Les vacances de Pâques démarrent… sans vacanciers. Au delà des 10 milliards de pertes déjà annoncées, les entreprises du secteur se préparent au rebond du tourisme espéré pour les grandes vacances. Exemple avec le Club Med.

10 milliards d’euros. C’est la perte estimée pour l’ensemble du secteur touristique français pour le seul mois d’avril. En 2019, 42 % des Français, soit 28 millions de personnes, étaient partis en vacances en courts séjours, révèle le cabinet d’étude Protourisme. Le pays avait également accueilli 17 millions de touristes étrangers. Cette année, tout le monde va devoir rester chez lui de gré ou de force. Le gouvernement a clairement rappelé que le confinement strict était la seule solution pour sortir de la crise au plus vite.


Mais selon Didier Arino, le directeur de Protourisme les perspectives pour les grandes vacances sont bonnes, « on ne constate que 7 % d’annulations pour l’instant. Le véritable enjeu pour la France sera de compenser l’absence prévisible des étrangers cet été ».

Tous les opérateurs de tourisme vont devoir s’adapter à une situation inédite. C’est le cas du Club Med qui compte bien sur ses atouts pour se relancer rapidement.

« Dans le monde du tourisme, le Club Med avait été habitué à un certain nombre de difficultés et de crises géopolitiques, climatiques, mais celle-là est exceptionnelle puisqu’elle nous a conduits à fermer la totalité de nos 80 clubs dans le monde », explique Henri Giscard D’Estaing.

Le Club Med va rouvrir dans les prochains jours le premier de ces 8 clubs en Chine. D’autres vont reprendre du service courant avril, notamment les Club Med Joyview situés à la périphérie des grandes villes comme Pékin ou Shanghai, qui sont des lieux de séminaires très prisés des entreprises chinoises.

Car dans ce pays, les équipes du Club Med constatent « une reprise lente, progressive, compte tenu des contraintes sanitaires qui continuent à exister. Mais les premiers signaux montrent une envie de revivre après la période de confinement très dure qu’ils ont subie », expliquait Henri Giscard d’Estaing au Point. « Avec notre partenaire Fosun, nous avons une grande installation dans le sud de la Chine, un grand resort, Atlantis, et il a connu un taux d’occupation le week-end dernier supérieur à celui de l’an dernier à la même date. »

Le président du Club Med anticipe donc un fort rebond pour ses activités dans les prochains mois.

À quelle date ça se produira ? « C’est trop tôt pour le dire, mais je pense que l’été devrait être une première période, avec probablement d’ailleurs une tendance à voyager un peu moins loin au départ » explique Henri Giscard d’Estaing. Une conviction partagée par Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat en charge du tourisme. « Quand les avions voleront à nouveau et que le monde se déconfinera, le tourisme va reprendre dans un premier temps à proximité », a t-il estimé sur BFMTV. « On le voit en Chine, où l’activité est en train de reprendre. Nos acteurs touristiques exposés comme le Club Med ou Louvre Hotels nous le disent bien, il y a des changements de comportement du touriste : vouloir rester plus près de ses bases, également une demande de propreté, de transparence, d’accès aux soins beaucoup plus importante”, souligne le secrétaire d’Etat.

Si le Club Med anticipe un fort rebond, c’est qu’il a mis en place, à l’instar de tous les professionnels du tourisme, un système d’échanges des réservations (avoirs) en lieu et place des remboursements qui auraient asséché la trésorerie des entreprises du voyage.

Au Club Med, tous les départs depuis la France jusqu’au 30 avril 2020 inclus ont ainsi été transformés en avoirs reportables sans frais jusqu’en mai 2021. Dans le cas où le nouveau projet de voyage serait moins cher, la différence ferait l’objet d’un nouvel avoir. Si les clients décident de reporter sur un séjour plus cher, le Club Med abondera 200 euros par adulte et 100 euros par enfant.

Mais au-delà des conditions commerciales, le Club Med va pouvoir adapter ses capacités à l’évolution du marché. Grâce à l’ouverture d’un ressort par an dans les Alpes françaises (L’Alpe D’Huez en 2020, Les Arcs en 2019, Samoëns en 2018, etc.), l’entreprise dispose désormais d’une capacité importante pour répondre à la demande de proximité. Malgré des retards liés à la crise, le village de la Palmyre sur la côte Atlantique devrait également rouvrir.

Dans les autres pays d’Europe qui devraient être déconfinés concomitamment à la France comme l’Italie, la Grèce ou le Portugal, le Club devrait également faire le plein.

Depuis le lancement de la stratégie de montée en gamme en 2003, Henri Giscard d’Estaing ne cesse de marteler que les trois piliers de la réussite du Club Med sont la premiumisation, la diversification des risques et la maîtrise de son développement.

Grâce à la montée en gamme des villages, notamment le passage des resorts 3 tridents en 4 et 5 tridents (le niveau le plus haut), le Club Med a retrouvé des marges de manœuvre financière. En 2019, Le Club Med a gagné 47 000 nouveaux clients, pour un total de 1,488 million de clients, dont 280 000 en chine (+16 %).

Le volume d’affaires de toutes les zones géographiques a augmenté : +4 % en Asie ; +10 % en Amérique ; +4 % en Europe. Avec une progression à plus de 10 % sur certains marchés stratégiques comme le Brésil, le Royaume Uni ou l’Australie. De quoi dégager un chiffre d’affaires en hausse de 5 % à 1,7 milliard d’euros avec 140 millions de résultats.

L’autre pilier est la diversification du risque. Ébranlé par le printemps arabes et la fermeture au tourisme de la Tunisie et de l’Égypte, le Club investit désormais dans toutes les parties du monde.

Et dans la plupart des pays, notamment la Chine, le Club Med ne possède pas les murs de ses villages mais fonctionne en contrat de management, c’est-à-dire qu’il paye des redevances aux propriétaires des villages en fonction de leur taux de remplissage. Un modèle économique particulièrement résilient à des crises comme le coronavirus.

Enfin, le Club Med garde la main sur son développement. L’entreprise maîtrise sa distribution à plus de 65 % et garde la main sur ses clients grâce au déploiement d’outils digitaux.

Le Club Med, qui fête cette année ses 70 ans, est né à la sortie de la deuxième guerre mondiale. L’entreprise s’est mise en ordre de marche pour sortir gagnante de cette nouvelle crise inédite.