L’expert-comptable cumule plusieurs casquettes : fiscalité, comptabilité, droit, contrôle de gestion, connaissance des entreprises… Et la data s’ajoute à la liste ! À l’heure où la digitalisation gagne du terrain, investir dans son système d’information devient un critère de valorisation et de pérennité d’une entreprise. Si ce nouveau business model reste à définir, l’expert-comptable se doit de maintenir son rôle de partenaire de confiance auprès des entreprises. Éléonore Caiveau-Partula, expert-comptable et conseil, nous explique les enjeux de la transition à venir.

 

Où se place l’expert-comptable face au développement du numérique ?

Éléonore Caiveau-Partula : Aujourd’hui encore, les principaux outils utilisés par l’expert-comptable sont des logiciels de saisie et de restitutions comptables. Le marché est pourtant inondé de solutions dédiées à la dématérialisation, à la comptabilité ou à l’interconnexion entre cabinets et clients, grâce à des modules RH ou CRM. Quant aux experts-comptables qui ont sauté le pas de ces nouvelles technologies, ils ont du mal à récupérer leurs données et à les valoriser sans extraction, car leurs modules ne sont pas interconnectés. Ces problématiques s’expliquent très simplement : les experts-comptables n’ont pas eu une culture data poussée. Depuis 20 ans, peu ont investi dans leur système d’information, désormais vieillissant ou non homogène. Face à cela, l’Ordre des experts-comptables et la Compagnie nationale des commissaires aux comptes essaient de sensibiliser la profession à une meilleure compréhension et exploitation des données. 

 

DataFuz

 

Pourquoi investir aujourd’hui dans son système d’information ?

Éléonore Caiveau-Partula : Notre secteur est en pleine mutation, notamment avec l’arrivée de la facture électronique et d’exigences toujours plus élevées. Le premier enjeu est donc d’être capable de lire les données et de les récupérer facilement. Les cabinets d’expertise-comptable ont pour habitude d’utiliser Excel, mais les opérations y sont chronophages et l’analyse des données difficile, car l’information est segmentée. L’expert-comptable est obligé de multiplier les allers-retours d’un fichier à un autre pour y voir clair… 

Or, la data visualisation automatise ces traitements grâce à des outils d’extraction et de transformation (en low-code). Elle permet de traiter beaucoup plus de volumétrie et de se détacher de la saisie pour se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, comme l’analyse et le contrôle des données. Ainsi, un expert-comptable qui utilise la data visualisation améliore ses restitutions auprès de ses clients, pour toujours mieux coller à leurs besoins et leur réalité. Un tel tournant numérique entraîne bien sûr un second enjeu : la montée en compétences.

 

Comment faire monter en compétences l’ensemble de la pyramide des âges ? 

Éléonore Caiveau-Partula : Les plus anciens sont volontaires, mais présentent certaines difficultés à modifier leurs méthodes de travail et les plus jeunes sortent souvent de cursus académiques qui ne les ont pas assez formés aux systèmes d’information et à l’exploitation des données.

Pour pallier ces difficultés, je pense que des entreprises dédiées aux cabinets d’expertise-comptable pourraient être créées pour les accompagner dans l’exploitation de leurs données. Quoi qu’il en soit, cette transition sera complexe, mais elle doit être prise en compte dès aujourd’hui

 

 

Qu’est-ce que ce changement engendre pour les entreprises ?

Éléonore Caiveau-Partula : Les organisations ont pour habitude de fonctionner par silos, avec un directeur général, un directeur opérationnel, un directeur commercial, un directeur financier, un DSI… Et sous chaque directeur se trouve un système d’information. La direction financière a toujours récupéré les informations de chaque silo, mais non sans difficulté.    
L’heure est désormais au désilotage, pour faire interagir l’ensemble de ces systèmes d’information. Travailler sur ce système d’information permet de structurer une base de données fonctionnelle, et de raviver la communication entre chaque département,  tout en offrant une vision harmonisée de la performance de l’entreprise au directeur général, aux actionnaires et aux parties prenantes. 

 

Vous les accompagnez d’ailleurs dans cette exploitation de la data.

Éléonore Caiveau-Partula : FUZEO offre en effet un service de conseil sur mesure aux directions financières opérationnelles et aux directions générales des entreprises (principalement des ETI). Nous les accompagnons dans leurs problématiques de stratégies pour récupérer de la donnée et mettre en place des indicateurs de performance probants. De telles opérations nécessitent un suivi mensuel (voire idéalement journalier), et donc un travail conséquent sur le système d’information.

Notre équipe se compose d’ingénieurs IT et de profils métiers. Nous trouvons des solutions face aux problématiques de récupération de données et d’architecture fonctionnelle des bases de données. L’ambition de FUZEO est de proposer un accompagnement hybride finance & data

 

Quelle est donc l’approche de FUZEO ?

Éléonore Caiveau-Partula : Tout comme un cabinet d’expert-comptable, une entreprise compte elle aussi plusieurs modules, à savoir comptable, suivi d’activité, stocks… À cette pluralité s’ajoutent d’autres difficultés : des problématiques d’outils métiers, mais aussi d’hébergement. Jusqu’à présent, la solution On-Premise permettait d’appeler la base de données. Aujourd’hui, de plus en plus de modèles placent l’information dans le Cloud. L’entreprise est certes propriétaire de ses données, mais leur sécurité et leur accès dépendent du prestataire ou de l’éditeur.

FUZEO arrête toute extraction de données depuis Excel, en appelant directement la base de données pour mettre en place les outils capables de lire l’information. À ce suivi se greffe un outil de reporting intelligent, afin d’harmoniser le système d’information dans un cube, sans passer par les différents modules. Modéliser ces indicateurs financiers permet ensuite une meilleure analyse du suivi d’activité. 

 

En parallèle, vous avez créé DataFuz en février 2021. Cette solution de reporting financier se connecte facilement aux systèmes d’information des PME… 

Éléonore Caiveau-Partula : J’ai en effet fondé DataFuz avec mon associé Guillaume Gaudfroy. Il s’agit de la première plateforme en ligne de reporting financier et de gestion. Les systèmes d’information des PME se ressemblent, et des reportings peuvent être standardisés. Cet outil offre de premiers outils de pilotage aux PME, à un coût standard. L’abonnement proposé se veut ainsi accessible à ce type d’entreprises, sans qu’elles aient besoin de payer des sociétés de conseil.  

L’idée est de récupérer les données (comptables, RH et CRM), de les traiter de manière fonctionnelle et d’en faire un modèle qui réponde aux questions de l’utilisateur final. L’information est ensuite visualisée de façon intelligente et fluide. Les données référentielles peuvent aussi être paramétrées selon les envies et les besoins de chacun. Cet outil s’adresse tant aux décideurs en entreprise qu’aux métiers de la finance et de la gestion, et nous souhaitons le faire connaître au plus grand nombre.