Le 15 septembre dernier, BMW a confirmé au Financial Times qu’il n’y aurait pas de successeur à ses modèles électriques i3 et i8. Pieter Nota, directeur des ventes et du marketing de BMW, explique que ces deux modèles seront toujours vendus, mais qu’ils ne seront pas reconduits. Cela confirme ce que Klaus Frohlich, responsable R et D de BMW, avait déjà annoncé en juin dernier : la fin de la BMW i3 est proche.

Pourquoi cette décision de la part de BMW ? L’i3 a pourtant eu du succès et fonctionne d’ailleurs encore très bien. Elle en est actuellement à sa sixième année de production et à sa cinquième itération. De plus, BMW a vendu plus de 150 000 i3 à ce jour, avec une demande pour des modèles électriques, et en particulier les i3, qui augmente chaque année. Le chiffre d’affaires du premier semestre 2019 a augmenté de 21 % par rapport à la même période l’an dernier, et les ventes au mois d’août ont même été supérieures de 30 % au mois d’août 2018. Comme Pieter Nota l’a indiqué dans son interview avec le Financial Times : « L’i3 se porte très bien ».


La véritable raison, poursuit l’intéressé, est que BMW va se concentrer davantage sur l’électrification de ses modèles les plus populaires, une stratégie déjà adoptée par le constructeur pour la nouvelle Mini électrique, qui est en fait une version électrique de la Mini déjà existante. Ainsi, au lieu de se concentrer sur la création de nouveaux modèles complètement nouveaux et différents comme l’i3, BMW se concentrera sur un passage à l’électrique de ses modèles actuels.

En fait l’i3 n’est pas vraiment une BMW et son succès contribue donc à la création d’une marque incohérente. L’article du Financial Times arrive à la même conclusion : « L’i3 a toujours été un cas particulier pour BMW, puisqu’elle ne ressemble pas à sa gamme de berlines ou de véhicules utilitaires sport et qu’elle s’adresse à un public différent ».

Ainsi, en faisant ses adieux à l’i3, BMW signale son changement de stratégie en matière de véhicules électriques. Au lieu de considérer l’électrification comme un projet parallèle pour certaines voitures spéciales, le constructeur allemand l’intègre désormais dans sa gamme standard de voitures. La fin de l’i3 semble donc être une bonne nouvelle pour BMW, car si le constructeur réussit à électrifier ses modèles grand public, il pourra alors préserver la marque telle que nous la connaissons.

Mais il n’y a pas que des bonnes nouvelles dans cette décision. Même si BMW prévoit non moins de 13 modèles à batterie d’ici 2023, il semble que le constructeur soit encore réticent à adopter pleinement l’électrique. Dans leur stratégie officielle d’électrification, le groupe explique viser un système de production qui « créera des structures qui permettront à nos sites de production de construire à la fois des modèles à moteur thermique, hybrides rechargeables et entièrement électriques ». En d’autres termes, BMW parie sur trois stratégies à la fois.

Cette stratégie fonctionne bien pour Kia. En plus de son modèle e-Niro entièrement électrique, par ailleurs très demandé, le constructeur avait déjà produit une version à moteur thermique et une version hybride rechargeable. Ce sont essentiellement les mêmes voitures et elles se vendent bien. Mais l’e-Niro existe aujourd’hui, en 2019, alors qu’en 2023 la concurrence aura bien évolué.

Avec la nouvelle famille ID par exemple, Volkswagen crée des voitures électriques à partir de zéro. Comme pour Tesla, cette stratégie exclusivement électrique permet de profiter pleinement des possibilités de conception offertes par l’absence d’un moteur à combustion et le placement intelligent des batteries. De plus, elle offre des économies d’échelle importantes, puisque la même plateforme peut servir de base à une vaste gamme de modèles.

BMW possède également ce genre de plateforme. Ses modèles i3 et i8 ont été entièrement conçus à partir de zéro, comme des modèles électriques à part entière. Si l’énergie investie avait été redirigée pour créer une plateforme pour des modèles semblables à leurs véhicules grand public, ils auraient pu prendre une grande avance sur la concurrence. Et c’est exactement ce que fait Volkswagen. Bien que sa gamme ID soit nouvelle, le constructeur vise clairement un marché similaire à celui de ses autres modèles. Comme ils le disent eux-mêmes, c’est une Volkswagen « normale », mais électrique. Volkswagen adopte cette stratégie maintenant, alors que BMW l’avait déjà fait avec l’i3 en 2013.

Compte tenu de la situation actuelle, la seule stratégie viable pour BMW est certainement la stratégie actuelle : créer des moteurs à combustion, des versions hybrides et uniquement électriques des mêmes modèles. Les décisions passées du constructeur ne peuvent pas être changées, et copier la stratégie de Volkswagen assurerait toujours à BMW un train de retard.

Ce que BMW ne doit pas négliger en revanche, c’est sa stratégie pour les véhicules à hydrogène. Si le constructeur ne peut plus gagner la course avec des voitures électriques, il peut faire figure de pionnier dans le développement des voitures à pile à combustible. Il y a bien la BMW i Hydrogen NEXT, mais ce modèle n’est rien de plus qu’un BMW X5 amélioré. La bonne nouvelle, c’est qu’avec ce modèle, BMW reste fidèle à sa marque. Il ne reste plus qu’à voir les enseignements tirés de l’expérience i3.