L’éditeur de logiciels français Keenturtle développe des solutions novatrices pour augmenter l’efficience et réduire les risques de la médication, grâce à une Data Intelligence Collective : des outils utiles pour de nombreux professionnels de santé dans leur activité du quotidien. Entretien avec François Versini et David Vandecapelle, les fondateurs de ce projet nouvelle génération, qui reviennent lors de cette interview sur les nombreux enjeux qui gravitent autour de ces innovations.

 

Comment présenteriez-vous l’activité Keenturtle ?

Nous concevons des solutions e-santé intelligentes et communautaires qui valorisent les données médicales et économiques, et donnent le pouvoir de prendre les bonnes décisions au bon moment. Depuis 2013, nous concentrons nos efforts de R&D sur l’aide à la décision médicamenteuse. À cette époque les différents acteurs traitaient les interactions médicamenteuses en croisant seulement les données de médicaments. Problème : ces systèmes génèrent de nombreuses alertes injustifiées que les professionnels désactivent pour ne plus perdre de leur temps précieux. Pour aller plus loin, il fallait pouvoir valoriser et faire raisonner entre elles les données du patient comme sa biologie ou ses constantes, en plus des médicaments. C’est ce que nous avons fait ! Notre solution PharmaClass est capable de détecter des risques pour le patient qu’aucune autre solution actuelle ne détecte, cela sans surcharger les professionnels de santé avec des alertes inutiles comme il a été présenté au congrès EAHP. C’est Keenturtle qui a créé le marché et permis la disruption.

Nos solutions reposent sur notre capacité et notre maîtrise reconnue en data intelligence. Une clé incontournable pour des solutions intelligentes, ce sont les données. De mauvaises informations ne peuvent conduire qu’à de mauvais résultats ! Chez Keenturtle, nous garantissons l’exhaustivité des données disponibles depuis les systèmes d’information disparates dans nos solutions, pour qu’elles soient à la hauteur des plus grandes ambitions. C’est un pas de géant !

 

Face au virage numérique entrepris par de nombreux secteurs d’activité dont celui de la santé, quels sont aujourd’hui les enjeux pour votre entreprise ?

Le principal enjeu c’est d’avoir un impact significatif sur la mortalité, la morbidité, et les surcoûts du système de santé. Quand on parle des risques liés à la prescription médicamenteuse, on parle de 30 000 morts et deux milliards d’euros à gagner par an rien qu’en France. C’est une des causes mondiales de mortalité dénoncée par l’OMS depuis des décennies, qui est pourtant restée sans réelle solution avant PharmaClass. Les risques d’erreurs médicamenteuses représentent environ 10% des prescriptions. Pour savoir lesquelles, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il est nécessaire de savoir quels sont les patients qui ont besoin de la contribution spécialisée la plus détaillée, ou la plus rapide, pour que le pharmacien ou le médecin puisse ordonnancer rapidement ses interventions.

Nous sommes passés de trop peu à beaucoup trop de data. Les règles de l’interopérabilité sémantique et syntaxique ne se sont imposées et mises en place que très graduellement. Les systèmes ne se parlent pas, il est difficile de faire parler les données, de leur donner un sens. Notre enjeu est donc de proposer une digitalisation efficace, c’est-à-dire transformer ces nombreuses données en data utilisables dans nos algorithmes.

François VERSINI fondateur, CEO de Keenturtle

Quel(s) outil(s) développez-vous pour apporter des améliorations grâce au digital et à l’intelligence artificielle ?

