50 ans, et alors ? D’Ibiza à Miami en passant par Tokyo et Paris, David Guetta continue d’électriser les dancefloors et de galvaniser les stades avec la même flamme. Depuis plus de vingt-cinq ans maintenant. Le plus célèbre des DJ français partage aujourd’hui son trône avec la jeune garde portée par sa figure de proue, Calvin Harris, tout en poursuivant ses prestigieuses collaborations avec Sia, Ellie Goulding, Nicki Minaj ou Justin Bieber. L’infatigable oiseau de nuit s’est hissé cet été à la huitième place du classement annuel de Forbes distinguant les Disc Jockeys les plus rentables du monde. Il est d’ailleurs le seul Français à s’afficher dans le top 10 avec 15 millions de dollars de gains cumulés. David Guetta nous raconte son rapport au succès, sa relation singulière avec la France et comment il appréhende l’avenir. Entretien exclusif.

Aujourd’hui, les DJs font partie intégrante de la culture musicale et du star-system. Ils côtoient dans le panthéon des célébrités les plus grands chanteurs de la pop, du rock ou du RnB…Pour autant, cette starification était loin d’être évidente vingt-cinq ans en arrière, pourquoi selon vous a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour que les Disc Jockeys sortent enfin de l’ombre ?

Lorsque j’ai commencé dans les années quatre-vingt-dix, la dance musique était principalement de la musique underground, un genre confidentiel. Les artistes n’étaient donc pas en mesure de vivre de leur activité car la scène commerciale de l’époque ne leur accordait pas vraiment d’espace médiatique. Je pense que la commercialisation de l’industrie de la dance est venue avec l’évolution de la scène en général.

Vous avez collaboré avec les plus grandes pointures de la scène internationale : Black Eyed Peas, Rihanna, Sia, Akon, Ellie Goulding… ; votre œuvre musicale a également été saluée par de nombreuses récompenses artistiques (Grammy awards, Victoires de la musique, grand prix Sacem…), cette reconnaissance vous affranchit-elle aujourd’hui de toute pression ?

Lorsque je travaille sur un nouvel album, je continue toujours à ressentir une certaine pression ! En tant qu’artiste, vous voulez toujours que votre nouvel album soit meilleur que le précédent.

Vous êtes un habitué du classement annuel Forbes des DJs les plus bankable. Cette année, vous vous êtes hissé à la 8ème place avec 15 millions de $ de gains issus de vos ventes et prestations scéniques ; dans un pays comme la France où l’argent est tabou, assumez-vous facilement votre réussite financière ?

Je dirai que mon plus grand succès est de pouvoir gagner de l’argent en faisant ce que j’aime le plus : composer de la musique. Je ne me soucie pas vraiment de l’argent ou des choses matérielles. J’accorde bien plus de place et de valeur au bonheur et à la santé : ce sont là l’essentiel. La musique est avant tout ma passion, de fait le plus gratifiant pour moi est de pouvoir rendre les autres heureux avec ma musique.

D’Ibiza à Miami, d’un stade à une boîte de nuit, vous électrisez les dancefloors à travers le monde, vous considérez-vous comme un citoyen du monde ?

Eh bien oui, peut-être. Je voyage énormément à travers le monde, et d’ailleurs, je possède différentes maisons aux quatre coins de la planète. Découvrir d’autres pays et m’enrichir de leurs cultures, est vraiment un sentiment génial.

Quelle relation entretenez-vous avec la France ?

C’est là que tout a commencé pour moi. Ainsi, je suis reconnaissant envers la France. C’est l’un des seuls endroits où je suis vraiment nerveux avant de monter sur scène, car je retrouverai dans le public plein d’amis et la famille aussi. Alors il sera toujours spécial pour moi d’y jouer…

Sorti le 14 septembre dernier, le nouvel opus de David Guetta – sobrement appelé “7” – s’apprête à réchauffer nos soirées d’hiver

Nuits blanches, jetlag, performances scéniques…sont votre quotidien, et pourtant vous encaissez très bien ce rythme effréné. Quel est votre secret ?

La clef de mon secret est d’aimer passionnément ce que je fais : la musique me stimule au quotidien. Au final, toute personne passionnée, ne pourra que s’enthousiasmer et s’épanouir dans ce qu’elle fait. Et tout donner. À côté de cela, j’essaie de faire très attention à mon hygiène de vie, je fais donc en sorte de me maintenir en forme tant mentalement que physiquement. Je m’entraîne, mange sainement et essaye de me reposer autant que possible.

Il y a quelques mois, vous avez fêté vos cinquante ans : aspirez-vous à une vie plus tranquille ?

Je ne prévois pas de ralentir pour le moment. La musique représente tout à mes yeux, je ne saurai imaginer le monde sans elle ! Pour l’heure, je suis encore capable de faire de la musique, de voyager et de me produire en spectacle, il n’y a donc aucune raison pour moi de « lever le pied ». Tant que je pourrai m’y consacrer, je le ferai !

Vous êtes père de deux adolescents, comment appréhendez-vous l’avenir en cette ère de bouleversements technologiques (intelligence artificielle, cryptomonnaies, voitures autonomes…) ? Etes-vous serein ou plutôt perplexe ?

Non, je ne suis pas vraiment inquiet. Le monde change constamment et se reconfigure à l’aune de technologies émergentes. Regardez dix ans en arrière, nos sociétés ont tellement évolué depuis. De fait, je suis surtout excité de voir ce qui va arriver…

Qu’est-ce qui vous révolte le plus ?

La négativité. Je suis toujours habité par la positive attitude. Alors je déteste quand les gens se montrent pessimistes, car cet état d’esprit parasite ma créativité, mes vibes.

David Guetta, dans 10 ans ?

Continuer à faire de la musique ! Quand je suis sur scène, peu importe si je joue devant 10 ou 100 000 personnes, je ressens la même magie. Ce moment où tout le monde est à l’unisson pour ne faire plus qu’un, demeure un sentiment exceptionnel. Je ne m’en lasse pas !

Interview initialement parue dans le dernier trimestriel de Forbes Magazine Sept-Nov 2018