Alors que les écoles et les crèches sont fermées pour contrer le coronavirus, de nombreux parents se retrouvent sans solution pour faire garder leurs enfants. Lauren Hall, une maman américaine qui gère plusieurs groupes Facebook d’entraide, s’inquiète des répercussions de la pandémie sur le rôle des femmes à la maison.

Elle affirme : « Pour moi, il est clair que la plupart des femmes qui font du télétravail en ce moment à cause du Covid-19 assument plus de responsabilités familiales et ont plus de mal à échapper à leurs enfants et au travail domestique que leur époux ».


Même lorsque les deux parents travaillent à plein temps, les femmes sont souvent « le PDG de la maison ». Un sondage américain montre d’ailleurs que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de constater un bouleversement dans leur quotidien à cause du coronavirus.

Par ailleurs, les femmes sont en première ligne de la lutte contre le Covid-19, puisqu’elles représentent plus de 80 % des infirmiers en France.

Malgré tout, une nouvelle étude affirme que les répercussions à long terme du coronavirus pourraient bien être encore plus graves pour les femmes.

Tout d’abord, comme le souligne l’étude, les récessions passées ont toujours plus touché les hommes que les femmes. Pourtant, cette nouvelle crise est différente, car le Covid-19 a de lourdes conséquences sur l’emploi. Puisque les femmes sont majoritaires dans les métiers de la restauration et de l’hôtellerie, ce sont elles les premières victimes de la pandémie actuelle.

De plus, les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à la parentalité, et ce même en dehors des pandémies. En 2010 en France, les femmes consacraient en moyenne 92 minutes de leur journée à s’occuper de leurs enfants, contre seulement 59 minutes pour les hommes. Aux États-Unis, les mères sont quatre fois plus susceptibles de prendre des congés pour s’occuper de leurs enfants s’ils sont malades que leur conjoint.

Jennifer Griffith, professeure adjointe de comportement organisationnel à l’université du New Hampshire, affirme que même lorsque les deux parents font du télétravail « il semble y avoir une attente plus forte du côté des femmes pour qu’elles prennent en charge la gestion du foyer (en particulier s’il y a des enfants), afin de créer un meilleur environnement de travail pour son partenaire ». Elle s’inquiète des conséquences de ce phénomène, qui pourrait selon elle aggraver les inégalités salariales et faire chuter les chances de promotion pour les femmes.

Pour ce qui est des mères célibataires, elles gèrent plus souvent la garde d’enfants que les pères. Aux États-Unis, presque six fois plus d’enfants vivent uniquement avec leur mère plutôt qu’avec leur père. Selon Naomi Shoenbaum, professeure de droit à la George Washington University Law School, la pandémie prouve que « notre économie est fondée sur un système de garde d’enfants ». Elle ajoute que lorsque ce système ne fonctionnera plus, « les femmes seront particulièrement accablées ».

Enfin, de nombreuses victimes de violence domestique se réfugient chez leurs agresseurs. Et si les modalités de garde des enfants pendant la pandémie sont plus compliquées pour tous les couples, elles le sont encore plus pour les victimes de violence domestique, qui partagent la garde de leurs enfants avec un agresseur. Jaon Meier, professeure de droit à la George Washington University Law School et fondatrice du National Family Violence Law Center, observe : « J’entends de plus en plus parler de femmes dont l’ex-mari violent refuse de respecter la distanciation sociale ou les mesures d’hygiène pendant que leurs enfants font des allers et retours entre les foyers ». 

Mais le Covid-19 pourrait bien avoir quelques conséquences positives. En voici deux, mises en évidence par l’étude dont nous parlions plus haut.

Premièrement, avec l’augmentation du nombre de personnes en télétravail, les employeurs sont contraints de faire face aux besoins accrus de leurs employés en matière de garde d’enfants. Les horaires de travail sont donc de plus en plus flexibles. Les gens découvrent aussi qu’une visioconférence peut être aussi efficace qu’une réunion physique, ce qui devrait pousser les entreprises à adopter plus largement ces technologies à l’avenir. Si ces horaires de travail flexibles et ces pratiques de télétravail se poursuivent après la pandémie de coronavirus, cela pourrait grandement aider les femmes, car ce sont elles qui sont bien souvent responsables de la garde des enfants.

Deuxièmement, même si de nombreuses femmes assumeront des responsabilités en matière de garde d’enfants, certains hommes pourraient en faire autant. En conséquence, selon l’étude : « On pourrait constater une redistribution des tâches ménagère susceptible d’avoir des effets permanents sur le rôle des hommes et des femmes et sur la division du travail ».

 

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