Le tournage et la production du film Mission : Impossible 7 sont désormais terminés, mais que va décider la société Viacom ? La pandémie de covid-19 oblige l’industrie du cinéma à repenser son mode de fonctionnement, notamment les modalités de sortie des films. Ainsi, que vont choisir les studios entre la diffusion directe sur les plateformes de streaming ou la sortie en salles ?

 

À l’occasion de la sortie du film Bob l’éponge, le film : Éponge en eaux troubles ce vendredi 5 mars, les plateformes FandangoNOW et Vudu (plateformes de streaming et de VOD américaines, NDLR) proposent de louer le film pour 20 $ contre une réduction de 50 % sur l’achat de l’un des 25 films de la sélection « Pour la famille ». Parmi les films proposés, l’on retrouve Bumblebee, Love and Monsters, Dora et la Cité perdue ou encore Palace pour chiens. L’offre proposée par FandangoNOW et Vudu est certes une bonne affaire, mais Bob l’éponge, le film : Éponge en eaux troubles est également proposé à la diffusion sur la plateforme de streaming Paramount+.

Ainsi, pour 6 $ ou 10 $ par mois (en fonction de l’option avec ou sans publicité), les spectateurs peuvent avoir accès à tout le contenu de la plateforme. Il peut sembler étrange qu’un film soit diffusé sur plusieurs plateformes, les mettant ainsi en compétition les unes avec les autres. Néanmoins, il s’agit peut-être de la nouvelle norme. Bien sûr, certains films indépendants sont sortis en salles en plus d’être proposés à la demande. Par ailleurs, il est désormais tout à fait possible de regarder une émission de télévision en ligne pendant sa diffusion ou en replay. Cependant, la situation est faussée : les studios (et Wall Street) sont en faveur des plateformes de distribution, car cela est dans leur intérêt s’ils veulent réaliser un bénéfice.

Bob l’éponge, le film : Éponge en eaux troubles s’inscrit parfaitement dans la franchise Bob l’éponge. En outre, la participation de Keanu Reeves, dans le rôle de Sage, est un atout considérable. Enfin, l’animation rappelle par moment la série télévisée américaine  Ren et Stimpy. À l’instar du film Les Trolls 2 : Tournée mondiale sorti l’année dernière, le dernier Bob l’éponge est un film d’animation sans prétention dont le personnage principal joue un rôle clef dans les nouvelles guerres de distribution. En d’autres termes, si le troisième volet des aventures de Bob l’éponge ne parvient pas à attirer de nouveaux abonnés sur la plateforme Paramount+, mais s’il permet de rapporter des millions de dollars grâce à la VOD et aux ventes de DVD, est-ce une mauvaise opération pour Viacom ?

Les blockbusters en devenir génèrent des abonnements et une fidélisation du spectateur qui est différente

Tout comme le denier volet des aventures de Bob l’éponge, le film Raya et le Dernier dragon sort vendredi 5 mars en salles (si elles sont ouvertes) aux États-Unis, mais il est également proposé sur la plateforme Disney+. Que préfèrerait l’écurie Disney : de solides recettes liées à la diffusion en salles dans le monde entier ou de nombreux nouveaux abonnés à 8,99 € par mois ? Sans chercher à savoir quelle option permettrait à Disney d’encaisser le plus de recettes brutes, on peut affirmer que l’option Disney+ paraîtra meilleure aux yeux des actionnaires pour qui la plateforme représente définitivement l’avenir de la firme. Il en va de même pour AT&T. La société préfèrerait-elle de grosses recettes liées à la diffusion en salles du film Godzilla vs Kong ou bien l’augmentation de l’audience sur HBO Max ? Les deux options seraient idéales.

L’exploitation du film Bob l’éponge, le film : Éponge en eaux troubles n’est peut-être pas la « nouvelle règle » pour les grands films de Paramount. L’entreprise prévoit toujours de sortir en salles des films comme Top Gun : Maverick, Mission : Impossible 7 ou Sans un bruit 2, mais uniquement pendant 30 à 45 jours. Cette fenêtre de diffusion est plus longue que celle de Comcast qui possède notamment NBC Universal et sa filiale Focus Features. Les films de ces écuries resteront entre 17 et 31 jours à l’affiche avant d’être proposés en VOD. Il existe une différence de taille entre les options « des cinémas à la VOD en trois semaines » et « des cinémas à notre plateforme de streaming en un mois » : les blockbusters en devenir génèrent des abonnements et une fidélisation du spectateur qui est différente (et plus attrayante pour Wall Street) de celle de films comme Les Croods 2 : une nouvelle ère, qui rapportent plus d’argent dans les salles de cinéma et sur le marché de la VOD.

