Nous avons remarqué que parmi les plus de 1 500 personnes citées dans le classement Forbes 400 depuis  1982, aucune n’est autant obsédée par sa position dans la liste que l’actuel président des États-Unis, Donald Trump.

Le journaliste Jonathan Greenberg  qui travaillait pour Forbes au début des années 1980 a confirmé ce constat, renforcé par la découverte d’enregistrements audios d’interviews de Donald Trump, datant des débuts du classement des milliardaires dans le magazine.


Exagérations, mensonges et volte-faces font partie intégrante de son comportement et Jonathan Greenberg a cependant ajouté un nouveau fait, Donald Trump l’aurait même appelé, en se faisant passer pour John Barron, son propre attaché de presse.

Cela illustre parfaitement la longue et tumultueuse relation que l’actuel président entretien avec Forbes depuis maintenant quelques décennies. Nous avons passé plusieurs heures avec Donald Trump durant sa campagne présidentielle, pour parler de sa fortune et des liens qu’il entretient avec notre titre. Voici donc cinq informations à retenir concernant Donald Trump et sa relation avec Forbes.

 

La règle de Trump

Ces dernières années, le monde entier a pu apprécier la relation, pour le moins libre, que Donald Trump entretien avec la véracité des faits. Sachez que Forbes y est confronté depuis des dizaines d’années. Voici une phrase devenue une de ses classiques : « Je vais vous montrer des chiffres de trésorerie que je n’ai jamais montrés à personne ». Cette phrase nous a été dite pour la première fois dans les années 1980 alors que Donald Trump tenait des documents en main tout en pliant les pages pour cacher la dernière colonne. Des rapports financiers élaborés étaient ensuite envoyés à la rédaction de Forbes, souvent imprimés sur du papier avec ses initiales dorées en relief. « Nous avons rapidement appris à décrypter les chiffres qu’il nous envoyait, en les divisant tout de suite par trois puis en affinant à partir de là », explique Harold Seneker, qui a dirigé l’élaboration du classement Forbes 400, les quinze premières années. Durant des années, malgré le fait que nous consultions toujours plus de cent personnes pour estimer sa fortune, cette « division par trois », était surnommée la « règle de Trump ».

 

C’est une question d’affaires…

Les affaires de Donald Trump ainsi que sa marque, ont toujours eu le vent en poupe : le plus grand, le meilleur, le plus riche. D’où l’importance de la réputation de l’entreprise dans le classement de Forbes. « C’est bon pour les finances », affirme le principal intéressé. Faisant écho à ce que nous avons pu entendre au fil des ans : montrer ce classement à son banquier quand on est dedans, ça ne peut pas faire de mal. Lorsque j’étais jeune journaliste, gagnant 27 000 $ (22 300 €) par an et que je travaillais sur ce classement, le plus grand développeur de centres commerciaux du Texas m’avait proposé un emploi d’attaché de presse avec une rémunération annuelle à six chiffres et « beaucoup de golf » si j’acceptais de trafiquer ses chiffres pour qu’il s’approche davantage du milliard.

 

… mais surtout d’égo

Dans le monde, il y a deux catégories de milliardaires : ceux qui voudraient figurer plus haut sur la liste et ceux qui ne souhaitent pas être mentionnés. Seuls quelques-uns sont satisfaits de la place qui leur est attribuée.  Dans le premier camp, un certain magnat de l’immobilier, qui a besoin de compliments, comme nous avons besoin d’oxygène pour vivre. « Pour rappel, il considère que le classement, c’est comme une bible », mentionne une note du dossier Donald Trump de Forbes, rapporté dans les années 1990, après un déjeuner entre Donald Trump et des journalistes travaillant sur le classement. Il aurait insisté pour apparaître en plus haute position dans la liste et était d’ailleurs convaincu que les autres milliardaires faisaient aussi ce genre de lobbying.

Nous avons d’ailleurs eu un échange musclé lorsque que je lui ait fait remarqué qu’il n’était pas pertinent de faire la différence entre une fortune estimée à quatre milliards ou à dix milliards. C’est comme pour une étoile qui se trouve à une distance de quatre milliards d’années lumières ou à dix. Il avait alors rétorqué en s’enervant : « Cela ne m’avantage pas et honnêtement, j’irai mieux si j’étais estimé à dix milliards plutôt qu’à quatre milliards. Et à vous aussi, ça fera du tort. Tout ce que je peux dire, c’est que Forbes est un magazine dépassé, vous ne savez même pas de quoi vous parlez. C’est tout ce que dirai sur vous parce que ça me fait mauvaise presse ».

Alors Donald Trump pensait-il que Forbes utilisait une méthodologie différente pour évaluer sa fortune et celle des autres ? « Oui, je pense que oui ».

Vraiment ? Pourquoi ? « Parce que je suis célèbre et eux ne le sont pas. Parce que lorsque Richard LeFrak a voulu diner au Joe’s Stone Crab, il m’a appelé pour me demander de lui faire une réservation ».

 

Pour lui, ce n’est qu’un jeu

En 2017, lors d’une déposition, Donald Trump avait déclaré que son estimation de sa fortune personnelle variait en fonction des jours : « Même mon humeur affecte ma fortune », avait-il ajouté. Et si vous êtes de mauvaise humeur ? « Alors vous n’allez pas dire à un journaliste que vous êtes pauvre ».

Lorsque son empire a été menacé dans les années 1990, Forbes avait sorti la fameuse couverture qui documentait son implosion et soutenait que sa fortune pourrait être dans le rouge. Ce qu’il a catégoriquement nié, avec des faits et des chiffres élaborés à l’appui. Il a pourtant été exclu de la liste des 400 durant cinq années. Donald Trump n’a d’ailleurs pas apprécié que sa “réputation” soit ainsi remise en question. Il a donc publié un article dans le Los Angeles Times : « Forbes a opéré une vengeance personnel » dans lequel il assurait que le classement de Forbes était « volontairement faux », seulement motivé par l’envie de vendre plus d’exemplaires et d’entacher sa réputation. Il avait même affirmé à ABC : « Forbes m’en veut depuis des années, encore et toujours. Il font tout ce qui est en leur pouvoir pour ternir ma réputation ».

En 2015, Donald Trump a enfin reconnu avoir noirci les traits à l’époque. Puis, non sans ironie, il a critiqué Forbes : « votre estimation était trop importante, mais je ne me suis jamais plaint ». Et lorsque nous lui avons rappelé comment il avait fait savoir son mécontentement, il a répondu : « Ouais, peu importe ».

 

Mais oui, Donald Trump est vraiment milliardaire

Donald Trump a fait fructifier les parts de son père et les siennes de manière significative. Ce qui est assez ironique lorsque l’on sait qu’il se présente lui-même comme un self-made man, insistant sur le fait que son père ne lui a presque rien laissé.

Mais juste au moment où nous arrivons à mieux comprendre son fonctionnement et celui de ses affaires, affaiblies par sa dernière débâcle financière, il est devenu plus malin. La plupart de ces transactions font aujourd’hui l’objet de contrats de licence et la majorité de ses projets sont maintenant financés par d’autres. Donald Trump a répété sans cesse à Forbes qu’il valait dix milliards de dollars… Ce n’est pas le cas mais il n’est pas sur la paille pour autant. Faire des affaires avec l’argent des autres, c’est plus sûr. Nous avons passé des heures innombrables à disséquer son dossier et nous sommes assez satisfaits de notre estimation à 3,1 milliards de dollars, soit moins d’un tiers de ce qu’il prétend. La règle de Trump est donc toujours de rigueur.