsabilité potentiellement illimitée.

Par ailleurs, le chef d’écurie Cyril Abiteboul a confié au site de sports Crash en août l’année dernière qu’ils « ne [savaient] pas à quoi ressemblera 2021… [Ils ne savent] pas ce que sera la Formule 1, qui en fera partie, qui n’en fera pas partie. Il se passe beaucoup de choses en ce moment… Y aura-t-il un plafonnement du budget, ou non ? Y aura-t-il une nouvelle réglementation vis-à-vis des moteurs, ou non ? »

Plus récemment, Abiteboul avait confié au magazine allemand Auto Motor und Sport que l’écurie de Renault devrait « autofinancer [son] implication [dans la F1]. Avec le plafonnement du budget et la distribution plus juste de l’argent, deux de nos revendications ont été entendues. Mais cela ne suffit pas, pour nous. Pour que la Formule 1 ne nous coûte rien, il faudra absolument arrêter le développement de nouveaux moteurs à partir de 2021 ».

Si Renault avait déjà signé un contrat l’engageant à la F1 au-delà de 2020, comme l’affirment la BBC et Autosport, le constructeur aurait déjà accepté les termes dudit contrat, et ne serait donc pas en position d’insister sur le gel des spécifications moteur à partir de 2021.

De même, Jérôme Stoll, le président de l’écurie Renault pour la F1, avait confié à Reuters en février que les contrats avec la F1 « arriveront à leur terme d’ici deux ans, et nous avons besoin de visibilité pour savoir ce que sera la prochaine étape par la suite ». Il avait ajouté que sa « principale préoccupation [était] d’avoir une décision. Nous insistons là-dessus. J’avais eu plusieurs discussions avec Chase Carey (le directeur général de la F1) à ce sujet. Il avait promis qu’une décision serait prise à la fin de l’année dernière ; cela n’a pas été le cas. Je vais donc faire en sorte d’être entendu : dès que nous nous reverrons à [l’ouverture de la saison à] Melbourne, ou peut-être à Barcelone [pour les tests] la semaine prochaine. Quel est votre plan ? Quand pourrez-vous prendre une décision ? C’est crucial, pour nous ».

Néanmoins, aucune de ces déclarations ne confirme directement que Renault n’a pas signé d’Accord de Concorde au-delà de 2020 ; probablement parce que sa direction pense que cela va sans dire. Renault n’a aucune obligation de révéler qu’il n’a pas signé de contrat pour demeurer au sein de la F1, mais Liberty en a le devoir. Elle est cotée au Nasdaq avec le symbole FWONK et doit informer les investisseurs des risques auxquels elle est confrontée. Ces derniers sont énumérés dans son rapport annuel, qui a été publié à la fin du mois de février cette année, et déclare que la « Formule 1 ne peut pas affirmer avec certitude que toutes les écuries s’engageront à participer au Championnat du Monde au-delà de 2020 ». Cela veut tout dire, et c’est tout à fait logique, puisque ni la F1 ni Renault n’ont annoncé que le constructeur automobile avait signé un contrat pour rester en F1 au-delà de 2020.

On ne dispose d’aucune certitude que Renault, ou toute autre écurie, quittera la F1 à la fin de l’année prochaine mais, dans le même temps, il n’y a aucune garantie non plus qu’elle y restera. Contrairement aux dires de la presse, cette décision semble loin d’être arrêtée.