Sans un bruit et Mission impossible : Fallout sont tous deux des blockbusters qui ont bien rapporté (respectivement 188 millions de dollars et 220 millions de dollars). Par ailleurs, après 45 jours de diffusion, ces films avaient déjà obtenu 90 % des recettes liées à la diffusion en salles. Les films ne sont plus joués en salle pendant un an comme c’était le cas dans les années 1980 pour des films comme SOS Fantômes ou Retour vers le futur. En ce sens, il est donc logique de laisser des films, même de gros blockbusters, entrer sur les plateformes de streaming en moins de deux mois. De plus, et c’est l’une des raisons essentielles pour lesquelles les studios veulent que les fenêtres de diffusion en salles soient plus courtes, cela évite de recommencer une campagne de marketing. Toutefois, le fait que le septième volet de la saga Mission impossible soit disponible sur Paramount+ un mois après sa diffusion en salles n’entraînera-t-il pas ceux qui ne se sont pas précipités au cinéma dès la sortie du film à attendre un mois pour le voir en ligne, surtout quand l’on sait que l’abonnement à Paramount+ coûte 10 $ par mois ?

Mission : Impossible 7 génèrerait 800 millions de dollars de recettes à l’échelle mondiale

Les fenêtres de diffusion en salles ont toujours été un immense casse-tête pour l’industrie du cinéma. Bien sûr, la plupart des films, mêmes les blockbusters, ne dépassent pas les deux mois de diffusion en salles. Cependant, l’exclusivité, c’est-à-dire le fait qu’un cinéma est l’unique endroit où l’on peut voir le dernier film du MCU ou la suite de telle ou telle saga, est devenue le plus grand atout dont disposent les cinémas à l’ère du numérique et des plateformes de streaming/VOD. C’est en partie la raison pour laquelle les films « moins importants » sont devenus commercialement périlleux pour les cinémas et les studios qui les distribuent. Comme ces films n’exigent pas d’être vus dans un cinéma dès leur sortie en salles, les consommateurs attendront qu’ils soient disponibles sur les plateformes de streaming ou en VOD pour les regarder. Toutefois, est-ce que le succès du streaming a plus de valeur que les grosses productions ?

Pour des studios comme Universal, c’est une chose de sortir un film en salles puis de le proposer en VOD et de gagner de l’argent par le biais de cette stratégie, mais cette dernière est dépassée en cette période de pandémie. Cela étant, la concurrence entre les cinémas et les plateformes de streaming (ou même entre la VOD et le streaming) est une tout autre chose, car elle implique que des résultats solides en streaming sont meilleurs pour le cours des actions que le box-office des superproductions. Certes, dans un scénario idéal Mission : Impossible 7 génèrerait 800 millions de dollars de recettes à l’échelle mondiale et ferait grimper le nombre d’abonnés sur Paramount+ 45 jours après sa sortie en salles. Cependant, tout repose sur les choix des consommateurs.

Ainsi, peut-être que les personnes qui attendaient auparavant la sortie en VOD d’un film 75 à 105 jours après sa diffusion en salles sont les mêmes que celles qui attendent désormais la sortie d’un film en VOD, ou en streaming, 21 à 45 jours après sa diffusion en salles. Les recettes des salles de cinéma ne prendront alors qu’un léger coup au début du lancement du film en VOD ou en streaming. Peut-être que ce sont les actionnaires qui mettent l’accent sur le succès du streaming, de sorte que même un éventuel blockbuster en salles sorte directement sur les plateformes, même si cela signifie des recettes inférieures (ou aucune recette directe) pour ce film en particulier. Peut-être que toute cette ruée vers le streaming est une course folle, motivée par le succès de Netflix et l’idée que les comportements des consommateurs en cette période de pandémie sont amenés à perdurer. Peut-être que le coût de l’abonnement aux plateformes de streaming est tellement attractif que la plupart des consommateurs s’abonnent à plusieurs d’entre elles. Quoiqu’il en soit, les paris sur l’avenir de l’industrie du cinéma sont ouverts.

Article traduit de Forbes US – Auteur : Scott Mendelson

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