Si l’euphorie après la victoire de l’équipe de France n’est toujours pas retombée ce lundi matin, elle n’a, en revanche, absolument pas gagné les marchés, le CAC 40 évoluant proche de son point d’équilibre depuis l’ouverture.  L’action TF1, en dépit des excellentes audiences enregistrées durant la compétition, affichait même une baisse de près de 1% en fin de matinée. Les limites de “l’effet Coupe du monde ?”

« A ma connaissance, aucune étude n’a réussi à mettre en valeur de manière claire et déterminante un effet économique quelconque de moyen ou long terme d’une victoire à la Coupe du monde ». Hugues de Montvalon, responsable de la recherche chez Oddo BHF Banque privée, cité par Reuters, est formel : rien n’a jamais permis de prouver qu’une victoire, fût-elle dans la plus prestigieuse des compétitions – et la plus suivie – au monde, permettait d’enclencher une dynamique positive sur le front économique. Avec quelques petites nuances toutefois « A court terme, on ne peut pas nier que l’événement le plus suivi de la planète a des répercussions sur le comportement des consommateurs/spectateurs », concède le spécialiste. Avant toutefois de souligner qu’en dépit de cela, « il était très compliqué d’en tirer un quelconque profit sur le plan boursier ». La preuve par l’exemple : un titre comme celui de Fnac-Darty aurait pu, de prime abord, profiter à plein de la séquence « Coupe du monde », et ce grâce à une éventuelle hausse de la demande pour les téléviseurs. Que nenni. Comme rappelé par Hugues de Montvalon, l’action a même décroché de près de 6% depuis le 14 juin, date du match d’ouverture du Mondial russe, entre la Russie et l’Arabie saoudite.

En revanche, si l’action TF1 fait grise mine ce matin, elle s’est pourtant appréciée de 6% depuis le début de la compétition, tandis que le producteur de bières AB Inbev a vu son titre décoller de 7% en un mois. Dans une note parue mardi dernier, et citée par Reuters, les analystes de Goldman Sachs indiquaient que les agences médias avaient revu légèrement à la hausse leurs estimations des recettes publicitaires pour TF1 face au parcours de l’équipe de France. « Une répétition de la performance de 1998 serait sans aucun doute accueillie dans l’euphorie et donnerait un élan significatif à la consommation française », indiquaient alors les économistes de la banque américaine au début de la compétition, sans pour autant s’aventurer à offrir des projections chiffrées. Le chef économiste d’Euler Hermès, Ludovic Subran, toujours cité par Reuters, fait montre de davantage de précision et table sur un gain de « 0,2 point de consommation et de 0,1 point de croissance du produit intérieur brut pour la France en 2018 ». L’effet devrait essentiellement se faire sentir selon lui sur le troisième trimestre et pourrait alimenter le flot de nouvelles positives sur les actifs français.

Les précédents 1998… et 2016

Quid de la précédente victoire des Bleus lors du mondial 1998… organisé en France ? L’effet positif sur l’économie fut, en effet, plus durable du fait, justement, des dépenses en infrastructures imputables à l’organisation de l’événement dans l’Hexagone.  « Il faut noter un rebond de la confiance des ménages au cours des mois d’été qui a permis à la consommation d’enregistrer une performance canon, avant que tout rentre progressivement dans l’ordre par la suite », rappelle Hervé Goulletquer, direction adjoint de la recherche chez La Banque Postale AM, cité par l’agence. Sur le plan boursier, les jours suivants la victoire des coéquipiers de Didier Deschamps (déjà) avaient été particulièrement fastes avant que ne s’ouvre une séquence baissière de quatre mois. « Pour le pays vainqueur, le coup de chapeau en termes de confiance et de consommation est probablement une réalité. Il dure ce que durent les coups de chapeau », résume Hervé Goulletquer. « C’est un peu pareil pour la Bourse », souligne-t-il.

Plus proche de nous, l’Euro 2016 (championnat d’Europe des Nations) également organisée par la France aurait officiellement engendré 1,22 milliards d’euros de retombées économiques. Un bilan plutôt flatteur qu’il convient néanmoins de manipuler avec précaution puisque cette somme ne prenait pas en compte les dépenses liées à la rénovation des infrastructures et autres exonérations fiscales.  Dans le détail, l’impact financier du tourisme a été évalué par le CDES (centre de droit et d’économie du sport de Limoges) à 625 millions d’euros, contre 596 pour le volet organisation. Toutefois, « l’impact » stricto sensu des retombées économiques durant ces grandes compétitions demeure réellement difficile à évaluer. « Quand un touriste dort à l’hôtel pendant l’Euro 2016, par exemple, cet établissement peut appartenir à un groupe, dont une partie des profits quitte la France. Et le problème, souvent, c’est que les études d’impact ne prennent pas suffisamment en compte ces fuites. Les bénéfices indirects sont donc surévalués », expliquait l’économiste Richard Duhautois, début 2017, dans un entretien à franceinfo.  La prudence est donc de mise, d’où la relative quiétude des marchés en ce lundi matin « post Coupe du monde ».