Après le boom des coachs et la tendance du développement personnel, le neuro-management se fait une place dans l’entreprise pour améliorer les relations et le bien-être au travail. Ricardo Croati, fondateur de la société de coaching et de formation France Training, nous en dit plus sur cette approche scientifique des relations professionnelles.

Le management constitue la pierre angulaire d’une entreprise efficiente. Pour Ricardo Croati, c’est plus subtil encore : « Le management, c’est une personne qui en encadre d’autres pour atteindre des objectifs en entreprise. C’est une relation. » Problème : parfois cette relation est dysfonctionnelle et le milieu professionnel devient un environnement particulièrement stressant, déstabilisant, bloquant. « En France, la culture managériale repose sur la transaction, observe l’expert. Nous poussons nos équipes à obtenir des résultats, via des demandes très factuelles, sans prendre en considération leur avis ou leur ressenti. Le pouvoir et l’autorité font loi, nous ne tenons pas compte de la relation humaine et ça, c’est la source de bien des soucis. »

 

Prendre conscience de ses mécanismes

Dans l’espoir de remettre l’humain au centre des échanges professionnels, Ricardo Croati s’est penché sur les neurosciences dès 2008. Les techniques étaient alors totalement inconnues des entreprises. Il a été un pionnier important en introduisant ces approches scientifiques dans les salles de formation, dans les coachings et les team building.
Cette médiation scientifique, beaucoup la connaissent. Elle consiste à apporter aux salariés du savoir savant pouvant ainsi compléter leurs propres connaissances. La connaissance de soi est la première clé pour développer de nouveaux comportements. Mais aujourd’hui, c’est insuffisant. Les neurosciences apportent le complément indispensable pour agir sur nos automatismes parfois délétères. Les DRH ont compris cela avant tout le monde. Pour ajuster ses réactions, il faut apprendre à se connaître soi-même, souvent via des tests de personnalité, puis saisir le fonctionnement de son cerveau. C’est un travail de conscientisation de ses mécanismes relationnels. Elisabeth Sehmer, Directrice marketing Europe Sephora en a fait l’expérience : « J’ai beaucoup apprécié ce coaching qui repose sur une connaissance profonde de certains mécanismes cognitifs. Cet accompagnement m’a permis de mieux comprendre mes réactions, de poser un diagnostic plus éclairé pour trouver les solutions appropriées et modifier certains réflexes comportementaux en profondeur » 

Pourquoi sommes-nous stressés, autoritaires, soumis ou peu sûrs de nous malgré nos compétences ? En décortiquant les processus en jeu, les personnes coachées développent de la flexibilité mentale en situation complexe. Elles apprennent à se libérer de leurs peurs, de leurs souffrances et de leurs biais cognitifs inconscients, ces réflexes qui les poussent à réagir d’une certaine manière lorsqu’elles se sentent menacées. Cela a été le cas pour Anne-Laure Despeaux, Employer Branding Director chez LVMH. « Le coaching m’a permis de renforcer ma confiance en moi et mon assertivité. J’ai réalisé la valeur de mon travail et le plaisir que j’y prends, détaille-t-elle. Grâce aux neurosciences, j’ai compris qu’il faut toujours être attentif, prendre du recul, faire une pause avant d’agir ou répondre pour ne pas laisser le cerveau réagir par défaut et par instinct de survie ! »

 

 

Vers un leadership plus féminin

S’analyser permet donc de repérer les facéties de son cerveau pour les déjouer et agir en conséquence. On prend ainsi de meilleures décisions, sans faire de tort à ses collaborateurs. « Avec le neuro-management, j’apprends à conduire la voiture qu’est mon cerveau sur la glace, sans paniquer, au lieu de perdre le contrôle et d’aller dans le mur », résume Ricardo Croati. Un avantage qui résonne tout particulièrement en ces temps incertains et anxiogènes de pandémie.

Lorsque l’on sait que les 3/4 de notre cerveau sont consacrés à l’interaction avec autrui, on comprend déjà mieux l’impact de la crise du coronavirus sur le mental. « Le confinement entraîne des traumas plus ou moins flagrants. Les salariés ont davantage besoin d’attention, de compréhension… mais nous n’avons plus le temps à cause du télétravail. Nous ne voyons plus l’essentiel à force de checker nos mails », regrette l’expert. En ce sens, il coache bénévolement des jeunes depuis plusieurs mois afin de les sortir de l’enfermement psychologique.

Les collaborateurs attendent plus d’altruisme, d’écoute, d’attention de la part de leurs managers. Cette bienveillance est associée à un leadership feminin, devenu indispensable pour réduire encore le command and control prôné par un leadership masculin, plus tourné vers le résultat que la relation humaine. « Les hommes vont devoir se former au leadership féminin, via les neurosciences, avance Ricardo Croati. Je suis persuadé que le leadership de demain sera transformationnel. Nous parviendrons à un management qui synthétisera des qualités des deux types de leaderships. Nous sortirons du statutaire, du pouvoir, pour être dans l’attention portée à l’autre, dans des relations réellement plus humaines . »