La crise sanitaire du Covid-19 a déclenché une crise économique majeure. Cependant, certaines entreprises ont grandement bénéficié de cette période comme les services de vidéo à la demande, les sites d’e-commerce, les éditeurs de jeux vidéo et la grande distribution.

Parmi les grands gagnants du Covid-19, les GAFA ont largement bénéficié de la situation et ont su en tirer avantage. Malgré certains effets négatifs et quelques polémiques, les GAFA ont profité des derniers mois pour renforcer leur domination déjà considérée comme trop importante dans de nombreux domaines. Le 29 juillet 2020, le Congrès américain a d’ailleurs convoqué Sundar Pichai, Tim Cook, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos à une audition antitrust pour les interroger sur des pratiques non-éthiques d’abus de position dominante, de rachat d’entreprises concurrentes et de collecte de données.


Les GAFA passés sur le gril au Congrès américain


Une domination commerciale et financière

La mise en quarantaine des populations a généré une accélération de la transition numérique et un surcroît d’utilisation des réseaux sociaux. Facebook a enregistré un bon de 15% des utilisateurs de ses différentes applications, et une augmentation de 11% de ses revenus essentiellement liés à la vente d’espaces publicitaires aux petites entreprises. Cette croissance historiquement faible pour Facebook est cependant bien supérieure aux 3% attendus par les analystes. La valorisation boursière de Facebook a augmenté à la suite du lancement de plusieurs nouveaux produits dont Messenger Rooms destiné à concurrencer Zoom, et Instagram Reels qui intègre à Instagram des fonctionnalités similaires à celles de Tiktok.

Les consignes sanitaires et la peur de contracter le Covid-19 ont aussi incité les consommateurs à faire leurs achats sur Internet. 20% des ménages français ont passé commande sur Amazon pendant le confinement. La valeur de la plateforme américaine a augmenté d’un tiers pour atteindre 1200 milliards d’euros, soit 100 fois plus que le groupe Carrefour. Les ventes mondiales ont augmenté de 40% en avril, mai et juin. Le profit trimestriel de près de 5 milliards d’euros d’Amazon est le plus important depuis la création de la firme, malgré des dépenses considérables estimées à 2 milliards de dollars en matériel de protection individuelle et en sécurisation sanitaire des sites. 175 000 personnes ont été recrutées et la construction de nombreux nouveaux entrepôts est prévue.

Amazon échappe à tout contrôle, notamment à celui des impôts

Le télétravail et les cours en ligne ont conduit les familles à acquérir des équipements plus performants, ce qui a stimulé la demande de produits Apple comme les MacBook, iPad et iPhone. L’iPhone SE a représenté 30% des 45 millions de smartphones vendus au deuxième trimestre, soit 25% de plus qu’en 2019. Pendant le confinement, l’utilisation massive des services Apple Music, Apple TV+, Apple News, Apple Arcade, iTube, iCloud ainsi que le recours aux applications payantes de l’Apple Store ont généré des recettes en progression de 16% sur un an.

Google, ou plutôt sa maison mère Alphabet, n’a pas connu le même succès commercial et financier que les autres GAFA, mais a su contenir les pertes liées à la réduction des budgets publicitaires des grandes entreprises, avec 7 milliards de dollars bénéfices au lieu de 10 pour le même trimestre l’année précédente. Le groupe a surtout bénéficié de la crise à travers l’utilisation de ses services pour s’informer sur la crise sanitaire et de YouTube pour se divertir pendant le confinement. La capitalisation boursière a augmenté de 68,1 milliards d’euros au premier semestre.

Une domination sociale et culturelle

Toutes les plateformes de streaming et de jeux vidéo ont enregistré des audiences exceptionnelles pendant la crise du Covid-19, alors que 4 milliards de personnes ont été confinées chez elles, sans possibilité de sortir pour se divertir. Une multitude d’articles ont d’ailleurs proposé des listes des meilleurs séries, films de fiction ou documentaires sur Netflix, Amazon Prime Video, ou Apple TV+, ainsi que des meilleures chaînes YouTube,

De nombreuses émissions de télévision, spectacles d’humoristes et concerts de musique se sont délocalisés sur les réseaux sociaux, principalement YouTube et Instagram, avec des nombres de streamers et de vues inespérés. Des artistes prisonniers chez eux pendant le confinement ont réalisé des performances, des concerts, des vlogs, des mini-séries et des conversations avec leurs fans.

Le chanteur M en concert live depuis sa maison sur YouTube, Facebook et Instagram pendant le confinement

Les youtubeurs, ou plutôt les créateurs audiovisuels, ont redoublé d’efforts pour produire des contenus divertissants afin de contribuer à diminuer le stress et changer les idées de leurs communautés enfermées chez elle. Afin de rester en contact avec leurs audiences, musées et organisations patrimoniales ont organisé des retransmissions en direct, des cours, et mis en ligne de nombreuses vidéos concernant leurs collections ou leurs missions.

Amazon Prime Video a bénéficié de la fermeture des cinémas pour récupérer dans son catalogue certains films qui n’ont pas pu bénéficier d’une sortie en salle, comme Pinocchio de Matteo Garrone, ou Forte de Katia Lewkowicz. Loin d’être vu comme une déception par les producteurs, le rachat par Amazon d’un film qui aurait pu faire un bide au cinéma lui garantit des recettes confortables et lui ouvre une fenêtre à l’international parfois inespérée.

Une domination idéologique et politique

Twitter d’abord, puis Facebook et YouTube, se sont permis de censurer des contenus considérés comme des fake news sur le Covid-19. Cela pose question quand les sources de ces contenus sont des scientifiques réputés ou le Président des Etats-Unis lui-même. Quelle est la légitimité de ces entreprises pour décider de ce qui est vrai ou faux et censurer des médecins qui font tous les jours face à la pandémie ou un président démocratiquement élu ? Même Amazon s’est permis de refuser de vendre le livre du journaliste Alex Berenson sur le Covid-19, avant de revenir sur sa décision et de s’excuser.

Le fait que ces contenus soient contraires aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé est-il une justification suffisante, celle-ci s’étant trompé à plusieurs reprises, en particulier en sous-estimant largement l’ampleur de la crise sanitaire et en discréditant les effets bénéfiques du port du masque, avant de le recommander seulement à partir du 5 juin 2020 ? C’est d’autant plus étonnant quand ces réseaux permettent par ailleurs la circulation des théories du complot les plus farfelues comme celle des platistes qui pensent que la Terre est plate, ou celle qui défend que le monde est gouverné par des extra-terrestres reptiliens.

Cette soudaine conscience éthique des GAFA ne serait-elle pas opportuniste, à quelques semaines de l’élection présidentielle américaine ? La volonté de défendre la vérité et de censurer les fake news en ce qui concerne le Covid-19, sans faire la même chose pour tous les autres sujets est en effet pour le moins suspecte. Même en ce qui concerne le coronavirus, plus d’un quart des vidéos les plus regardées sur YouTube contiendraient des informations trompeuses.

Lors de l’audition face au Congrès américain, les élus républicains ont reproché aux géants du numérique de tout faire pour les réduire au silence. Que ce soit dans les messageries ou sur les réseaux sociaux, les campagnes des candidats républicains feraient l’objet de censure ou d’un traitement inéquitable par rapport à celles des candidats démocrates.

Les GAFA sortent donc encore plus puissants de la période de pandémie du coronavirus. Si leur surpuissance est contestée et que certains comme Elon Musk ou Elisabeth Warren appellent à leur démantèlement, rien ne laisse présager d’une remise en question de cette hégémonie sur le monde numérique mondial.