1957. Six pays signent le Traité de Rome, prémices de l’Union Européenne. Le Royaume-Uni n’en fait pas partie. Au contraire, le pays souhaite privilégier le Commonwealth à l’Europe et parier sur le renforcement des échanges commerciaux avec les Etats-Unis. Mais dès 1961, l’isolement géopolitique et l’inefficacité de l’Association européenne de libre-échange auront finalement convaincu les Britanniques de solliciter une adhésion au marché unique.
 
2020. Le « parrain bienveillant de l’Europe » autoproclamé par Winston Churchill n’en est plus un. Le retrait de l’Union Européenne est signé. Si le processus d’adhésion a duré une douzaine d’années, celui de la sortie aura nécessité trois fois moins de temps. L’Union Européenne voit ainsi voit sa population réduite de 66 millions, son PIB se contracter de 15% et son influence diplomatique se réduire par la perte du siège de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU.
 
Pourtant, cette perte pourrait bien favoriser son intégration. Le projet britannique a perpétuellement ralenti l’intégration budgétaire, monétaire et commerciale de l’Union Européenne.
 
En effet, les relations entre ces deux économies sont historiquement jalonnées des hésitations britanniques :
  • Les années 60 marquent le revirement de la stratégie commerciale britannique du Commonwealth vers le marché unique européen.
  • Les années 70 se distinguent par le retard de l’économie britannique sur ses voisins européens. Le Royaume-Uni sollicite notamment un prêt de 4 milliards auprès du FMI en 1976.
  • Les années 80 ont observé successivement le refus britannique d’adhérer au système monétaire européen, son intégration et son départ prématuré en 1992. Une année durant laquelle le pays signe en parallèle le Traité de Maastricht mais refuse la monnaie unique.
  • En 2011, le Royaume-Uni refuse de renforcer les règles de discipline budgétaire malgré la crise des dettes souveraines. Enfin en 2013, le pays soutient la réduction du budget européen.
 
En ce sens, le retrait britannique pourrait être une opportunité pour renforcer l’intégration au sein de l’Union Européenne.
 
L’opportunité sera avant tout d’ordre institutionnel. Ce retrait pourrait faciliter la prise de décision et donc favoriser l’adoption des réformes. La participation du Royaume-Uni au sein des instances européennes a structurellement recherché à diluer l’unité politique, en soutenant l’adhésion de nouveaux États-membres, et ralentir l’obtention de consensus pour reporter le modèle fédéraliste européen.
 
Par exemple, l’adoption unanime de la monnaie unique n’a jamais été obtenue et a encouragé d’autres pays, comme le Danemark ou la Suède à solliciter une dérogation. En 2011, le projet de renforcer la discipline budgétaire en Europe a rencontré une seule opposition parmi les 27 états membres : celle britannique. Dans l’urgence, l’accord européen s’est alors traduit par un simple accord intergouvernemental de la part des 26 autres États membres. Enfin, le projet d’une armée européenne, toujours discuté, était impossible sans l’accord d’une de ses trois principales puissances militaires.
 
Mais l’opportunité sera aussi d’ordre économique. L’intégration monétaire sera renforcée : 85% de l’activité européenne utilisera dorénavant l’euro en 2021 contre 72% jusqu’à présent. Surtout, l’Europe pourrait tirer bénéfice du ralentissement des investissements britanniques en augmentant ses parts de marché sur le commerce mondial.
 
Selon le Trésor britannique, le PIB britannique pourrait se réduire de 6% sur la prochaine décennie, en raison d’accords commerciaux moins favorables, d’une croissance moins forte de sa demande intérieure et de la faiblesse durable des investissements. Depuis 2016, l’investissement privé dans les pays du G7 hors Royaume-Uni a ainsi augmenté de 9%, tandis qu’il a stagné outre-Manche.
 
Face à ce dernier défi, la réponse britannique pourrait être immédiate. La baisse de l’impôt sur les sociétés et l’augmentation des dépenses publiques outre-Manche pourraient être les bienvenues en raison, respectivement, de la tendance baissière et structurelle sur l’imposition des entreprises dans le monde, et de la faiblesse des taux.