Les professionnels de santé sont soumis à de fortes pressions pour répondre aux besoins d’un nombre croissant de patients, sans augmenter pour autant le nombre de leurs effectifs, et tout en ayant pour ambition de fournir le meilleur niveau de service 7 jours sur 7. Le phénomène s’est accéléré et s’est révélé au plus grand nombre avec la crise COVID. Cela conduit naturellement à chercher de nouvelles méthodes de travail, plus efficaces, parce que l’écosystème de santé doit pouvoir ordonnancer ses actions en s’appuyant sur des Systèmes d’Aide à la Décision pertinents. C’est ce que permet PharmaClass® qui est à ce jour la seule solution éprouvée, opérationnelle depuis plus de 3 ans en France, en Belgique et en Suisse. Nous sommes déjà implantés dans 21 hôpitaux et des erreurs médicales potentiellement graves sont évitées chaque jour. Comme beaucoup de systèmes d’information, nous appliquons des algorithmes alimentés par des milliards de data traitées dans chaque hôpital, ainsi que par l’intelligence artificielle. Une autre chose qui nous distingue, c’est notre choix depuis toujours d’être ‘standard inside’, nous avons choisi les standards qui deviennent usuels graduellement, voire obligatoires.

Nous avons apporté la preuve que notre interopérabilité et notre algorithmique sont, non seulement opérationnelles, mais portables en tout endroit. Notre IA est déterministe et explicative. Notre technologie est capable de s’intégrer dans des contextes informatiques disparates en faisant cohabiter plusieurs systèmes de prescription par exemple. Des hôpitaux partout en France ou dans le monde peuvent co-construire et partager des algorithmes qu’ils utilisent chez eux, alors que les usages collaboratifs sont encore très cloisonnés. Surtout, nous avons conçu la solution pour que les hôpitaux et les territoires n’attendent pas d’avoir mis à jour leurs systèmes d’information pour bénéficier de leur apport. Nous avons construit les solutions pour accompagner la révolution en marche, et obtenir les résultats maintenant, sans attendre.

 

Pour rester à la pointe des avancées technologiques, vous accordez une place importante à la Recherche & Développement ? Vous travaillez pour ce faire autour des composantes « science », « data », « usages » ?

Les solutions de Keenturtle sont conçues comme des composants optimisés pour le monde de 2025 où ces pratiques de ‘data’, d’algorithmique et d’usages digitaux seront généralisés. Pour cela la R&D est fondatrice, nous sommes souvent amenés à dire à nos interlocuteurs que nous avons anticipés, il y a 5 ans ou plus, ce qu’ils découvrent comme possible aujourd’hui. Lever les obstacles n’a pas été simple et la disruption s’est faite par paliers. C’est notre vision, nos croyances, et notre engagement toujours en avance, qui nous ont conduits à développer PharmaClass®. Quelques ARS visionnaires ont franchi le cap et proposent à des établissements d’être financés dans la phase initiale. Nous pensons que la disruption sera totalement réussie quand le patient lui-même demandera à être suivi par un système qualité fiable. 

David Vandecapelle Co Fondateur COO de Keenturtle

En tant qu’entreprise pionnière et leader, quelles sont, selon vous, les perspectives d’avenir de ce marché ?

Le virage numérique est clairement entré dans une nouvelle phase avec l’arrivée de la délégation ministérielle du numérique en santé (DNS), ou avec des grands projets comme « MaSanté2022 ». L’informatisation de la santé est encore trop ‘numérisation’ à notre goût, avec des pdf non structurés et des données aux formats hétérogènes. Mais les choses commencent à changer avec une meilleure utilisation des standards de données et du potentiel du digital.  Il y a 30 000 décès par an en France, 300 000 complications qui handicapent des vies, et 13% des coûts des hôpitaux peuvent  ainsi être évités. Nous nous demandons alors, de quel pourcentage allons-nous réduire ces chiffres ? Nous nous attendons à ce que de multiples logiciels et bases médicamenteuses attaquent cette cause mondiale par diverses perspectives, soit de façon incrémentale, en ajoutant quelques informations personnelles dans leurs logiciels, soit en ajoutant des applications d’Intelligence Artificielle.

Nous sommes convaincus que l’objectif de l’OMS de réduire ces chiffres de moitié est atteignable. Nous avons voulu créer l’IA déterministe et portable qui le rend possible avec le concours de patients exigeants, de professionnels de santé experts et déterminés, ainsi que des gestionnaires de santé prêts à relever le défi. Les études de marché mentionnent des progressions quant à la taille du marché de l’aide à la décision, de 12 à 20 % selon le périmètre analysé ; nous avons quelques années d’avance sur les nouveaux venus.